‹ La crise des changes: la baisse de l'argent et ses conséquences, laChapitre 34 sur 48 · PRODUITS MANUFACTURÉS · texte numérisé non relu

PRODUITS MANUFACTURÉS

Importatio7is

Produits 1891 1892 1893

(Milliers de pesetas)

Minéraux, céramiques, etc. 61.949 57.512 55.188

Produits en coton 76 . 995 76 . 057 66 . 731

Produits fibres diverses. . . . 24.775 24.950 19.896

Laines, filets et produits. . . 32.162 32.414 19.347

Soies écrues 3.337 3.029 3.350

Bourres de soie 879 82'!' 1.122

Tissus de soie 9.428 10.591 8.377

Machines complètes 8.242 6.973 3.949

Pièces de machines 19.750 30.306 9 668

Exportations

Minéraux, céramiques, etc. 61.483 60.214 64.103

Produits en coton 20.668 29.417 36.360

Produits fibres diverses. . . . 2.906 4.319 4.709

Laines, filets et produits. . . 8.333 12.702 18.288

Soies écrues 1.221 1.533 1.399

Tissus de soie 1.038 2.221 1.262

Machines 674 343 389

Huile d'olives 8.279 10.835 22, 176

CRÉDIT EXTÉRIEUR ET HAlSiSE DES CHANUES 7i\)

L( S résultats du mois d'octobre, qui me parviennent à Tinstant (15 décembre 1893), accentuent encore celte double tendance.

Les déclarations de M. Navarro Reverter sont donc absolument confirmées par les faits : Depuis Tannée 1891, c'est-à-dire depuis la hausse des chan^'es extérieurs, Timportalion en Espagne des produits manufacturés étrangers n'a cessé <raller en diminuant : Au contraire, Texporlation à l'étranger, des produits similaires espagnols, se développe chaque jour.

Si nous prenons maintenant les chiffres d'ensemble, la balance commerciale qui se soldait, en dé6,cit au détriment de l'Espagne, par 170 millions de pesetas, à la fin des dix premiers mois de Tannée 1891 — par ^)2 millions de déficit à la fin des dix premiers mois de 1892 — ne présente plus qu'un déficit de 45 millions de pesetas, à la fin du mois d'octobre 1803.

Nous constatons la môme amélioration dans la rentrée des impôts : Du 1er juillet 1891 (débuts de la crise) au 31 janvier 1892, les recettes ordinaires avaient donné a51. 869.422 ppsetas; du l«r juillet 1892 au 31 janvier 1893, elles se sont élevées à 359,394,222 pesetas; soit une augmentation de 7.524.760 pesetas, sur les sept mois correspondants de Tannée antérieure.

Pendant les quatre premiers mois de Tannée financière 1892-1893 (juillet, août septembre et octobre), elles avaient donné 178.852.651 pesetas ; pendant les quatre premiers mois de Tannée 180:^-1894, elles vien- .nent de fournir 196.268.696 pesetas, soit un« augmentation de 17.416.045 pesetas, sur la période correspondante de Texercice 1892-1893.

Voici maintenant les recettes des quatre grandes li-

lîO CRÉDIT EXTKUIEUR ET HAUSSE DES CHANGES

gnes espagnoles pendant les 45 premières semaines des années 1890 et 1893:

(Pesetas)

Anclaîous (891 kil.) 12.366.022

Nord de VEspagne (1.959 kil.) 48.048.847

Asliiries (741 kil.) 9.891.921

Ssaroa (2 . 672 eg kil.) 46 . 586 . 556s

Les receltes des Chemins de fer sont donc également satisfaisantes puisque nous les trouvons à la fin de la 45« semaine de 1893, en augmentation sensible sur la période correspondante de 1890 (année antérieure à la hausse des changes) pour trois des grandes lignes et en diminution de 2 millions seulement pour le Saragosse.

