rt
Cours moyen de 1893 : 33r.f2 Dernier cours de décembre 1893 : 32.25
A la parité du -pair bimétallique français Vonce standard contenant 31 gr. 1 d'argent à 925 millièmes de fin, soit 28 gr. 76 d'argent fin, vaudrait exactement 28,76 X 0,2â = 6 fr. 33. Le penny valant la 240e partie de la livre sterling, soit 0,104 : Yonce standard cotée
fi OQ
en pence est représentée par k-tqK = ^- 865
Ainsi que Ton peut s'en rendre compte de 1833ài873y Ift prix moyen adinuel de l'asgenl à Lûndres est. resté
152 RAPPORT ENTRE l'oR ET l' ARGENT
dans les environs de sa parité bimétallique de 60,805. Les limites extrêmes des variations correspondent, pour la baisse, à Tannée 1843 : 59,18, soit — 2,6 0/0 du pair, et pour la hausse, à l'année 1859, soit + 1,9 0/0.
La baisse extrême de l'argent coïncide avec la grande insurrection des Indes de 1842-43 qui suspendit brusquement les relations commerciales entre les Indes et l'Europe et qui ralentit, pendant plusieurs années, les exportations de métal blanc du marché anglais vers l'Extrôme-Orient. En outre, pendant la période de 1835- 1849, les frais de frappe de l'argent à Paris étaient encore de 2 fr. par kilogf. (1 fr. 50 à partir du 1er octobre 1849), ce qui pesait, légèrement il est vrai (0,62 0/0), sur le cours de l'argent à Londres.
La découverte des mines d*or de la Californie et de l'Australie fait sentir ses effets dès Tannée 1851 : c'est la première fois que le cours moyen de l'argent à Londres dépasse son pair bimétallique : pendant toute la période décennale suivante, la fermeté se maintient, mais la hausse extrême du cours moyen annuel, coïncidant avec la crise connue sous le nom de crise de Vor de 1859-1860, ne dépasse pas 62,06, soit -f 1.9 0/0 au dessus du pair bimétallique.
Or, pour avoir une idée de la force de résistance de cet ancien bimétallisme français, dont les monométallistes-or nient l'influence régulatrice sur la valeur relative de Tor et de l'argent, il faut savoir que la production universelle de Tor, qui n'était en moyenne que de 188 millions de fr. par année de 1841 à 1850, passa brusquement à 690 millions de fr. par année, de 1851 à
Les théoriciens de Tépoque n'ayant pas saisi toute
RAPPORT ENTRE l'OR ET l' ARGENT 153
Tefficacilé du bimétallisme français dénoncèrent /'««vision de Vor. Dans des écrits restés célèbres et sur lesquels je reviendrai plus loin, Michel Chevalier admit l'hypothèse que Tor pouvait baisser de 50 0/0 de sa valeur relative et il en proposa la démonéti^^ation.
Le tableau ci-dessus démontre irréfutablement que le grand économiste s'est trompé, puisqu'en réalité, au plus fort de la tourmente monétaire de 1850-1800, la hausse de l'argent, par rapport à Tor, n'a jamais été supérieure à 3,60 0/0 et la moyenne annuelle n'a pas dépassé 1,9 0/0.
L'origine du Bimétallisme Français. — Michel Chevalier était monométalliste-argent pour des raisons que nous aurons l'occasion d'examiner. Il affirmait — comme les mono métal) istes -or modernes — que Vor et Vargent étaient des marchandises ^ que c'était la loi naturelle de V offre et de la demande qui en déterminait la valeur respective, etc.. Mais Michel Chevalier s'appuyait sur les théories de sir William Petty, qui vivait au XVIIe siècle, de Locke, de Turgot, de Gondillac, etc., tous grands économistes, mais qui n'ont jamais eu l'idée de l'influence extraordinaire que le bimétallisme (\.e\ que la loi du 7 germinal an XI Ta constitué) pouvait exercer sur ces deux marchandises.
Mirabeau, lui-même, qui avait pris une part si active à l'élaboration de la loi du 18 germinal an III — et dont Michel Chevalier invoquait l'opinion pour soutenir, en 1852, que l'argent devait être la monnaie de première
ligne, rinstrument libératoire légal unique, et Tormie monnaie secondaire à cours variable et subordonnée à la première, — Mirabeau, dis- je, ne se doutait nullement des qualités du bimétallisme absolu par Texcellente raison que Charles Gaudin, qui Ta inventé, ou plus exactement, qui l'a fait passer à l'état de loi la 7 germinal an XI, les ignorait tout le premier.
