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que ces aouvellea institutions ne pouvaient être que des centres d'enténèbrement, et cependanl c'est ,1 elles, ei particulièremenl de L'Institut catholique de Paris, que devait sortir la rénovation des études
Lésiastiques de France, ei enquelque sorte L'émancipation intellectuelle «lu Clergé.
Les nombreux professeurs Laïques qui furenl appe- ;i enseigner dans ces Facultés pouvaient se croire très sincèrement catholiques, ils n'en étaient pas moins ions imbus d'une hérésie moderne : celle de L'indépendance de La science. Le professeur de géologie ne tenait pas compte des données bibliques sur la création et sur Le déluge. I^e professeur d'astronomie ne se faisait pas faute de stigmatiser L'opposition «le l'Inquisition aux découvertes de Galilée. Loin de rechercher dans la Bible, comme le voulait le Père Aubry, « le premier principe de toute classification des êtres organisés, le critérium sur lequel il les distinguera par genres, par espèces, par familles et par groupes » (1), le professeur de sciences naturelles exposait l'évolutîonnisme avec une bienveillance discrète. Les évêques ne pouvaient élever de réclamation; ils avaient besoin de laïques, il fallait les subir. Pour corriger l'influence dangereuse de leur incompétence dogmatique, on comptait sur la Faculté de théologie : elle se laissa contaminer. Le Clergé instruit perdit l'idée de revendiquer le con-
(1) Aubry, Quelques Idées- sur la théorie catholique des sciences, p. 226.
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trôle des sciences naturelles. Seuls, quelques théologiens perspicaces virent les inconvénients du système. On n'écouta pas leurs avertissements.
Tandis que les sciences naturelles se sécularisaient ainsi dans renseignement du Clergé, une puissante personnalité émancipait à elle seule, dans le monde ecclésiastique, l'histoire de l'Eglise. C'était M. l'abbé Duchesne.
Il avait été nommé professeur d'histoire ecclésiastique à l'Ecole de Théologie de Paris, qui s'ouvrit en novembre 1878.
Les théologiens s'étaient sentis mal édifiés de l'une de ses thèses de doctorat, Etude sur le Liber ponticalis (1877). Mgr Freppel, qui avait fondé à Angers un Institut catholique en concurrence avec celui de Paris, fit dénoncer l'ouvrage à l'Index. L'affaire n'eut pas de suite.
L'archevêque de Paris, le cardinal Guibert, fit représenter au Pape qu'une condamnation porterait un coup mortel à l'Institut. D'un autre côté, le cardinal Pitra, qui était alors très puissante l'Index, et (jui s'était d'abord ému du livre, y vit à la réflexion un péché de jeunesse et résolut de le pardonner.
Malgré cette aventure, l'abbé continua son chemin. Il avait, en 1880, commis assez de méfaits, dans son cours et dans diverses revues, pour que les chefs de la science catholique résolussent de l'arrêter. On le tracassa, on le persécuta autant que le permettaient les circonstances (1), mais on ne pouvait
(1) Voir Houtin, troisième édition de La Conlrocerse de l'apostolicité et La Question Biblique au XIX* siècle.
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l'atteindre directement. Il était défendu par son recteur, Mgr d'Hulst; le cardinal Pitra avail perdu son influence, el Léon Mil n' aurait jamais laissé mettre -, l'Index un savant catholique. Comme les réfutations théologiques ou d'apparence scientifique ne parvenaient poinl à déconsidérer l'abbé, on y ajouta de petites médisances el de grosses calomnies. On alla jusqu'à le représenter comme « un défroqué intellectuel 1 » qui parlail avec désinvolture «lu rreste de la consécration ». Pendant dix ans. des
théologiens solides s'attendirent chaque jour à lire dans V Univers la consolante nouvelle qu'il avail enfin
quitté l'Eglise.