En résumé, la hausse des changes extérieurs espagnols n'a eu do fâcheux effets que pour le portefeuille des créanciers extérieurs de TEspagne, et il convient de constater cependant que ni TEtat ni les Grandes Compagnies de Chemins de fer n'ont encore manqué à leurs engagements extérieurs, bien que cette hausse augmente de près de 25 0/0 l'importance de ces engagements. Seuls, les actionnaires des Compagnies ayant des charges extérieures, ont vu leur revenu amoindri, ou absorbé, par les frais nouveaux qu'impose à ces Sociétés la conversion en or de la monnaie indigène nécessaire aux dépenses sociales d'ordre extérieur.

Mais, par contre, la hausse des changes extérieurs

espagnols a réellement protégé Tindustrie indigène contre la concurrence étrangère, a rét-lleinent favorisé rexportation à l'étranger des produit* indigènes et a réellement développé toutes les branches de la production nationale.

Déjà, lors de TEnquête monétaire f iite par la Grande Commission anglaise de 18S7, Gol'd and Silver Commission, M. Gibbs, ancien gouverneur de la Banque ri Angleterre, et alors Fun des directeurs de ce granl Etablissement, avait déclaré — d*après Tobservation des faits — que dans la crise générale que la baisse •le l'argent et la hausse des changes provoquaient « les » nations à circulation monétaire au pair de Tor se- » raient beaucoup plus cruellement atteintes que les » nitions à circulation d*argent comme les Inles, la » Ghiae et divers Etals de l'Amérique du Sud, et que » les bénéfices des producteurs des premières nations >> souffriraient plus que les salaires des ouvriers. »

Comme confirmation de cette thèse, M. Gibbs donnait l'exemple du Chili, qui avait une circulation d'argontet une circulation fiduciaire très dépréciées, et qui ^t lit en pleine prospérité malgré une perte de change de 45 0/0.

De môme, à la suite des dépositions des hauts fonctionnaires du Gouvernement des Indes et des grands commerçants ou industriels qui ont déposé dans l'Enquête, la Troisième partie du Rapport de la Gommis- >^ioa (celle qui a été signée par les membres ralliés à l'idée du bimétallisme) coni.eni le passage suivant :

En même temps que se produisait la baisse des prix do l'argent en or, une baisse générale des prix en or avait lieu

(i:2 CRÉDIT EXTÉRIEUR ET HAUSSE DES CHANGKS

en Angleterre, qui possède l'étalon d'or, tandis que dans l'Inde la roupie conservait son pouvoir d'achat et que les prix en ai'gent demeuraient fermes. Il en résulte que la valeur de l'argpnt n'a pas baissé en elle-même, bien qu'elle ait largement baissé dans sa valeur relative avec l'or; de là deux résultats favorables à l'Inde et contraires à l'Angleterre, du moins jusqu'à ce que les prix parviennent à l'équilibre. La production dans l'Inde est favorisée aux dépens du producteur de blé en Angleterre, de même que le manufacturier dans l'Inde est favorisé aux dépens des manufacturiers en Angleterre. Le manufacturier anglais est atteint dans ses ressources par le change. Quant à l'agriculteur anglais, il vend son blé proportionnellement moins cher que le ryot, parce que le prix est resté le même dans l'Inde et qu'il a baissé en Angleterre. Dans l'Inde, pays à argent, maintien d s prix: en Angleterre, pays à or, baisse des prix. (Traduction d:î M. Fournier de Flaix).

Les trois nouveaux exemples que je viens de donner (République Argentine, Portugal, Espagne), les faits certains que je viens de produire — et qui corroborent les résultais de la grande Enquête de 1888 — ne démontrent- ils pas suffisamment que les crises de crédit extérieur et la hausse des changes sont à la fois ruineuses pour les créanciers étrangers et favorables aux intérêts intérieurs des pays qui les subissent.

RÉPERCUSSION I>P:S CHANtŒS f):)

Répercussion des crises de Change sur les Nations à circulation monétaire au pair de POr

Les revenus d'une nation civilisée procèdent de trois sources: le Portefeuille, V Industrie et Y Agriculture.

