‹ La crise du clergéChapitre 11 sur 55 · LE CONFLIT · texte numérisé non relu

LE CONFLIT

se sent rassuré sur tout le reste, et il l'est pour longtemps. Il se dit qu'il a pu étudier en détail une grosse objection, qu'il s'en est démontré l'inanité et qu'il en serait ainsi des autres. Echoue-t-il, il se sent troublé, inquiet, mais il se console en pensant qu'il possède beaucoup de certitudes par ailleurs. 11 fait intervenir un certain nombre de petits principes étrangers à la question, mais d'un emploi facile et constant :

« Il faut interpréter ce texte obscur dans le sens de l'Eglise. »

« Il y a des cas où l'on doit s'abandonner à Dieu et humilier la superbe de la raison. »

«A la rigueur, on pourrait admettre cette conclusion critique, il y aurait moyen de s'arranger avec le dogme. Mais il n'appartient à personne de devancer Rome ; qu'elle ouvre la carrière, nous y entrerons. »

« Il faut tenir fermement les deux bouts de la chaîne, bien qu'on n'en voie pas le milieu. »

Ces principes et d'autres suffisent d'autant plus à écarter les difficultés que le prêtre timoré ne consent guère à les regarder en face ni à les creuser à fond. Quelquefois une circonstance fortuite lui découvre ce qu'il y a d'insoutenable dans sa position. Il formule alors éperdument un acte de foi. « J'aimerais mieux, disait l'un d'eux, me mettre la tète dans un sac que de regarder. »

Le prêtre timoré aime à s'affermir dans la lecture d'apologistes qu'il considère comme érudits et dont

I IMORI s

il ne voudrait pas suspecter la Loyauté. Il pense aux savants de toute sorte qui onl l'ait, au dix-neuvième siècle, profession de catholicisme : Cauchy, Ampère, Le \ errier, le 1'. Secchi.

La conversion de dissidents comme Manning, Stolberg, le réconforte ; il savoure celle de Brunetière el de Huysmans, de Coppée el de Bourget. Quand il apprend que Zahn el Harnack exprimenl sur 1rs livres du Nouveau Testament «les vues moins radicales que celles de l'école de Tubingue, il entrevoit leur abjuration. Les défections l'attristent, mais il les explique par des rengaines usitées : « Si l'on cherchait la femme... » ou bien : « On ne l'a pas compris; il s'est aigri etils'en va. »

Le timoré aime généralement a s'affilier à un groupe apologétique : la compagnie le rassure. 11 la choisit ordinairement de juste milieu, entre ce qu'il méprise d'une part comme routine et demi-science, e1 d'autre part ce qu'il redoute et ne croit pas permis, la science indépendante. 11 ne voudrait pas pour tout au monde considérer si la science qui n'est pas indépendante n'est pas une demi-science, et si la science n'.i pas le droit d'examiner d'après ses propres méthodes tout ce qui appartient vraiment à son domaine.

C'est avec ces sentiments qu'il étudie, et s'il est laborieux et haut d'honneur, il s'acharne à la besogne. Il va même jusqu'à risquer le danger qu'on ne peut guère éviter dans une Eglise qui ne demande pas à ses ministres d'avoir une science personnelle,

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