MO
sance
progressivement, et par approximations successives, jusqu'à leur intelligence claire.
j^p„ En second lieu, le critère de l'idée claire ne peut s'cten- "*"!''■ dre à toutes nos connaissances. Il est donc insuffisant. En elTet, on ne le rencontre qu'en métaphysique, dans l'explication supra-sensible des choses: cette explication seule nous les fait comprendre en nous en donnant une idée claire. Elle exclurait donc l'évidence des sens et des observations physiques. L'existence d'une éclipse ne se prouve pas par une idée claire. L'idée claire est un signe de pure possibilité et non d'existence. En sorte que les sciences physiques et naturelles manqueraient de critère : ce qui est impossible.
Elle exclurait en outre l'évidence de l'autorité, soit humaine,soit divine. L'existence des faits historiques, delà mort de Louis XIV ou de Bonaparte, ne se prouve pas par une idée claire, pas plus du reste que l'existence des faits physiques, mais seulement par l'autorité du témoignage. A plus forte raison, l'existence des mystères révélés, tels que la Ste-Trinité ou l'Incarnation, dont nous n'aurons jamais une idée claire et adéquate, puisqu'ils sont par essence incompréhensibles à notre faible raison.
On voit les conséquences de cette mutilation des critères, aboutissant à la mutilation des sciences humaines et divines. Les sciences d'autorité, théologiques et historiques, les sciences physiques et naturelles elles-mêmes, seraient condamnées «pWori. Seule, la métaphysique régnerait dans le désert et la solitude de l'esprit humain; mais manquant désormais de sa base physique, elle serait bien moins une métaphysique qu'une poésie ou une pure rêverie.
En deux mots, l'idée claire est un critère delà possibilité des choses et non de leur réalité. Elle ne peut donc fonder aucune science du réel, mais les compléter
LA RÉDUCTION DES CRITÈltES INTRINSÈQUES 311
seulement, en montrant l'explication du réel, par la possibilité ou rintelligibilité de leurs notions.
Nous en dirons autant de Vidée ?ion contradictoire L'idée que Leibnitz voulait nous donner pour unique critère. 7rarfTc- La non-contradiction ne suffit pas à montrer qu'une uibnii'z^. chose est vraie, mais seulement qu'elle est possible. Aussi lorsque Leibnitz a voulu appliquer son critère auxnotions expérimentales, et nous prescrire d'examiner « si elles se lient entre elles et avec d'autres que nous avons eues, parce que c'est le seul moyen de distinguer les perceptions vraies des rêves et de l'hallucination *», — il n'a convaincu personne. II y a, en etTet, des rêves et des hallucinations fort bien liés, et qui se déroulent sans aucune contradiction, tandis qu'il y a des perceptions vraies d'événements contradictoires et incohérents. Que de fois « on croit rêver » aux féeries ou chez Robert Houdin, et jusque dans nos assemblées politiques, alors qu'on est réellement éveillé !
La non-contradiction ne suffît donc pas plus que son l'idée claire à établir qu'une chose est vraie, mais seule- sânce'' ment qu'elle est possible. Or comme il faut, pour qu'une chose existe, qu'elle soit tout d'abord possible, nous accorderons volontiers que la non-contradiction est un critère négatif, critérium sine qiia non, dont l'absence est une marque de fausseté et d'irréel, tandis que sa présence n'est jamais une marque suffisante de vrai et de réel. Il faut donc y ajouter les autres critères positifs, dont nous avons montré la valeur et la légitimité, et prouver la réalité d'un fait par l'expérience, le raisonnement ou le témoignage.
i. Leibnitz, Hem. swr le livre del'oriq. du mal et Médit, de cognil. verit. et ideis.
irilèi'es
ont un
motif
commun
Le suprême motif de certitude : l'Evidence.
Tous les Quoique les critères extrinsèques et intrinsèques : l'autorité, les sens et la raison, soient essentiellement dilTérents, et partant irréductibles l'un à l'autre, ils ont cependant une lumière commune ; c'est un mobile unique, sous des formes diverses, qui porte notre esprit à donner son assentiment ferme et certain à tel ou tel fait, telle ou telle vérité. Leur évidence est l'unique et suprême motif de notre certitude. Ainsi si je crois à l'existence du monde extérieur ou à ma propre existence, aux axiomes ou aux premières démonstrations de la géométrie, à la prise de la Bastille ou à l'exécution de Louis XVI sur l'échafaud, c'est par ce que toutes ces vérités sont également évidentes, directement ou indirectement. Qu'est-ce donc que l'évidence et quelle est sa valeur ? C'est ce qui nous reste à expliquer, jjaturg L'évidence, — depuis l'invasion croissante du sub- ''^dencT jectivisme contemporain, — est devenue une notion objective, nijstérieuse et même inintelligible, pour une multitude d'esprits, alors qu'elle est en réalité la plus simple et la plus élémentaire du sens commun et de la logique.
Le mot évidence, suivant son ctymologie (e-videre), désigne ce qui se dégage, ce qui se fait voir, dont la lumière apparaît à l'esprit qui le voit. Aussi a-t-on pu définir l'évidence elle-même : la visibilité de ce qui es/ , en vertu de laquelle, ce qui est, l'objet, se manifeste ou peut se manifester au sujet pensant. Or cette notion est aisée à comprendre.
