ABROGATION DE LA LOI SHERMAN
acheter au Trésor des Etats-Unis 503.003.717 onces | d'argent pour un prix total de 516.622.918 dollars. <
Ramené à notre système métrique, ce stock représente environ 15.640.000 kilogrammes d'argent ûo» et on comprendra la valeur de ce chiffre en se rappelant que la production totale du monde entier, pendant cette période de 15 années, n'a pas été supérieure à 46 millions de kilogrammes, et que la production des • Ëtats-Unis a à peine atteint le chiffre de 18 millions de kilogrammes, Tannée 1892 comprise.
La Loi Sherman obligeant le Trésor américain à acheter chaque année 54 millions d'onces d'argent (environ 1 .680.000 kilog.), la production universelle des trois dernières années (1890-91-92) ayant été de 429 millions 700.000 onces, soit en moyenne 143.200.000 onces par années (environ 4.453.000 kilog.), on voit l'importance du débouché qui va brusquement manquer au marché de Targenl.
Mais nous savons que la suspension de la frappe libre des roupies aux Indes anglaises (juin 1893) a, de son côté, supprimé un facteur de consommation que nous avons évalué à 40 millions d'onces par année, soit environ 1.240.000 kilog. Cette suppression, ajoutée aux effets de l'abrogation de l'Ac^ Sherman^ porte donc à 3.920.000 kilog. la quantité annuelle de métal blanc que la transformation monétaire universelle n'absorbera plus. La production totale de l'année 1892 ayant été de 4.729.000 kilog., c'est donc un déficit annuel de consommation de 83 0/0 que l'argent va subir.
Voici son prix de vente déjà tombé à Londres à 32 pence Yonce standard^ ce qui correspond à une perte monétaire de 47,42 0/0, notre rapport du 15,5 établissant
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la parité de Vonce standard à 60 pence 87. A quel cours descendra-t-il dans six mois, dans un an ? Peutêtre à îio pence l peut-être à 20 1 peut-être au-dessous de ce dernier prix I Nul ne peut le savoir, car si les statistiques américaines donnent, chaque année, le chiffre de la production universelle des métaux précieux et, chaque semaine, le stock visible de l'argent disponible, aucun calcul sérieux n'a pu préciser encore le prix de revient moyen de son extraction des mines. Or, c'est en quelque sorte la limite de ce prix moyen qui fixera désormais le cours de Targent métal.
La Loi Sherman a enrayé sa baisse finale pendant trois années puisqu'cn somme, grâce à elle, les Etats- Unis absorbaient annuellement 37,70 0/0 de la produc- j tion universelle. L'abrogation de cette loi bâtarde, que I j'ai toujours critiquée, me satisfait pleinement : non point parce qu'elle va consommer l'avilissement du métal blanc, — avilissement que la France a mille raisons de déplorer — mais parce qu'elle obligera nécessairement toutes les nations du monde civilisé, l'Angleterre en tête, à s'occuper enfin du formidable problème monétaire qu'elles cherchent toutes à éluder.
THÉORIE ET PRATIQUE
Théorie et Pratique
Les économistes ont le tort très grave, à mon sens, de traiter toutes ks questions d'une manière trop générale et d'oublier que les résultais pratiques de leurs conclusions théoriques pourraient, dans certaines circonstances, être absolument funestes aux intérêts matériels de leur propre pays... intérêts qu'ils ont cependant la louable intention de défendre.
L'erreur capitale que commettent actuellement les monométallistes-or français, — en soutenant qu'il faut abandonner l'argent à son malheureux sort, que la France, grâce à sa situation prospère et au stock d'or formidable dont elle dispose en ce moment, n'a rien à redouter des crises monétaires qui frappent si cruellement d'autres pays et qu'elle doit, par suite, se désintéresser du problème à résoudre : — cette erreur, dis-je, procède du même ordre d'idées, car ces savants théoriciens ne se doutent nullement, en effet, du mal que la démonétisation internationale de l'argent et son avilissement ont déjà causé à la France, et du mal, plus grave encore, que l'application de leurs formules monétaires abstraites, lui réserverait dans l'avenir.
