‹ La crise du clergéChapitre 12 sur 55 · L ABBE DE BROGLIE · texte numérisé non relu

L ABBE DE BROGLIE

mais seulement de répéter ce qu'elle enseigne : le danger de se déclasser (1).

A la fin du dix-neuvième siècle, le type le plus illustre des prêtres timorés fut l'abbé Paul-Auguste de Broglie (2), frère du duc Albert, membre de l'Académie française.

L'abbé de Broglie définissait la foi « une conviction permanente de certaines doctrines, accompagnée de l'idée que les croire vraies est un devoir et que les mettre en doute est une pensée coupable (3) «.

Cette idée fut la règle constante de sa vie.

Sa volonté de croire fut renforcée par une sorte d'orgueil aristocratique. Il s'efforçait de prouver qu'il n'avait pas renoncé au monde pour une chimère et que la vieille foi nationale n'était pas ruinée. Il mit son honneur à connaître toutes les objections contemporaines. L'indépendance que lui donnaient son nom et sa fortune le lui permit. Des gens d'idées fort larges et même hérétiques fréquentaient chez lui. Il les faisait causer et les réfutait de son mieux. Souvent vaincu par des objections de fait, il se retranchait sur la supériorité que présente le christianisme,

(1) Le mot est d'un apologiste timoré et sincère, le Père Hyacinthe de Valroger. Le 5 juillet 1863, il écrivait : « Dans l'état déplorable de notre pauvre Église de France, un prêtre qui veut se consacrer tout entier à l'étude des sciences ecclésiastiques est un homme déclassé. »

(2) Né à Paris en 18:» i ; nommé en 1883 professeur d'apologétique à l'Institut catholique; assassiné à Paris le 11 mai 1895 par M"° Amelot, son ancienne pénitente.

(:») Le Présent e.l l'Avenir du Catholicisme (1902), p. 52.

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comparé aux autres religions. Toul comme sa grand'mère, M ' de Staël, après avoir traité un sujel en conversation, il l'écrivait ei composait ainsi de laborieuses dissertations qu'il publiai) quand il les croyait à point. Ses efforts sont touchants. Il gaspille beaucoup de temps à remettre sur pied l'argument apologétique tiré des prophéties et à expliquer la chronologie des patriarches antédiluviens. Trop loyal pour tourner l'enseignement de l'Eglise et supprimer le confit scientifique en faussant le dogme, il pense qu'il ne faut pas accepter la nouvelle apologétique qui s'esquisse : elle est rationaliste et, par conséquent, fausse Sa loyauté reconnaît d'ailleurs que l'apologétique traditionnelle est surannée.

Des raisons faibles, dit-il, répétées depuis des siècles dans les livres de théologie et d'apologétique, affaiblissent ta démonstration catholique et donnent à nos livres cet air de plaidoyer d'avocat propre à détruire toute confiance dans la valeur des preuves qu'ils apportent (1).

Il reprend bravement la démonstration, mais il ne s'aperçoit pas qu'il écrit un nouveau plaidoyer et qu'il se paie de mots. Ses naïvetés font sourire. Il explique le mahométisme par le surnaturel diabolique. Ses œuvres, et c'est là toute Futilité qui leur reste, sont excellentes pour constater combien peu de liberté la théologie laisse à la critique. Il lutta contre l'évidence, s'auto-suggestionna en priant et en fai-

(1) Brogtie, Questions bibliques, \" et 2' édit., p. 'ri.

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sant beaucoup prier pour lui. Il garda la foi en pensant que Newman était mort dans l'Eglise, que l'abbé Duchesne y restait, ainsi que Mgrd'Hulstet Mgrde Harlez.

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