Le commerce n'est qu'un intermédiaire tirant ses bénéfices de ces trois facteurs de la fortune pul)lique.

Le Portefeuille. — Est-il Lien nécessaire, après les exemples du chapitre précédent, de démontrer que les crises du change de la République Argentine, du Brésil, du Portugal, de l'Espagne, de la Grèce, etc., ont gravement atteint le portefeuille français?

En étudiant la situation de TEspagne j'ai donné une idée de la dépréciation des valeurs espagnoles tout en constatant d'ailleurs que, sauf pour les actionnaires des Chemins de fer, le revenu des porteurs extérieurs n'avait pas encore été amoindri.

Il en est de même pour les valeurs brésilliennes et italiennes ; mais le dommage est plus important pour les porteurs de titres argentins, portugais et grecs, car ils ont perdu à la fois une notable portion de leur capital et une notable portion de leurs revenus .

Voici un petit tableau très significatif :

Cours de quelques valeurs d'Etat étrangères en juin 1890 et en lécembre 1893

14 juin

Argentin 5 0/0 1886...., Catamarca 6 0/0 . ,

Brésil 4 i/2 0/0

Cordoha 6 0/0

Grec 5 0/0 1881

Italien, 5 0/0

Portugais 3 0/0

Extérieur Espagnol 4 0/0 Billets Cuba 6 0/0

Cours

Perte

compensât.

pour 1803

16 dcc. 1893

Gl 90

as 25

Il n'est question, ci-dessus, que des fonds d*Etat étrangers possèdes, en plus ou moins grande quantité, par le portefeuille français, et dont les arrérages sont payables en or en France ou en Angleterre. En y comprenant les Chemins de fer espagnols, portugais, brésiliens, argentins et italiens, le total des titres de cette catégorie circulant en France en 1893 était d'environ 8 milliards en capital nominal. Li dépréciation que la fortune publique française a subie de ce chef n'est donc pas inférieure à 2 milliards. Une siatistique anglaise établit que dans cette môme période les capitalistes anglais avaient perdu plus de 400 millions de livres sterling et les capitalistes allemands, belges et hollandais environ 100 millions de livres.

Mais, répondent les monom;^tallistes-or, ce n'est pas la bais e de l'argent qui a produit ces crises de change. Ces crises ne sont que la conséquence des fautes économiques, de la mauvaise politique finan-

RKPEacrssroN des changes 05

ciére, des folies d'émission fiduciaire des pays sinistrés : elles n'ont aucun rapport avec la suppression du bimétallisme, etc. ..

Jen*ai jamais dit, pour ma part, que la démonéti-:ation internationale de l'argent était Vunique cause de ces crises prises dans leur sens général, mais jo crois avoir démontré, et avec des faits à Tappui, que c'était l'une des principales causes, d'abord parce qu'elle a supprimé le trait d'union monétaire qui assurait depuis trois quarts de siècle, la régularité des transactions commerciales entre les grands pays asiatiques et l'Europe.

Ensuite, parce qu'elle a imposé au monde le régime monétaire bâtard actuel qui pousse les grandes nations riches à accaparer l'or et les nations de crédit secondaire à remplacer, avec profit pour leurs nationaux, la circulation métallique par du papier-monnaie.

Enfin, parce qu'elle a rendu beaucoup plus difficiles — pour ne pas dire impossibles — les relations financières entre les nations créancières et les nations débitrices, en augmentant les charges extérieures de ces dernières sans bénéfices pour les premières.

Là situation actuelle des Indes peut nous fournir, sur ce dernier point, l'exemple le plus décisif que l'on puisse donner : cette grande colonie anglaise n'a pas de circulation fiduciaire et ton budget se solderait par des excédents considérables si Yargent avait conservé son ancienne valeur pair bimétallique. Mais le Gouvern^elïient indien se trouve dans l'obligation de payer chaque année en Angleterre, une somme de 450 millions de francs en or, soit pour l'intérêt des Emprunts indiens émis en Livre sterling à Londres, soit pour les pensions

OU gratifications aux fonctionnaires Anglais résidant aux Indes, ou en retraite en Angleterre, soit enfin pour diverses dépenses d'ordre extérieur.