En effet, nous devons le reconnaître loyalement, la création du bimétallisme français a été le résultat de circonstances particulières à la France,, exactement comme la création du monométallisme or anglais, en 1816, a été la consécration de la situation monétaire qui existait à cette époque en Angleterre.
La loi du 28 thermidor an III, après avoir posé le principe que l'unité monétaire conserverait le nom de franc (que lui donnait déjà la loi du 18 germinal) et indiqué le poids, le titre et les conditions de frappe de la monnaie d'argent, décida, conformément aux idées de Mirabeau, qu'il serait frappé des pièces d'or de 10 grammes au titre de 900 millièmes, sans rapport légal avec le franc d'argent, et subissant ainsi les fluctuations du marché de l'or.
C'est absolument le système monôtair& que Michel Chevalier proposait en 1852.
Le public se garda bien de faire fabriquer ces sortes de pièces qu'on pouvait toujours lui refuser commô monnaies ; il préféra porter de l'argent à la frappa parce qu'en outre de la valeur propre que ce métal avait à cette époque, sa qualité de monnaie libératoire donnait au possesseur de 450 grammes d'argent fin la eertitude: da poxivoij! se libérer d!une dette de li&à francs»
RAPPORT ENTRE l'OR ET l'aRGKNT 155
quelle que fût, plus tard, la valeur intrinsèque de l'argent raétaL
De sorte que la Francd resta pendant sept ou huit ans sans monnaie d'or, parce que les louis frappés sous Tancien régime avaient presque totalement disparu de la eirculation pendant la période révolutionnaire.
C'est simplement pour remédier à cet état de choses que la loi du 7 germinal an XI ordonna de frapper des pièces en or de 20 fraacs à la taille de 155 au kilogramme d'or,, c'est-à-dire de :
= 6gr.4516
et on admit cette taille de 155 au kilogr. parce que dans le commer«5e un kilogr. d'or fin valait environ 15 k. 500 dfargent fin.
Ainsi donc, la parité bimétallique du 15,5 a été adoptée, en 1803, parce qu'elle représentait réellement, à cette époque, le rapport des deux métaux.
Michel Chevalier et, après lui, tous les monométallisles, ont fait au bimétallisme français un crime de cette origine par trop prosaïque. Ils n'ont pas compris que c'est son plus beau titre de gloire et que c^est la preuve la plus parfaite qu'on poisse donner de sa grande vakur.
Ses conséquences. — Ce système monétaire qui n'a été inventé, en effet, ni par la science ni par l'économie politique, a eu cependant ce pouvoir extraordinaire, non seulement de maintenir en France — pendant tout lie temps qu'il a duré — la parité admise iV l'origine
156 RAPPORT ENTRE L'OR ET l'aRGENT
pour les deux métaux, mais de maintenir la même parité sur le marché anglais, c'est-à-dire sur le marché du monde.
En voici un témoignage précieux : celui de la grande Enquêle monétaire anglaise de 1886. Dans le remarquable discours qu'il a prononcé au Congrès de 1889, H. Gernuschi en parle ainsi :
— - « L'enquête a eu lieu. Elle a duré deux ans. Elle laisse après elle quatre grands volumes. Les voici. On peut y lire plus de dix mille demandes et réponses verbales, de nombreuses dépositions par écrit et dei documents de toutes sortes.
— « A Torigine, la Commission comptait treize membres, mais M. Chamberlain s'étant retiré et n'ayant pas été remplacé, la Commission ne compta plus que douze membres. Ce nombre étant pair pouvait avoir pour effet d'empêcher la formation d'une majorité. C'est ce qui arriva. Cependant, V accord a été absolu en ce qui concerne le bimétallisme. Tous en ont rereconnu la valeur scientifique et la praticabilité. Les propositions ci-après ont été admises à Vicnanimilè:
« N« 192. — La date qui forme la ligne de partage entre une époque de fixité relative dii rapport de valeur de l'or et de l'argent et une époque d'instabilité notoire, est, sans con* teste, l'année (1873) où le régime bimétallique, précédemment en vigueur dans le pays deTUnion Isiime, cesse d'y fonctionner absolument; et nous sommes irrésistiblement amenés à en conclure que ce régime, établi dans des pays dont le commerce, la population étaient considérables, exerçait une influence matérielle sur la valeur relative des deux métaux.
