XII AVANT-PROPOS
toutes les traditions, à toutes les lois, à tous les grands principes de Téconomie politique ; que la hausse ou la baisse des changes d'un pays était exclusivement déterminée par la balance de ses paiements extérieurs, etc —
Après la conférence que j'ai eu Thonneur de faire au Groupe agricole de la Chambre des députés, le 13 décembre dernier, et dont la République Française a publié le compte rendu (1) le lendemain, les mêmes adversaires du Bimétallisme n'ont pas manqué de soutenir que j'étais devenu protectionniste ; que ma théorie de la répercussion deschanges étrangers sur la production française n'avait pas le sens commun ; qu'il n'y avait aucun rapport possible entre le prix de Vargentmétal à Londres, la dépréciation extérieure de la monnaie de certains pays, et les conditions économiques de la France; que le Tarif rectificatif des changes que j'indiquais comme moyen provisoire de neutraliser les effets de cette répercussion imaginaire, (en attendant le Bimétallisme universel^ qui peut seul rétablir l'équilibre monétaire international détruit depuis 1873) n'était qu'un nouveau prétexte de protection à outrance, etc
La publication en volume de mes articles ne manquera pas de soulever les mêmes critiques; mais je veux avoir la loyauté de prévenir ceux de
(1) Voir ce ooniple rendu à la fin du volume.
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mes confrères qui contesteront la valeur de mes arguments, que c'est la très remarquable Préface écrite par M. Léon Say, en juin 1892, pour accompagner la troisième édition française de la TJiéorie des Changes étrangers de M. Goschen, Tex-chancelier de TEchiquier, qui m'a donné la première idée de mon Etude sur la Crise des changes.
Que Ton me permette de reproduire ici les passages saillants de cette Préface :
a L'histoire des changes étrangers pendant les deux dernières années, est une histoire de révolution », disait, en 1863, M. Goschen dans la préface de sa deuxième édition. Si les affaires considérables qui pèsent aujourd'hui sur le chancelier de l'Echiquier d'Angleterre lui avaient permis d'ajouter une nouvelle préface à la 15* édition de son œuvre, il aurait pu, avec autant de raison qu'il y a trente ans, dire de l'histoire des changes étrangers qu'elle a traversé, depuis 1873, d'autres et de toutes nouvelles révolutions, révolutions d'un caractère beaucoup plus grave que celles auxquelles il faisait allusion en 1863
La révolution qui s'est ouverte en 1874, qui n'est pas encore close, et qui a bouleversé la condition des changes, est le changement qui s'est produit dans la valeur relative de l'or et à^Vargent.
Cette nouvelle révolution a désorganisé tous les systèmes monétaires fondés sur une fixité légale de rapport entre l'or et V argent, c'est-à-dire sur le Double-étalon et, par voie de conséquence, elle a produit des troubles d'une autre nature, mais non moins dangereuse, dans tous les autres systèmes monétaires où il n'y a pas de rapport légal entre les valeurs des deux métaux, c'est-à-dire les systèmes fondés sur l'étalon unique.
M. Goschen avait bien fait remarquer la nature particulière des variations du change entre les pays dont l'étalon monétaire ne concorde pas. Il avait pris pour exemple l'Angleterre et Hambourg, dont le système monétaire avait pour base.
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dans Tun comme dans l'autre pays, uo étalon unique mais différent, l'or en Angleterre et Vargent à Hambourg.
Il avait fait remarquer, avec insistance, que toute opération de change entre Londres et Hambourg était doublée d'une opération de vente ou d'achat de lingots d'or ou de lingots di^argent.
Mais à cette époque, en 1861, si Vargent n'avait en Angleterre et l'or à Hambourg que le caractère d'une marchandise, il existait cependant une garantie contre les variations de leur valeur relative. Cette garantie, très réelle, quoique indirecte, était celle que la France et, depuis 1865, l'Union des quatre puissances latines, France, Belgique, Suisse et Italie, avait en réalité donnée au monde entier en même temps qu'à leurs nationaux, par la constitution de leur système monétaire.
La France et l'Union latine étaient acheteurs pour toute quantité d'argent à un prix en or, et de toute quantité d'or à un prix fixé en argent. Le rapport entre les deux valeurs était celui que Galonné avait établi, en 1785, quand il avait opéré la refonte des louis d'or, soit de 1 kilogramme d'or pour 15 kilogr. et demi d'argent.
L'arrangement de Galonné, consacré par la loi de germinal an XI, a permis à tous les pays, pays d'or et pays d'argent, d'entretenir des relations monétaires faciles entre eux et do liquider aisément leurs dettes internationales pendant près d'un siècle, sans que les changes aient été sérieusement troublés, si ce n'est par les émissions de papier-monnaie.
Il est certainement malheureux que cet arrangement ait été rompu par la force des choses. Le fait est, car c'est un fait, que le rapport de 15 1/2 à 1 a été modifié par la baisse de Vargent, à moins que ce ne soit par la hausse de l'or, car il est encore impossible de savoir si c'est l'argent qui a baissé ou si c'est l'or qui a monté. Ge que l'on sait, c'est que le rapport a changé et que les relations industrielles, agricoles et commerciales du monde entier en ont été profondément