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d'activités surérogatoires une demi-heure par jour, le temps de lire le journal ou de fumer un cigare après le repas : 20 francs de cotisations à une œuvre de leur choix épuisent le capital disponible de leurs générosités. Le reste du temps, ils sont avant tout îles gens pratiques absorbés par les affaires.
Or, l'homme qui jette sa vie dans un problème religieux est un être d'exception qui détonne et n'a pas sa place dans le train-train coutumier des choses. Il intéressera la curiosité le jour où paraît la lettre qui expose sa crise d'âme. Si on le rencontre, on lui serrera la main avec plaisir; on déplorera même avec lui que les pouvoirs publics — ce grand égoût collecteur dos épaves humaines — n'aient pas un rouage à mettre à son service. Et puis le Ilot des occupations professionnelles submerge. Ou quand on prend la peine par hasard de penser au solliciteur entrevu, tout de suite il faut reconnaître que le malheureux ne possède pas les aptitudes nécessaires ; il en sera toujours ainsi dans un milieu commercial et industriel où chaque employé a une tâche spéciale qui demande des connaissances , des habitudes particulières, acquises dans une longue pratique ou après apprentissage.... Il faut vite renoncer à l'espoir de caser l'irrégulier dans une situation assise et lucrative. Quant aux grandes administrations, même de l'Etat, ceux-là seuls y entrent et y restent qui peuvent cacher à tous leur tache originelle
N'y aurait-il donc rien à faire, que le gouvernement de défense républicaine n'ait rien fait ?
Il y avait à faire de la loi de Séparation une œuvre d'équité, Au lieu d'écrire à l'occasion de cet événement de notre histoire une page de belle et haute diplomatie dans la tradition des hommes d'Etat de l'ancien régime, il y avait, comme il convient à un pays épris de progrès positifs et de redressements sociaux, à tenir compte des réalités très pauvres, très humides, mais hélas ! aussi, frémissantes et douloureuses qui seules étaient en cause dans le conflit. El
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M Briand semblail l'homme des temps nouveaux toul désigné pour accomplir cette réforme dans un grand senti ii i ' ' n i de justice humaine. M. Briand, malheureusement, s'esl révélé .ni pouvoir avocat élroilemenl soucieux d'une élégance lusive de solutions juridiques. El c'esl .linsi que la Séparation a valu des indemnités, non aux victimes mais aux vieillards du clergé
P •< 1 1 1 • • î ne prendrai! on pas à l'égard de ces fonctionnai
res, t/ni ont déjà émargé au budget et appartenu </ un service public, la même décision qui recule la limite d'âge en pareille circonstance pour les anciens sous-officiers? Pourquoi les années passées dans les cadres «lu clergé concordataire ne viendraient-elles pas en défalcation de l'âge des candidats au moment du concours ? Pourquoi les prêtres sont-ils autremenl traités que les autres fonctionnaires qui peuvent passer d'un ministère à un autre sans perdre le bénéfice de leur ancienne situation ?
< 'n ne demande là aucun privilège, aucun tour de faveur : les conditions intrinsèques du concours resteraient les mêmes pour les anciens prêtres que pour les autres citoyens. Simplement, il leur serait tenu compte d'une situation particulière dont, après tout, peut être rendue responsable la société
Les bateleurs de l'anticléricalisme peuvent sans scrupules, surexciter le noble sentiment de révolte qui pousse des prêtres hors de la geôle ecclésiastique. Que leur importent les misères individuelles qu'ils déchaînent ? Les pourvoyeurs de l'Eglise qui recrutent des jeunes vocations sacerdotales
ne se ttenl guère en peine, eux non plus, de prévoir
l'avenir. Mais si l'on savait au prix de quelles angoisses et de quels tourments les hauts dévouements de la libre-pensée 3sument la charge de recueillir ces vaincus de la vie que sont les défroqués ! La crainte serait alors plus grande de rendre inutiles et impuissants désormais quelques efforts isolés devant un flot débordant de démissions vouées d'avance aux pires désasl res. . .