Ils s'appuient, pour soutenir leur système d'étalon unique d'or, sur un certain nombre de définitions qu'on donne malheureusement, dans tous nos cours d'économie politique, comme des vérités fondcnnentales. C'est l'opinion que professent d'ailleurs les économistes de
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rinslitut de France, et, avant d'aborder le fond de la discussion, je crois nécessaire de résumer les principales de ces définitions :
L'or et l'argent ne sont que des marchandises. C'est la loi naturelle de l'ofifre et de la demande qui en fixe la valeur respective ;
L'or et l'argent, transformés en monnaies, ne peuvent échapper aux effets de cette loi universelle, même lorsqu'une législation spéciale prétend leur assigner un rapport stable ;
La monnaie étant cependant employée, quoique marchandise, comme instrument d'échange et mesure commune de la vale ur des choses, il convient de la mettre à l'abri des variat ions que l'offre et la demande déterminent inévitablement d ans ce rapport ;
On ne peut atteindre ce résultat qu'en supprimant le rapport lui-même, c'est-à-dire en n'employant qu'un seul métal comme ins trument d'échange ;
Il est d'ailleurs absurde d'admettre, dans un pays, deux mes ures pour la valeur des choses lorsqu'il n'enexîste qu'une s eu le pour leur poids, leur longueur, leur surface ou leur vo lume;
Il est, en outre, véritablement inique de prendre pourinstru-
maat libératoire deux sortes de monnaie, parce que le débiteur
s'acquittera toujours avec celle qui aura le moins de valeur;
La loi Gresham démontre formellement que la monnaie dîpp éciée pour une raison quelconque, chasse toujours celle qai a gardé sa valeur relative et qu'il est, par conséquent, très dangereux pour un pays d'être soumis au régime du double étalon ;
La nature de l'argent le rend impropre au rôle d'étalon uiiq ue parce qu'il est trop lourd, trop encombrant et qu'il n3 répond plus aux besoins multiples de notre civilisation moi3ra e ;
L'excès de sa production doit en diminuer fatalement la valeu^r et sa baisse persistante, depuis une vintrtaine d' années, ne peut être attribuée qu'à cet excès de production ;
THEORIE ET PRA.TIOCE
Sa trop grande abondance, s'il était employé comme monnaie unique, provoquerait une hausse générale du prix des choses et ce phénomène serait désastreux pour l'humanité :
Conclusion : L'or est donc l'unique marchandise, idéale et parfaite, qui puisse servir à la fois de mesure commune des valeurs, d'instrument d'échange et de véhicule de la fortune publique.
Pendant plusieurs années j'ai considéré toutes ces définitions comme paroles d'Evangile et je plaignais, sincèrement, les retardataires du bimétallisme,.,, tout en les traitant, d'ailleurs, d'aveugles et d'ignorants, comme nous avons Taimable habitude de le faire en religion économique chaque fois qu'on ne partage pas nos opinions.
Mais le désir m'est un jour venu de vérifier la théorie.... et, je n'éprouve aucune honte d'avouer ici que le résultat final de mes études pratiques, de mes recherches et observations personnelles, a radicalement modifié mes idées en matière monétaire.
De monométalliste-or je suis devenu bimétalliste, ou, plus exactement, je suis devenu un partisan résolu de la réhabilitation de l'argent, parce qu'en abandonnant le domaine spéculatif, pour me placer sur le terrain moins élevé des faits particuliers, je me suis rendu compte que les intérêts matériels de la France étaient étroitement liés à cette réhabilitation .
Ainsi, j'avais toujours cru — sur la foi delà théorie — qu'une nation qui avait sa circulation monétaire au pair de l'or, comme la France et l'Angleterre, se trouvait dans de meilleures conditions de production qu'une nation à monnaie dépréciée ; j'avais toujours cru qu'un
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pays très richement pourvu d'or par le jeu naturel de ses ressources et de son crédit, était infiniment mieux outillé pour se défendre contre la concurrence étrangère et pour soutenir et développer son commerce extérieur, qu'un pays à changes avariés.
J'ai étudié pratiquement la question des changes, en observant tous les phénomènes économiques que leur hausse ou leur baisse déterminait, et je me suis aperçu que ces phénomènes donnaient des résultais diamétralement différents de ceux que la théorie semblait indiquer.