« Nous pensons que ce régime, tant qu'il fut en vigueur, assura au prix marchand de l'argent une stabilité approximative au taux de rapport fixé par la loi entre l'or et
RAPPORT ENTRE L'oR ET l'aRGEXT 157
l'argent, soit 15 1/2 à 1, malgré les variations subies par la production et la consommation des métaux précieux. »
« N» 193. — Il ne nous semble pas a priori déraisonnable de supposer que l'existence, dans l'Union latine, d'un régime bimétallique basé sur le rappoit de 15 1/2 à 1, entre les deux métaux, ait élé capable d'entretenir la stabilité sur le marché de l'argent au taux du rapport en question, ou aujr envi rons de ce taux.
« La thèse suivant laquelle ce taux ne pourrait influer sur le prix du métal que jusqu'à concurrence de la demande monétaire de l'Union latine, ou de la quantité de métal apportée aux Monnaies des pays de l'Union, nous parait erronée.
« La faculté qu'avait, en dernier ressort, tout dé lenteur d'argent, de porter son métal à ces Monnaies et de le faire convertir en pièces de monnaie échangeables contre des marchandises aux taux de 15 1/2 d'argent à 1 d'or, devait, selon nous, influer, d'une façon générale, sur le prix marchand de l'argent, quels que fussent l'acquéreur ou le pays de destination. Elle permettait au vendeur d'exiger un prix se rapprochant du taux légal et sa tendance était d'aider le marché à conserver sa stabilité aux environs de ce taux. » (Gold and silver Commission. Final report, V* partie, page 58.)
— « Rendons ici hommage aux Anglais, ajoute Gernuschi. Ils sont capables de renoncer aux dogmes longtemps chéris et de se raviser ; M. Léonard Gourtney^ sir John Luhbock, M. Birch et M. Farrer, qui étaient entrés dans la Gommission nionoméiallistes en sont sortis himétallistes, »
Mais, d'ailleurs, les chiffres sont là qui donnent raison aux Gommissaires anglais et qui prouvent la vérité du fait. Sur le marché anglais le prix de Fonce standard à la parité de 15,5 est de 60,865. Que l'on jette un nouveau coup d'œil sur les prix moyens annuels de Targent à Londres et Ton constatera qu'en 1872, l'année qui a précédé la suppression du bimétallis^ne fran-
158 RAPPORT ENTRE l'oR ET l' ARGENT
çaiSf Tannée pendant laquelle l'Allemagne a commencé ses opérations de la démonétisation de ses thalers, le cours moyen de Tonce standard a été de 60,31. Quelle différence existe-t-il entre ce cours et la parité fixée par la loi de 1803 ? Exactement 0,9 0/0 ! c'est-à-dire aucune différence, si Ton tient compte des frais de frappe.
Le grand mérite de ce système, dû au hasard des circo- stances, c'est qu'en conférant à l'or et à l'argent la fonction de monnaie légale et en leur accordant la frappe libre et illimitée, il leur a précisément enlevé la qualité de marchandises qu'ils ont réellement dans les pays où la frappe libre et illimitée n'existe pas.
Dans son discours au Congrès monétaire international de 1889, M. Foxwell, professeur d'économie politique de l'Université de Londres, analysant les conséquences universelles du bimétallisme français, et constatant que c'était grâce à Inique le monométallisme-or anglais avait bien fonctionné pendant 50 années, dit aussi qu'en 1816, lorsque lord Liverpool dota l'Angleterre de ce régime spécial, l'importance de la nouvelle politique monétaire de la France était si peu comprise que « le fameux Mémoire sur lequel l'étalon d'or an- « glais est fondé ne fait aucune allusion à ce change- « ment. »
Les monométallistes-or de notre époque sont exaclement dans le cas des économistes anglais de 1816.
Dans son excellent livre sur la Monnaie et le Bimèiallisme international M. Emile de Laveleye écrit :
Turgot, Gondillac et, à leur suite, la plupart des économistes ont dit: toute monnaie est marchandise et cette maxime est devenue le fondement des objections que l'on élève contre le système monétaire français, au nom du système monétaire .anglais. Cette maxime, pourtant n'est pas vraie, car elle est
démentie par Texpérience de chaque joar. Des billets de banque à cours forcé n'ont aucune valeur intrinsèque ; ils ne sont donc pas marchandise.