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Le prêtre, lui. qui se débat ilans les obscurités du doute, le prêtre qui étouffe sous sa robe, ne calcule pas. Il marche à la lumière, il court à l'air libre, sans détourner la tête là-bas, vers l'horizon ensoleillé. Que les hommes en proie au problème troublant de la sincérité, écoutent une voix d'expérience. Leur lutte intérieure de conscience n'esl qu'un des côtés du problème et la question se pose s'ils doivenl sacrifier toute leur vie à un besoin métaphysique de loyauté absolue envers eux-mêmes. Ils ne sont pas de nouveaux Hercules aux premières heures de l'adolescence, ayant à décider entre deux routes. L'heure de l'apprentissage est passer pour eux ; ils ont l'ait leur choix et ils ont engagé leur vie. Doivent-ils revenir sur leurs pas? — Plus précisément encore, leur faut-il quitter un état dont ils ont besoin pour vivre ?
S'il ne s'agissait que d'une situation à changer, d'une carrière moins lucrative à embrasser, pareille question ne se poserai! même pas. Mais en démissionnant, s'ils sont sans fortune, ils courent les plus grands risques de mourir littéralement de faim, malgré toutes leurs capacités, malgré toute leur vaillance, l'euvent-ils, pour manger, — ici le mot doit être entendu en son sens le plus précis, — peuvent-ils se résigner aux gestes officiels d'un sacerdoce qui ne répond plus exactement à leurs intimes convictions.
Le bon juge de Château-Thierry répond, d'accord avec la théologie de Saint-Thomas, qu'on a le droit de voler quand on a faim !
On dira que c'est là une morale d'élève de Loyola. Les pratiques universelles du monde nous montrent ce qu'il faut penser de ces indignations verbales.
Les jours des plus fiers sont tissés, en chacune des heures qui sonnent, d'une suite "clairvoyante de compromis et de capitulations de Conscience. Pas un fonctionnaire pour un avancement qu'il est sur le point d'obtenir, pas un commerçant au moment d'enlever une affaire, pas un artiste même devant une grosse commande, qui hésite à taire ses opi-
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nions les plus réfléchies, a ne pas faire étalage de ses attitudes en quelque sorte naturelles à force d'être délibérément affichées. El pourquoi ' Parce que leur existence dépend finalement de ce sacrifice de la conscience a un intérôl vital) à la nécessité matérielle h primordiale de l'individu, le |>;iiu de chaque jour.
Les héros sans fortune qui n'acceptenl p;is cette obligation universelle el prélendenl disputera la richesse le privilège de l'indépendance s'inscrivenl < i u coup en marge de la société el doivenl payer ce luxe de la perte de toul le nécessaire. Le monde leur accorde la minute de gloire ou plutôl de curiosité
publique qui accompagne l'éclat brusq l'un beau geste.
Au dire des sociologues, ils auront assumé un moment la noble fonction de dégager une leçon d'énergie el d'être une minute de belle humanité. Mais leur orgueil sera celui des frelons qui montent vers le soleil à la poursuite de la mère abeille. !.'■ vainqueur tombe foudroyé après son apothéose d'un instant. El la ruche humaine, entraînée dans le souci ili-^ labeurs quotidiens, rejettera de ^m sein ces êtres d'exception, taillés seulement pour les besognes d'enthousiasme qui coupent si rarement le train-train monotone de notre humanité.
Quand le magistral quitte fièrement sou siège pour ne pas appliquer une loi contraire aux convictions de sa conscience, son parti l'applaudit bruyamment. Mais, rentré au foyer, quand chaque soldat se met en face des réalités, une question trahit le point de vue véritable d'où s,, ni rendus les verdicts impitoyables de la conscience pratique : « Quel sera pour le héros le lendemain de ce beau geste ? Quel dot donnerait-il
ses filles? Comment sa femme pourra-t-elle garder son rang
Et les plus fervents apôtres de l'idée qui a inspiré un si généreux sacriGce ne pourront passe défendre d'un mouvemenl involontaire d'impatience el d'humeur quand il leur faudra assumer l'ennui de démarches el de recherches incertaines pour sauver de la misère celui qui avait une situation hier,
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qui ne causait d'embarras à personne, cl qui vient demander aux autres de pourvoir aux suites d'un acte qu'il a été tout seul à risquer. La société, pas plus que les administrations, n'aime les « histoires « et les « affaires ». La conscience publique qui approuve et honore les révoltes courageuses est composée d'individualités déjà accablées sous le faix de leurs propres soucis. L'harmonie générale est dérangée quand un acte, si beau soit-il, a pour conséquence d'ajouter au total des misères humaines, avant d'augmenter le trésor de beauté d'une race ou les titres de gloire d'un parti.
