‹ La crise de la certitudeChapitre 89 sur 104 · Rabier, Logique, p. 'i~t · texte numérisé non relu

Rabier, Logique, p. 'i~t

i. Balmès, Philosophie fondnm.. I. I, ch. xxii, n» 221 .

et partant comparer notre pensée avec notre pensée ; — c'est toujours la même équivoque, ou la même fausse théorie de la perception des sens.

Cette objection suppose qu'on ne peut jamais saisir l'objet lui-même, mais seulement la pensée de l'objet. Or cela est faux, — ne cessons de le répéter, — parce que cela est contredit soit par l'expérience de nos consciences, comme nous l'avons établi, soit par la simple logique qui déroule ainsi, dans nos consciences, la suite des événements : 1» action de l'objet ; 2° passion, ou réception passive, du sujet ; 3" réactions émotionnelles et réaction représentative ou pensée. C'est donc Y action de l'objet qui tombe la première sous le regard de la conscience, soit avant la passion, par son antériorité logique et sa note prédominante ' ; soit avant toute espèce de réaction, par son antériorité chronologique. Avant de souffrir d'une action étrangère, il faut l'avoir reçue, et avant de se la représenter, il faut l'avoir perçue. On peut donc comparer l'objet représenté avec l'objet perçu, la représentation avec l'objet lui-même dans sa présentation. Et voilà ce que la philosophie moderne s'obstine à méconnaître ou plutôt à ignorer.

Celte notion d'évidence objective étant ainsi méconnue ou travestie par les subjectivistes, il ne faut plus s'étonner de l'embarras extrême et même du dédain avec lequel ils traitent le critère de l'évidence.

« En fait, écrit M. Rabier, l'évident sert de critérium. » — En fait, il le faut bien, puisque le genre humain n'en a pas d'autre à sa disposition. — « Endroit, ajoute-t-il, ce critérium n'est pas sûr... H y a des évi-

1. La passion nest pas l'objet, id quod, qui est perçu, ni une image intermédiaire, mais le moyen, Id quo, ou la condition de l'union immédiate de l'aj^ent et du patient. Ainsi lorsque je palpe un relief, c'est le relief que je perçois et non la passion du doigt, qui est en creux ; et si je palpe une surface concave, ce n'est pas davantage l'impression organique, qui est convexe. La passion, étant l'image renversée de l'action, nous ferait tout voir k l'envers.

Ne peulon comparer la pensée qu'avec ellemême ?

Y a-l-ll

des évi'

dences

iliusui-

res?

halliicinalion .

•>li^ BASES 1)K LA CONNAISSANCE ET l)K LA CROYANCE

Objet- licnces absolues et pourtant tiompeuses '. » Telles sont, Ké'ïe"'et dit-il, les fausses évidences du rêve, de l'iiallucination, qu'il serait impossiblede distinguer des évidencesvraies. — La réplique sera facile.

Nous soutenons, au contraire, que les évidences du rêve et de l'hallucination, en tant qu^évidences de phénomènes internes^ sont parfaitement vraies. Si le rêveur et l'halluciné les prennent pour des évidences de phénomènes externes, ils confondent grossièrement, car l'évidence externe et l'évidence interne se distinguent nettement et facilement, aux yeux de tout homme en possession de lui-même et sain d'esprit. En effet, dès que le rêveur se réveille, il voit clairement la difTérence essentielle entre le rêve et la veille, entre l'évidence extérieure et sa contrefaçon. Et alors même qu'il ne saurait faire la description psychologique et scientifique des signes distinctifs, le contraste des deux évidences est trop éclatant pour qu'il en doute.

Mais dans l'hallucination, nous avons un fait encore plus remarquable. L'halluciné étant un rêveur tout éveillé, il n"a même pas besoin, pour voir le contraste, d'attendre la fin de sa crise. Pendant toute la durée de la crise hallucinatoire, la vision normale n'étant nullement empêchée, et les deux visions, interne et externe, se produisant à la fois, leur contraste est si manifeste qu'il est saisi facilement par le malade, pourvu qu'il garde son sang-froid et qu'il reste maître de lui-même. L'évidence extérieure et sa contrefaçon intérieure se distinguent et s'opposent donc nettement.

Sans entrer dans tous les détails si curieux de cette '"tienne- vision halluciuatoi rc -, il nous suffira de dire que son ment des pj.Q^^j^ physique et physiologique est l'inverse de celui de la vision normale. Dans celle-ci, l'œil reçoit la lu-

Page 1