£t plus loin :
La monnaie est, avant tout, le moyen légal de paiement, la commune mesure des valeurs fixée par la loi, instrument d'échange dont l'autorité a déterminé la nature et la permanence. Elle peut être faite de papier sans aucune valeur intrinsèque ; mais il vaut mieux la faire d'or ou d'argent, afin de la soustraire aux abus de l'émission arbitraire. Quand elle est faite de métal, l'or et l'argent qui la constituent sont des marchandises, mais ces marchandises par l'effet de la loi acquièrent une prééminence qui les transforme — bu, pour mieux dire, — qui les transfigure. A l'état de monnaie et armées exclusivement du pouvoir d'éteindre toute dette et de payer tout achat, elles régnent sur le marché I
J'ai insisté à dessein sur la transformation de qualité que le bimétallisme réel (c'est-à-dire la liberté absolue de la frappe pour Tor et Targent avec plein pouvoir libératoire) fait subir aux deux métaux, parce qu'en lisant
. attentivement à peu près tout ce qui a été écrit contre ce système monétaire : j'ai constaté que ses adversaires
. considèrent ce fait comme une quantité négligeable.
Or, c'est justement celte transformation, dont la ruison est si simple à comprendre lorsqu'on se reporte aux exemples cités d'autre part, qui a assuré la stabilité du rapport du 15,5 admis par le bimétallisme français et qui l'a assurée pendant 70 années, malgré les énormes fluctuations que la production respective de l'or et de l'argent a subies au cours de cette longue période.
£t, à plus forte raison, la stabilité du rapport sera maintenue dans l'avetnir, quelles que soient d'ailleurs
1p8 nouvelles fluctuations de la production des deux métaux précieux, si le bimétallisme absolu, tel que je l'ai défini ci-dessus, est admis par les grandes puissances métalliques qui s'appellent la France, T Angleterre, l'Allemagne et les Etats-Unis.
Qu'on rae permette encore une fois d'utiliser à ce propos le témoignage de la Gold and Silver Commission :
Nous estimons (dit cette Commission dans sa proposition, n» 107) que, étant données toutes les circonstances qu'on puisse raisonnablement prévoir pour l'avenir, et en tant qu'on puisse les prévoir d'après l'expérience du passé, un rapport stable arriverait à êtremaintenu, si les nations auxquelles nous avons fait allusion acceptaient le bimétallisme au taux du rapport proposé, et y adhéraient fidèlement. Nous estimons que si, dans tous ces pays, l'or et l'argent pouvaient être Ztfrrcment monnayés et devenaient ainsi échangeables contre les marchandises au taux du rapport fixé, la valeur marchande de l'argent, en tant qu'elle est mesurée par l'or, se conformerait à ce taux et ne varierait pas sensiblement.
Mais c'est de toute évidence ! Gela résulte non seulement de l'expérience du passé, mais aussi du mécanisme du système, de cette puissance qu'il possède fatalement de supprimer à l'or et à l'argent leur qualité de marchandise.
Conclusion du chapitre. — On ne saurait trop le répéter : — car là réside le différend, le malentendu qui divise les monométallistes et les bimétallistes — c'est cette faculté de transformation, que le monométallisme ne possède pas complètement, puisqu'il laisse toujours l'un des deux métaux à l'état libre, qui fait la grande
RAPPORT ENTRE L'oR ET i/aROENT 161
force du bimétallisme et qui assurera son succès dans Tavenir.
Sous le régime bimétallique international — dit encore H. Cemuschi dans VAnatomie de la Monnaie — Tor et l'argent n'ont pas de prix, pas de marché, ils ne sont susceptibles ni de hausse ni de baisse et nepeuventdonner lieu à aucune concurrence mercantile. Protéger en même temps les mines d'or et les mines d'argent n'est pas plus irrationnel que de protéger, les unes contre les autres, les mines d'un seul métal, comme on le fait sous le régime monométallique. Ou il faut renoncer au bienfait de la monnaie automatique, ou il faut l'rotéger la production métallique au moyen du cours forcé qui supprime le commerce du métal.