Tant que l'argent s'est maintenu au-dessus de 200 francs le kilogramme, ces charges extérieures n'ont point gêné le budget indien qui se soldait toujours en excédent, mais à partir du moment où la baisse s'est produite, la situation s'est retournée, car les Indes, étant aurégime monométallique-argent, et tous les impôts indiens se payant en roupies, la conversion €n or de celte monnaie indigène (pour les dépenses d'ordre extérieur) est devenue d'autant plus onéreuse, que l'écart entre la valeur relative de l'or et de l'argent s'est lui-même accentué.

Au prix de 117 francs le kilogramme d'argent, la perte subie par le budget indien, du chef de cette conversion annuelle, est supérieure à 200 millions de francs. Nous reviendrons sur ce fait quand nous étudierons, plus loin, la situation actuelle des Indes anglaises par rapport au protectionnisme.

L'Industrie. — J'ai mille raisons de me méfier de^ statistiques, ...et cela parce que j'en fais depuis dix am et que j'en connais ainsi la valeur relative ; et parc que je sais combien il est facile de faire dire aux chiffrer ce que l'on veut, surtout lorsqu'il s*agit de question) enfermées dans un cadre étroit et dont la plus petitj influence locale peut très sensiblement modifier les ré sultats d'ensemble : recettes ou dépenses budgétaircîj

RÉPERCUSSION DES CHANliES ()7

recettes de doaanes, de chemins de fer, consommation, marchés, mortalité d'un pays, etc..

Mais lorsque les résultats indiqués par la statistîquo sont observés dans plusieurs pays à la fois et visent des phénomènes économiques que la raison permet de comprendre sans secours d'aucun chiffre : on peut alors s'en servir avec quelque confiance, car ils deviennent la confirmation matérielle de faits que le simple bon sens expliquait déjà.

Par exemple, en étudiant la situation économique actuelle de la République Argentine, du Portugal et de l'Espagne, nous avons constaté, d'après la statistique de leur commerce extérieur, que, depuis la hausse des changes, les importations de produits manufacturés étrangers avaient très fortement diminué dans ces pays. La raison n'indique-t-elle pas, en effet, que ce phénomène est des plus naturels ?

Le même lot de marchandises françaises qu'un importateur portugais pouvait acquérir, en 1890, pour le prix de 100 fr. en monnaie portugaise de l'époque, lui a coûté, dès le milieu de 1891, 130 fr. en monnaie portugaise nouvelle. Gela revient à dire que le prix de cette môme marchandise a brusquement haussé de 30 0/0 pour le consommateur portugais. Il est donc naturel d'admettre que ce consommateur a diminué ses demandes, ou qu'il les a reportées sur les produits similaires de l'industrie portugaise dont la crise des changes n'avait pas sensiblement modifié les prix de revient.

Il est môme rationnel de supposer que le commerçant portugais a su tirer parti du nouvel état de choses en vendant, aux anciens prix portugais, des marchandises

portugaises baptiséeSy^arlm, marchandises françaises. Quoi qu'il en soit, la France exportait 28.600.000 fr. de marchandises en Portugal en 1889, et cette même exportation est tombée à 13.800.000 fr. en 1892. Ce qui représente, pour notre industrie nationale, une perte de près de 52 0/0.

Or, en étudiant la destination des exportalions françaises, on constate que de 1889 — ann^e qui a précédé la crise Argentine — à 1892 inclus, ces exportations ont augmenté dans tous les pays à circulation monétaire au pair de l'or — sauf deux exceptions justifiées par un fait local — et ont, au contraire, très fortement diminué dans tous les pays à monnaie avariée.

Voici d'abord la comparaison pour les premiers pays : Exportations françaises des années 1889 et 1892

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