Ce qui est, l'objet, s'appelle aussi le vrai : tantôt c'est un être, ou un mode d'être, tantôt une relation entre
les êtres. Mais tout ce qui est, étant capable d'être perçu par un esprit de capacité proportionnée, on peut dire que tout ce qui est est intelligible ou vrai, suivant la formule de l'école : tout être est vrai, omne ens est verum ; le vrai c'est l'être dans son rapport avec l'intelligence, comme le bien c'est l'être dans son rapport avec la volonté ou appétit.
Or notre définition, en parlant de la msibilité de ce qui est, exprime que l'évidence est précisément cet éclat, cette lumière de l'être qui le rend visible, c'està-dire qui nous permet de le percevoir, de le reconnaître clairement et avec certitude, et partant de modeler sur lui notre représentation mentale ou notre pensée.
L'évidence est donc quelque chose d'essentiellem.ent objectif, c'est une qualité de l'être, de l'objet connaissable, mais elle doit aussi, par sa manifestation au suet connaissant, devenir en quelque manière subjective, car il faut qu'elle soit perçue par l'esprit pour obtenir son adhésion ferme et certaine.
Le phénomène complet de l'évidence comprend donc ses trois trois éléments : un objet, sa visibilité, et la vision du su- ^^'"®"'*jet. De même, dans l'ordre physique, il faut pour produire le phénomène de vision: un objet réel, la'lumière qui le rend visible, et sa vision par l'œil. Il y a pourtant une différence entre la vision sensible et la vision intellectuelle. Tandis qu'entre l'objet physique et sa lumière, il y aune distinction réelle, entre la vérité intellectuelle et son évidence, il n'y a qu'une distinction de raison. Mais dans les deux cas, pour toute évidence, il faut pareillement un objet capable d'être perçu, un sujet capable de percevoir, et leur union.
Or c'est cette union de l'objet et du sujet, qui, rejetée a priori ou méconnue par tous les subjectivistes, leur rend l'évidence à la fois subjective et objective, absolu-
ment inintelligible. Pour eux, il ne peut y avoir qu'une évidence purement subjective, l'évidence de la pensée, et jamais l'évidenco de son objet. En effet, pour les kantistes et les subjectivisles absolus, l'esprit ne peut mrme pas se replier sur lui-mrme pour seconnMÎlre tel qu'il est, mais il s'arrèle à sa pensée et ne connaît que sa pensée. Pour tous les subjectivistes, sans exception, le sujet sentant est au moins incapable de rien saisir de l'objet extéiieur. qui reste hors de ses prises, Expiica- Pour nous, au contraire, l'objet extérieur pénètre dans '/•""ion* l'organe animé du sujet, sinon par sa substance impéné- """et dT' trable.du moins par son action physique qui est l'expres- '"'*•'*'• sion môme, plus ou moins adéquate, sans doute, mais pourtant Texpiession naturelle de sonêtre, puisque l'être agit comme il est. Or, l'action de l'agent est dayis le patient, su'ivanl l'axiome fondamental. que nous avons déjti exposé et mis en lumière, et dès lors l'union est faite. Le sujet organique saisit donc en lui-môme, par une intuition immédiate, cette action étrangère, qui lefrappe et le pénètre, il en prend conscience ; et percevant la visibilité même de cet objet, il éprouve le phénomène de l'évidence objective, avec celui de la certitude qui en découle. Sa conscience, enveloppant à la fois le moi et le non-moi, il est aussi sûr de l'existence de cette action étrangère qu'il sent en lui-môme, que de sa propre existence.
Mais cet objet sensible reçu et perçu, est double, ou présente un double aspect. L'aspect extérieur et physique, qui tombe sous l'intuition des sens ; l'aspect intérieur et idéal, nécessaire et universel. qui tombe sous l'intuition de l'intellect. L'union de l'intellect avec cet aspect intérieur des objets réels, conservés dans les images mentales, est encore facile à comprendre, et l'évidence objective des idées, des jugements ou des raisonnements en est la conséquence naturelle. Partout, en effet, dans
LE SLPUÈME MOTIF DE CERTITUDE : L'ÉVIDENCE -jl^
les combinaisons d'idées et les constructions mentales les plus compliquées, nous retrouvons soit des éléments objectifs, puisqu'ils sont extiaits des objets sensibles, soit des rapports d'éléments comparés également objectifs, et partant nous retrouvons celte visibilité objective de ce qui est, dont parle la définition môme de l'évidence objective.
Tout cela est désormais rendu intelligible et manifeste, par la donnée de l'action dite transitive : l'action de Vagent est dans le patient, donnée qui éclaire tout le mécanisme objectif de la connaissance sensible, et par suite celui de la connaissance intellectuelle.
Au contraire, celte donnée étant incomprise ou reje- i^puistée par nos subjectivistes, toutes leurs théories, basées snbjectf-' sur la seule évidence subjective de leur pensée, sont ^"''^^' fatalement vouées à l'impuissance, à la contradiction et au chaos des logomachies.
Il serait curieux d'observer et d'analyser tous leurs elTorts désespérés pour sortir dune impasse désormais sans issue. Nous les avons vus déjà, dans une autre étude \ s'épuiser vainement à vouloir reconstruire le monde extérieur avec les seules données du monde intérieur, l'extension avec des éléments inétendus, la quantité avec la qualité pure, l'espace avec le temps, le non-moi avec le moi, la matière avec l'esprit, — problème impossible et dont les solutions proposées seraient autant de « coups de baguette magique », suivant la juste critique de M. Bergson-. II ne serait pas moins instructif, maintenant, de les voir s'efforcer à reconstruire ce fait incontestable de l'évidence objective avec des évidences purement subjectives, au risque de le travestir ou de le nier.