Les démissions sacerdotales ne font pas exception à celle règle des jugements humains, inspirés par la nécessité inévitable de la lutte universelle pour l'existence. La société laïque applaudit les prêtres qui quittent l'Eglise; les applaudissements d'un jour ne sutUsent pas à vous nourrir toute une vie. Le lendemain de la démission la plus retentissante, le libre-penseur le plus hardi continuera à saluer respectueusement toute soutane qui se présentera ; elle a sa place dans la société et ne demande de sacrifices à personne ; et le même farouche anticlérical n'accueillera pas sans un certain embarras, sans un mouvement involontaire de gêne, le défroqué en guenille à la recherche d'un morceau de pain.
Tant que la société laïque ne possédera pas un organisme spécial et fonctionnant régulièrement, qui permette au défroqué île s'adapter au nouveau milieu où il aspire à vivre sans provoquer aucune perturbation anormale, sans s'exposer forcément à un abandon universel pour cause d'inaptitude aux situations qui font vivre, le prêtre est autorisé à garder la fonction que seul, l'état de la société lui a permis d'embrasser prématurément et surdes renseignements insuffisants ou même mensongers.
Toute une génération de prêtres vient de donner au prix • lis pires sacrifices le plus bel exemple de loyauté sociale qu'un corps de l'Etat ait jamais risqué. Les nuits du \ Aoûl Se sont depuis cinquante ans multipliées dans le clergé, où des individus, sans autre viatique que la conscience du
devoir accompli, on! abandonné de gaieté de cœur une vie assurée el tranquille pour renoncer au privilège d'une caste dont ils m • partageaient plus entièrement 1rs préjugés.
L'honneur est sauf. Dans cette lutte pour L'existence, les prêtres ont tiré 1rs premiers. A la société de Faire le reste à l'occasion d'une crise sociale que les individus sonl impuissants à résoudre. Les prêtres onl coi mcé par jeter dans
le débat leur vie entière. Ce n'est pas toujours aux mêmes à se l'aire tuer.
La question, heureusement, peut être traitée d'un point de vue plus élevé, sur «les cimes où il y a chance d'atteindre les pures consciences de prêtres qui ne s'arrêteraient pas aux calculs de l'intérêt.
En démissionnant, le I>ut de ceux-là est de continuer la courbe morale qu'ils ont, dès le début, imprimée à leur vie. s'ils quittent l'Eglise, c'est pour rester les prêtres, orthodoxes jusqu'au scrupule, du culte de l'idéal.
La plupart, au reste, en démissionnant, gardent la foi aux principaux dogmes el conservent les grandes eroyances d'un spiritualisme à jamais pénétré <lu parfum religieux. Les motifs de leur désaccord avec ce qu'ils appellent, dans un jargon de théologien protestant, le « romanisme », feraient sourire bien souvent un historien îles religions; el il n'esl pas sûr que leur mentalité, même affranchie de la tutelle catholique, ne reste pas apparentée plus étroitement à la foi qu'à la libre-pensée.
Dans ces conditions, ne rendront-ils pus plus de services à la moralité publique, en restant sous la soutane, les apôtres de l'esprit de progrès? Sous les attitudes hiératiques d'un sacerdoce officiel, ils peuvent être les semeurs hardis d'un Evangile approprié aux besoins du temps présent. L'humanité est peut-être pour longtemps encore sous la férule religieuse. Mais, depuis bientôt 2.000 uns, 1rs commentateurs de toute- les époques ont conquis le droit de traduire la lettre du texte divin dans la langue des contemporains. Saint Panl est le premier d'une lignée de hauts esprits qui, le long des