Prenons l'exemple de la France et de TEspagne : les devises sur Barcelone sont en ce moment cotées à Paris à 400, ce qui signifie qu'avec 400 francs d'argent français, plus 1 0/0 d'escompte, on peut se procurer 500 francs de monnaie espagnole : le papier français gagne donc au change espagnol 96 francs pour une somme de 404 fr., soit 23,76 0/0.
En théorie cela paraît très favorable à la production française. Voyons les faits :
Un commerçant français qui va acheter du vin à Barcelone pourra, avec 100 francs de billets de banque français, acquérir 123 fr. 76 de vin espagnol au prix espagnol.
La pert-. i change facilite donc, en ce moment, l'exportation des vins espagnols en France, puisqu'elle procure à l'acheteur frduçais une prime ad vaJ,orem de 23,76 0/0. Et qu'on ne s'y trompe pas, cette perte au change est bien une prime à V exportation, parce que la dépréciation de la monnaie espagnole n'est qu'extérieure : cette monnaie a gardé la même valeur à l'intérieur du royaume pour le paiement des impôts, des
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salaires, des loyers, des transporta et des conditions générales de la vie espagnole.
Ce qui prouve que celte monnaie ne s'est pas dépréciée à Tintérieur, et qu'elle a même plutôt augmenté de valeur, c'est que depuis la hausse des changes (c'est-àdire depuis le mois de mai 1891) le prix des choses a généralement diminué en Espagne. Et notamment en ce qui concerne le vin : Thectolitre de bon Alicante, qui est payé aujourd'hui 9 et 10 pesetas rendu à quai de Barcelone, valait 11 et 12 pesetas Tannée dernière à la môme époque.
La prime d'exportation est maintenant de 23,70 0/0 ad valorem : or, qui peut affirmer que les changes espagnols ne continueront pas leur ascension et que cette prime ne représentera pas, à un moment donné, 40 ou 50 0/0 du prix d'achat ?
L'exemple que j'ai choisi, pour expliquer comment la production vinicole de l'Espagne était praliquetnent favorisée par la dépréciation extérieure de la monnaie espagnole, démontre inversement que l'intérêt des producteurs français — qui paient, eux, toutes leurs charges avec de la monnaie valant le pair de l'or — est directement compromis par cette dépréciation puisqu'elle se traduit finalement, sur notre territoire, par une baisse réelle du prix de revient d'un produit concurrent.
Et il ne s'agit pas ici d'un exemple isolé, cité pour les besoins de la cause : au cours de celte Étude, j'espère bien démontrer, par des faits incontestables, et contrairement à la théorie des monométallistes-or, que les crises de change dont le monde nous donne depuis quelques années le spectacle de plus en plus fréquent ont pour principale cause une raréfaction monétaire univer-
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Pelle due à la suppression de V argent comme instrument international d* échange y — et que ce sont les nations riches, celles qui possèdent le plus d'or dans leur circulation monétaire, qui se trouvent le plus cruellement frappées par ces crises.
POSITION DE Lk QUESTION 11
Position de la Question
Mais, avant d'aller plus loin, enteadons-nous bien et posons nettement la question : Je n'ai pas la prétention de démontrer que la raréfaction du numéraire universel, que la démonétisation internationale de Targent a provoquée, est Tunique CiiusE des crises extérieures, financières et monétaires dont la fortune publique française — fortune mobilière, fortune industrielle et agri cole — subit en ce moment le contre-coup.
Je ne veux point démontrer que les malaises économiques dont toutes les nations à circulation monétaire au pair métallique-or souffrent actuellement (France, Angleterre, Allemagne, Belgique, Suisse, Hollande, Etats-Unis) sont dus exclusivement à la disqualification de Targent comme instrument d'échange international ; qu'il suffira de réhabiliter l'argent, de créer un bimétallisme universel ^ pour que tous ces malaises disparaissent à jamais et que les pays, dont le crédit extérieur est avarié, trouvent, comme par enchantement, les ressources qui leur font défaut.
Je veux simplement rechercher :
io Si la démonétisation internationale de l'argent, ou plus exactement, si le régime monétaire bâtard que toutes les nations du monde subissent depuis 1873, n'a pas réellement produit une raréfaction, une contraction monétaire universelle, bien que cet argent soit resté, en quantité plus ou moins considérable, dans la circulation des divers pays sous la forme de monnaies;