Sous le régime bimétallique, nul n'a jamais intérêt à céder le kilogr. d'or pour moins de mille grammes d'or, ni pour moins de 15 1/2 kilogr. d'argent, et de même, nul n'a jamais intérêt à céder 15 1/2 kilogr. d'argent pour moins de 15 1 2 kilogr. d'argent, ni pour moins d'un kilogr* d'or. Et toutes les mines d'or, ainsi que toutes les mines d'argent seraient possédées par une seule et unique Compagnie : que la puissance relative de l'or et de l'argent ne pourrait pas changer, elle serait toujours à la proportion de 15,1/2.
Cette page lumineuse, qui résume en quelque sorte tout le chapitre que Ton vient de lire, me servira de conclusion, car elle me permet de dire avec la Commission anglaise de la grande Enquête monétaire de 1886 : Oui, si la France, l'Angleterre, l'Allemagne et les Etats-Unis adoptent le himélallisme absolu sur des bases communes, il sera possible de maintenir un rapport stable et universel entre l'or et l'argent.
Je reviens sur le v[ïoX universel parce queTadraission à la frappe libre de Tor et de Targent dans des condiditions communes en France, en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis, aura pour conséquence iné^ vitable de ramener, dans Tunivers entier, le prix de l*or et de Targent à la valeur relative du pjir himétal-
162 RAPPORT ENTRE L'OR KT l'ARGENT
ligue admis par ces grandes puissances, alors même que les autres nations du monde civilisé n'adopteraient p&s un régime monétaire identique.
En effet, nul possesseur d'argent en lingot, ou en monnaie susceptible d'être transformée en lingot, n'aura intérêt (qu'il habite la Russie, la Turquie, la Chine, l'Australie, le Mexique, le Pérou, etc.), à vendre cet argent au-dessous du prix qu'il en retirerait sûrement — déduction faite de certains frais minimes connus d'avance — en l'envoyant se transformer en monnaie légale à cours forcé, dans l'un des Hôtels de Monnaie des quatre grandes nations bimétalliques.
De même, nul particulier ayant de l'argent à acheter, n'aura intérêt à l'acheter au-dessus du prix auquel il le trouvera sûrement dans la circulation libre de l'une ou l'autre des nations ci-dessus désignées. Le même raisonnement s'applique naturellement à 1 or.
La différence relative de prix entre l'or et l'argent dans tous les pays ne pourrait donc provenir que de la différence résultant des frais de frappe pour les deux métaux; mais si les quatile nations adoptent exactement le même traitement ad valorem pour l'or et l'argent, cette différence sera elle-même réduite à sa plus simple expression et le rapport fixé par le pair bimétallique ^<à la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne et des Etats- Unis se maintiendra universellement dans des limites très étroites.
Mais il est à supposer que, dans un laps de temps très court, tous les Etats du monde civilisé se mettront au régime de la frappe libre de l'or et de l'argent.
l'excès de la production 163
L'excès de production de l'un des deux Métaux ne fera-t-il pas varier ie Rapport bimétallique commun admis par les quatre Grandes Puissances métalliques 7
Cesl Tune des plus grosses objections que les monométallistes-or font à la réhabilitation de l'argent. Il est donc indispensable de l'examiner à fond.
La production annuelle de l'argent, pour le monde entier, était de 1.969.159 kilogr. pendant la période 1871-1875 ; elle s'est progressivement élevée à 4.729.128 kilogr. en 1892, ce qui représente, en vingt années, une augmentation de 14Ô 0/0. Pendant la même période, la production annuelle de l'or s'est seulement élevée de 173.880 kilogr. (moyenne de 1871 à 1875) à 211.490 kilogr. en 1892, soit 22 0/0 seulement.
De cette différence de production, les monométallistes — sans tenir compte ni des effets du bimétallisme, ni de l'expérience si décisive du passé — tirent cet argument : que c'est l'augmentation formidable de la production de l'argent qui a entraîné la baisse marchande de ce métal, et que tout fait présumer (si cette production continue à augmenter), qu'il en sera de même pour l'avenir, et que le rapport bimétallique commun ne pourra être maintenu, quels que soient rimportance et le nombre des futures puissances fadoptant.
Avant de discuter l'objection, je crois indispensable
l'excès de L4 production
de donner la statistique détaillée de la production universelle de Targent et de Tor :
Production totale de l'Or et de l'Argent dans le Monde depuis la découverte de l'Amérique :
Or
Argrent
POURCBNT.VUE DBL.K