‹ La crise de la certitudeChapitre 78 sur 104 · De Bonald, Recherches philosophiques, p · texte numérisé non relu

De Bonald, Recherches philosophiques, p

veut rendre dans une langue étrangère ce qu'il pense dans sa langue maternelle. Il en résulte que l'homme n'a pu inventer les signes, puisqu'il ne peut inventer sans penser, ni penser sans signes. Ici l'expérience conlîrme le raisonnement, puisque nous voyons constamment la faculté de parler sans exercice, lorsque la faculté d'ouïr est sans activité. Il faut donc recourir à un autre être que l'homme, pour expliquer, non la faculté d'articuler, dont les animaux mômes ne sont pas totalement privés, mais l'art de parler sa pensée, particulier à l'homme seul et commun à tous les hommes... Depuis longtemps J.-J. Rousseau y a été conduit, en discutant le roman absurde de Gondillac : « la parole, dit-il, me paraît avoir été fort nécessaire pour inventer la parole ». Et de meilleurs esprits que le sien. Bonnet, Hugh-Blair, et Sicard,... pensent ou que le Créateur a communiqué à l'homme les éléments du langage, laissant à la société le soin de les développer, ou, ce qui revient au même, que le Créateur a fait l'homme parlant '. »

Criiique. Gcs prémisscs sur la nécessité de la parole pour penser sont pour le moins contestables, et nous avons déjà montré au début de cet ouvrage que, sans la parole, rhomme penserait malaisément, sans doute, mais il penserait.

Accordons toutefois cette nécessité à de Donald, pour ne pas rouvrir une discussion inutile, s'ensuit-il qu'il faille en conclure que l'homme n'ait pu lui-même découvrir le langage, et qu'il ait dû nécessairement être éduqué par son Créateur ? Nous ne le croyons pas davantage.Quelles que soient les raisons de haute convenance que l'on puisse alléguer, elles ne sont pas, à elles seules,démonstratives, sans le secours de nos Saints Livres.

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