‹ La crise de la certitudeChapitre 86 sur 104 · s. Augustin, De la Cilé de Dieu, 1. XI, c · texte numérisé non relu

s. Augustin, De la Cilé de Dieu, 1. XI, c

LA HEDUCTION DES CRITERES IMRINSEQUES

Mais comment tirer toute la science humaine de l'in- son trospeclion psychologique et de l'étude du moi ? Si l'on sance. opère sur un moi inculte, la pauvreté des résultats sera lamentable. Si l'on opère sur un moi très cultivé et déjà enrichi des apports de tous les autres critères, alors seulement le résultat sera considérable quoique insuffisant.

Qu'on en puisse tirer une riche métaphysique, Maine de Biran l'a bien montré, en déduisant tout un vaste système de la seule analyse de l'effort conscient et, avant lui, toutes les sciences logiques, ontologiques, psychologiques et morales avaient fréquemment recouru— d'une manière, il est vrai, un peu superficielle, — aux riches données de la conscience. Cependant toute la science humaine n'est pas encore là, et ne saurait contenir dans un vase si étroit que notre î>ioi individuel.

Les panthéistes allemands ont comblé cette lacune, en identifiant notre être personnel avec l'êli'e absolu, notre être si petit et si chétif avec l'être infini, et désormais, il a pu leur donner l'illusion d'une source in- Hnie. C'est l'infini lui-même que nous sentirions en nous par 'la conscience. Les plus hautes vérités y seraient toutes contenues implicitement et en germe, comme dans une source profonde qu'il suffirait d'étudier dans la méditation et l'extase.

Hélas ! ce sontlàdes assertionsarbitrairesqui n'ont rien de commun avec les réalités vécues, de pures rêveries que nous nous garderons de discuter dans cette étude où les erreurs panthéistiques ne sauraient trouver place.

La conscience reste donc un critère très spécial, un instrument de connaissance des réalités intérieures au sujet pensant ; elle est en outre une condition commune indispensable pour le fonctionnement utile de tous nos autres instruments de connaissance, mais elle ne peut remplacer ces autres instruments, ni les sens externes,

rationnel.

•>^'8 BASES DK LA CONNAISSANCE ET DE LA t;HOVANCE

ni la raison, ni le lémoignaji,e. Les sciences physiques, métaphysiques et iiistoriques restent en dehors de sa compétence.

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m Par un excès opposé au positivisme, au sensualisme

purement c t ail matérialisme, Ics rationalistes et diverses écoles d'idéalistes exagèrent le rôle de la raison ou de la perception idéale^ au point de faire de ce qui est compris par la raison, le seul et unique critère de la connaissance humaine.

Avant de réfuter cette nouvelle exagération, reconnaissons ce qu'il y a sûrement de vrai dans la pensée de nos adversaires. Il est évident que c'est la raison qui met en œuvre tous les autres critères, et qui est le juge suprême de leur valeur. C'est à la raison qu'il appartient de prononcer un arrêt souverain sur tous les actes cognitifs des facultés humaines. KUe analyse le mécanisme ou le processus des sens externes et internes, de la conscience, de la mémoire; elle s'analyse elle-même, étant seule douée de réflexion, et après avoir compris ces divers mécanismes ou processus, après en avoir mesuré la portée et l'efficacité, elle en prononce sans appel la légitimité,les justifiant ainsi et se justifiant elle-même à ses propres yeux.

Mais ce magistère suprême de la raison sur tous les critères, cette puissance de les comprendre et de les juser tous, ne saurait remplacer ces critères eux-mêmes, ni se substituer à eux. La raison juge légitime le témoi- <>nage de nos yeux, par exemple, mais ne les remplace pas, s'ils font défaut. Il ne faut donc pas conclure à la réduction de tous les critères à un critère unique, qui serait la raison, mais seulement à la subordination hiérarchique de tous les critères inférieurs à la raison. C'est la hiérarchie des membres qui fera ici l'unité, et nullement leur identification qui serait une pure confusion.

Api'ès ces explications indispensables, il sera aisé de udée réfuter la doctrine cartésienne qui propose Vidée claire l-»ptL de l'intellect, comme critère universel de vérité. On ne "'^^' ^* devrait admettre en son esprit que ce que la raison a une fois compris, et compris clairement, ou dont elle a pu se faire une idée claire *.

Or c'est là à nos yeux un rationalisme excessif, que rien ne légitime et que la logique condamne.

Le critère de l'idée claire renverse d'abord l'ordre naturel de la connaissance humaine, car on connaît d'abord l'existence des choses avant d'en comprendre clairement la notion, on connaît l'existence de mille faits avant d'en avoir une idée claire. Par exemple, nous dit Aristole, on commence par constater qu'il y a éclipse de soleil, avant d'avoir l'idée claire d'une éclipse. C'est Renverse seulement après avoir admis le fait qu'on en recherche niod'epol'idée claire, si on le peut ; mais ce serait renverser toute méthode scientifique que de vouloir rejeter le fait de l'éclipsé, tant qu'on n'en a pas découvert l'idée ou la notion claire. Du reste l'idée claire et adéquate n'est pas toujours possible à découvrir. Il nous faut, le plus souvent, nous contenter provisoirement d'une idée confuse. Au ciel et sur la terre, depuis les soleils qui roulent dans les espaces infinis, jusqu'au grain de sable que nous foulons aux pieds, tout est plein de mystères, et nous n'admettrions que bien peu de choses en nos esprits, peutêtre rien du tout, si nous attendions d'en avoir des idées parfaitement claires et adéquates.

L'exigence cartésienne renverse donc l'ordre naturel de la connaissance humaine, et partant la vraie méthode, scientifique et positive, de toute investigation, qui doit commencer par l'observation des faits pour s'élever

1. « Je jugeais que je pouvais prendre pour règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et diilinctement sont toutes vraies, etc.. » Descartes, Discours sur la Méthode.

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