‹ La crise des changes: la baisse de l'argent et ses conséquences, laChapitre 33 sur 48 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

l«f juin

1« sept

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16 déc.

Différ.

pour

La hausse des changes espagnols a donc déprécié de 20 0/0 environ le capital extérieur de TEspagne, c'est-àdire le portefeuille de ses créanciers étrangers.. Mais voyons si cette même hausse a porté un préjudice quelconque à son régime économique intérieur :

Dans la séance du 14 juin 1893 de la Chambre des

CREDIT EXTERIErR ET HAUSSE DES CHANGES ;>.)

députés espagnole, M. Navarro Reverter, ancien ministre du commerce, et chef actuel du Protectionaisme espagnol, exposa, dans un remarquable discours, la nouvelle situation industrielle que les tarifs protecteurs de la douane espagnole, appliqués depuis le commencement de Tannée 1892, venaient de créer à l'Es|)agne.

Passant en revue toutes les branches de l'industrie nationale, il démontra, avec des chiffres irréfutables, que la consommation espagnole, naguère tributaire de l'étranger pour une foule de produits manufacturés, était en merveilleuse voie d'affranchissement et que bientôt la production espagnole suffirait complètement à tous les besoins du royaume, mais qu'elle pourrait, en outre, chercher des débouchés fructueux au dehors.

A Tappui de ses prévisions, I3 Ministre cita quelques exemples que nous livrons à la méditation de nos confrères parisiens :

Les industries métallurgiques se développent puissamment et la fabrication des machines prend un essor que les plus optimistes, il y a 20 ans, n'auraient même pas rêvé I Presque toutes les industries qui se créent se pourvoient maintenant en Espagne des machines nécessaires, aussi bien des métiers à tisser les plus perfectionnés que des chaudières tubulaires les plus compliquées. . . . Nous construisons des coques de navires, des dragues, des barcazas, des grues flottantes, et cela, non seulement pour la Péninsule, mais aussi pour les Philippines, en nous émancipant ainsi de la grande industrie étrangère par le développement de notice industrie indigène.

— Il y a un véritable progrès aussi dans l'industrie du mobilier : Là où douze ouvriers seulement travaillaient il y a maintenant de l'ouvrage pour 80 ou 100. La sellerie de cuir uni ou repoussé, qu*on importait autrefois de France, se

manufacture maintenant à Barcelone. Un seul fabricant a construit dans ces derniers mois 7.000 chaises, supprimant aiîisi Vimpcrtntion des pays du Nord. Cet industriel qui n'avait, il y a un an, que 120 ouvriers, en a ma ntenant4C0, sans compter les femmes qui font le treillis de paille, et il pense, d'ici une année, (au mois de juin 1894) avoir l.OOO ouvriers...

— C'est dans les industries textiles, messieurs les Députa, que l'on rencontre le développement le plus extraordinaire, tant par le nombre des fabriques créées que par l'outillage acquis et les nombreux articles nouveaux qui se manufacturent tant en coton qu'en laine et en soie. Ce progrès est dû à ces nobles fils de la Catalogne, qui ont le vrai et légitime p jint d'honneur de mettre leurs industries nouvelles et leurs industries régénérées au niveau des industries similaires étrangères les plus avancées. Dans toutes leurs villes, messieurs, on voit— pareilles à ces plantes qui prennent vie dans de nouvelles conditions atmosphériques, — des cheminées s'élever et leur fumée, que le vent emporte, proclame partout la richesse et la prospérité...

— Il s'est cr^é de nouvelles fabriques de filage et de tissage de coton, qui emploient des moteurs de 6 à 800 chevaux de force lorsque, il y a peu d'années, on n'en rencontrait pas une dont le moteur fût, au plus, de 100 chevaux.

— Pour le travail des laines peignées, il s'est établi à Sarraza (GaLialogne) quelques maisons étrangères qui appor-

tent LEUR CAPITAL, LEUR EXPÉRIENCE et LEUR INTELLIGENGE2)0Wr

monter des fabriques déjà construites ou en voie de construction à Sabadell, San Martin de Provensale, San Andrts de Palomar et autres lieux.

— En tissus de laine, la production a augmenté dans les derniers six mois de 800 0/0 sur la production maximum antérieure. Un dps industriels étrangers qui est venu s'ctabhr chez nous est un modeste fabricant qui a maintenant 8.000 ouvriers dans ses usines et un capital de 25 millions de francs.

Les fils de chanvre ont augmenté de 100 0/0 ; les dentelles,

les rabans, les cordons ont pris un développement considérable.

— Les filatures et le tissage do la soie renaissent, et si les mûriers, qui servaient autrefois de bordure à nos champs e!iistaient encor**, bientôt florirait do nouveau Télevage des vers à soie qui rappelle le bon temps de Tolède, de Grenade et de Valence du XVI» au XI X« siècle.

— L'industrie de la soie renaît, prenant les formes nouvelles de la mécanique moderne, et tandis que nous étions réduits à ne fabriquer que des tissus de soie noire, maintenant on fait et même on exporte en Amérique des tissus de toutes couleurs... Le développement de cette industrie est tel que les fabricants déclarent qu'ils ne peuvent satisfaire aux demandes, faute d'ouvriers.

Mais en habile politicien qu'il est, M. Navarro Reverter veut faire bénéficier son parti de la transformation économique de TËspagne. Il attribue les progrès industriels extraordinaires qu'il signale au légime prolecteur dont l<»s conservateurs ont doté le royaume.

Vous voyez ainsi résolus en grande partie, par votre réforme douanière, à la fois le problème social et le problème financier. Je vous ai expliqué que le 1" mai sera, désormais, m v.ns à craindre chez nous, parce qu'en fin de compte, les

'mvriers n'ont plus de motifs de plaintes Vous voyez

comment se résout le problème du travail national, grâce aux mesures prises par les conservateurs.

M. Navarro Reverter a oublié, — de très bonne foi sans doute, — de constater que la hausse des changes extérieurs, commencée six mois avant l'établissement des nouveaux tarifs douaniers, et battant son plein depuis le milieu de l'année 1892, a doublé et même ^»'ip^e, par une masse de produits étrangers importés en Espagne, l'importance des nouveaux droits officiels.

Vérifions, maintenant, si M. Navarro Reverter n'apas exagéré, et si les. résultats actuels de la statistique douanière espagnole confirment, par leurs chiffres, les déclarations officielles faites à la Chambre des députés espagnole il y a cinq mois à peine :

Voici les chiffres que la Gaceta de Madrid (journal officiel de l'Espagne) publiait ce mois-ci, sur le commerce extérieur espagnol, pendant les neuf premiers mois des années 1891, 1892, et 1893 (janvier à septembre, inclus).

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