Jacobfs Werke,2<^ B., s
sensibles inférieures. Mais de quel droit se fiera « la voix de la nature », pour une seule faculté, et la mépriser pour les autres? C'est une contradiction de plus à ajouter à la critique que nous avons faite du critère de l'école écossaise, qui suboidonne la valeur de la réflexion à celle de la spontanéité, la valeur de la raison à celle de l'instinct, renversant ainsi l'ordre naturel des choses. Cependant, ce n'est ni par scepticisme, ni par défiance de la raison et des facultés cognitives, que cette école a eu recours à un acte de foi aveugle ; c'est seulement parce que sa philosophie reste superficielle, hésitante à pénétrer au fond des questions. Mais voici que d'autres philosophes, vont se réfugier dans celte même croyance aveugle, par défiance de la raison, et par esprit de système.
La rai- Après avoir fermé les portes de toute science spécu- *"t?que" lative à la curiosité humaine ; après avoir démontré soin de quil faut désespérer de rien connaître de réel, le kan- ''""^*' tisme et le néo-kantisme furent bien forcés d'ajouter ; cependant, il faut vivre, il faut agir ; et comment agir et vivre, si l'on ne peut rien connaître ? C'est l'acte de foi qui va répondre à la question. Pour Kant, l'impératif catégorique engendre, dans toute âme honnête, une croyance certaine au Devoir et aux trois postulats du Devoir: Dieu, l'immortalité et la sanction morale. Pour les néo-Kantistes, c'est le besoin de vie et d'action, qui engendre une croyance volontaire et libre à tous les autres postulats de la vie et de l'action. Le kantisme primitif est ainsi élargi par les nouveaux critiques, puisqu'aucune vérité dogmatique utile à la vie et à l'action n'est exclue, mais la croyance n'est plus pour eux qu'un assentiment plus ou moins probable, toujours libre et révocable à volonté, qu'ils continuent pourtant à décorer du nom de certitude morale. Tel est leur k(. dogmatisme moral ".
que.
Nous l'avons dôj à critiqué dans son fond, il nous reste à l'apprécier dans sa prétention à nous révéler le motif suprême de certitude.
Supposons un instaut qu'il appartienne a la volonté ^^yu/'*'" libre de mettre un terme à nos doutes spéculatifs, notre volonté sera-l-elle pour cela le motif suprême de nos certitudes ? Nullement.
En effet, qui provoquera cet acte de volonté libre ?
Sera-ce un motif intellectuel ou une impulsion aveugle? Si c'est une impulsion aveugle, l'acte de volonté n'est plus libre, il est fatal et instinctif, et nous retombons dans les contradictions de l'école écossaisse et de Jacobi, que nos adversaires eux-mêmes ont repoussées.
Si c'est un motif intellectuel, qui guide et dicte notre libre choix entre les opinions diverses, nous revenons, bon gré, mal gré, au critère intellectualiste, à la lumière de ce qui est, au motif suprême de l'évidence.
Ainsi, lorsque les néo-kantistes et les pragmatistcs me disent qu'il faut admettre telle ou telle opinion sur Dieu, l'âme ou la vie future, parce que ce sont des « postulats qui viennent se suspendre à la chaîne de la vie et aux exigences de l'action » ; lorsque, pour m'en convaincre, ils se mettent à raisonner et à me prouver que tel postulat est bien solidement « suspendu )> par un fil logique et rationnel à cette chaîne, c'est bien encore des motifs intellectuels qu'ils proposent à ma volonté pour la déterminer dans son choix. Leurs preuves, pour être indirectes, n'en sont pas moins des preuves intellectuelles.
Du reste, il est impossible que la volonté seule puisse nous commander un acte de croyance certaine, sans nous en donner des raisons certaines ou des motifs de crédibilité certains. Et comment pourrions-nous croire avec certitude, si nous avions conscience de croire par passion, par caprice, par volonté? Pourrions-nous nous
mentir ainsi à nous-mêmes ? Il est clair que non : ce ne serait plus un acte de foi, mais de mauvaise foi. L'inlluence incontestable de la volonté ou de la passion sur nos jugements ne va pas jusque-là, comme nous l'avons montré plus haut ; et pour nous incliner à agir suivant le caprice ou la passion, la volonté doit toujours commencer par nous en faire chercher et trouver un motif raisonnable ou une excuse, et partant une évidence qu'il est bon d'agir ainsi. La certitude échappe donc à Tempire de la volonté seule.
11 est vrai que les néo-criticistes lâchent volontiers la
Le noii- i
babilismê Certitude, pour se contenter, sous le nom et l'apparence de certitude morale, de guider leur conduite, par des raisons plus ou moins probables, renouvelant ainsi le célèbre Probabilisme de la Nouvelle Académie, dont Garnéade et Cicéron furent les maîtres les plus écoutés.
Mais là encore, jusque dans ses derniers retranchements, il serait aisé de poursuivre le néo-criticisme. Pour légitimer des vérités probables, non moins que des vérités certaines, il faut un critère intellectuel et objectif, dont le crilicisme manque absolument, et la volonté subjective ne saurait y suppléer.
Sans doute, entre deux opinions probables, elle peut choisir celle qui lui plaît, môme la moins probable, et arborer librement telle ou telle cocarde politique ou philosophique Mais autre chose est de prendre un parti, autre chose de le croire plus ou moins probable.
Or ce n'est pas la volonté qui, par son choix, rend à à mes yeux l'opinion plus ou moins probable, pas plus qu'elle ne peut la faire certaine. Pour être probable à tel ou tel degré, une opinion doit pour moi l'être évidemment à tel ou tel degré, sinon je ne puis la croire probable à ce degré.
M. Rabier lui-même a dû en convenir: <c impossible %e"''' de saisir jamais en fait, dit-il, impossible même de
concevoir un écart si petit qu'il soit, entre la croyance et les raisons de croire, telles qu'elles sont données dans la représentation immédiatement antécédente *. »
Et c'est à l'autorité, bien peu suspecte en la matière, de Pascal, qu'il en appelle en témoignage : « La volonté est un des principaux organes de la croyance ; non qu'elle forme la croyance, mais parce que les choses sont vraies ou fausses (probables et improbables) selon la face par où on les regarde. La volonté, qui se plaît à l'une plus qu'à l'autre, détourne l'esprit de considérer les qualités de celle qu'elle n'aime pas à voir : et ainsi l'esprit marchant d'une pièce avec la volonté, s'arrête à regarder la face qu'elle aime , et ainsi il en juge par ce quil y voit '. »
Que si la probabilité, non moins que la certitude, doit être aussi évidente pour s'imposer à ma croyance, et à une croyance de probabilité équivalente,nous retombons encore une fois dans ce motif suprême de l'évidence, dont la raison humaine ne peut s'écarter sans cesser d'être raisonnable .