Non seulement l'abbé Duchesne y restait, mais encore il y gagnait «1rs partisans. < !eux qui prenaienl la peine de lire les prétendues réfutations qu'on lui opposait et de les comparera ses travaux s'apercevaient bientôt de leur excellente qualité. Les esprits timorés, mais droits, virent que ses adversaires, alors très vantés, n'étaient que des érudits de parti pris, pétrifiés dans le Moyen-Age, ennemis de la pensée moderne, quelques-uns mêmes de purs fanatiques. Les attaques qu'il subissait lui lurent dan- le public catholique, plus profitables que les justes louanges <\f> savants compétents. Il acquit une
1 La Libre Parole, 18 juin 1896, article intitulé : Le cardinal Duchesne. — Il n'est peut-être pas inutile de noter pour guider les historiens de l'avenir, el même les publicistes «lu présent, que les articles injurieux qui parurent à cette époque contre l'abbé
dan- divers journaux furent inspirés par un prêtre érudit et jaloux.
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grande influence. Il n'a jamais, il est vrai, revendiqué dans de longues théories en faveur de l'historien l'indépendance vis-à-vis de la théologie, parce qu'on l'aurait condamné, mais il l'a appliquée sans phrase.
Quand il rentrait dans la position des grands érudits catholiques du dix-huitième siècle, leur nom, leur science le couvraient. Son courage n'en était pas moins digne d'éloges. Toutefois, son mérite ne s'est pas borné à reconquérir un vieil héritage. Il n'a pas craint de marcher seul sur des terrains plus nouveaux et très brûlants. Il s'y est avancé avec prudence et justesse. Nulle part, à la vérité, il n'a mis en lumière le conflit de l'histoire et de la théologie, mais aussi il n'a rien fait pour le cacher. Comme les historiens ne s'occupent plus guère de théologie et comme les théologiens ne lisent guère l'histoire, les antinomies qui ressortaient de ses œuvres n'ont guère été aperçues, et plusieurs de ceux qui les ont remarquées, jugeant que les faits étaient des faits, ont été assez avisés pour rester impassibles et ne point imiter l'école de Solesmes qui criait au scandale, sans pouvoir opposer de réfutation.
Les coalitions formées contre le savant professeur se sont désagrégées. En 1894, le chanoine Albanès, écrivant à M. le chanoine Blondel pour tâcher d'en former une nouvelle, résumait ainsi les vingt années d'études du savant abbé, telles qu'elles apparaissaient aux ecclésiastiques qui écrivent l'histoire en tenant compte de la théologie :
Il y aurai) nécessité d'arrêter M. l'abbé Duchesne dans son
œuvre de démolition religieuse : si on le laisse faire, rien ne
i bientôt plus deboul de notre histoire ecclésiastique de
notre hagiographie, de nos origines chrétiennes; il aura fait
le vide le plus complet.
Il a démoli ii"-- iiMiliii.'iis [es plus respectables; il s supprimé à peu près tous nos vieux saints; toutes nos reliques sont fausses . nous soi s en plein dans la superstition (1).
Les circonstances se chargèrent de ce que les théologiens n'avaient pu Faire. L'abbé Duchesne disparu! bientôl après. Le gouverneirtenl <le la République le nomma directeur de l'Ecole française à Rome L895). La curie pensa que dans une telle situation un prêtre doii porter du violet, elle on lit un Monseigneur. Il commença sous ce titre une nouvelle carrière. 1! n'écrit plus guère, choisit des sujets que ne redoute point la prudence romaine, mais forme de bons élèves qui reprendront son œuvre.
Tandis que l'abbé Duchesne émancipai! dans le Clergé l'histoire ecclésiastique, l'un de ses confrères, plus jeune, l'abbé Loisy, s'efforçait d'accomplir la même tentative au profit <le l'exégèse. L'entreprise était encore plus hardie. Les conciles de Trente et <lu Vatican ont donné sur l'Ecriture Sainte un enseignement très clair pour tout homme sans parti pris et cet enseignement, basé sur les conceptions du Moyen-Age, est incompatible avec les découvertes de la critique (2). Pour rester catholique en étant
1 Blondel, Lettre ouverte à M. Vabbé H ou tin (1903 . p. fi. Sur cette incompatibilité, voyez La Question Biblique au XX* siècle, surtout cli. II. l'Inspiration.
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historien, il faut donc trouver le moyen d'interpréter ou de tourner les déclarations conciliaires et celui de suppléer aux déficits que présente l'autorité historique des livres saints dans la démonstration de la révélation. Une évolution sur un tel terrain, si elle est possible, réclame une science et une prudence consommées. On ne peut reprocher à M. Loisy d'en avoir manqué.
Sa science aussi profonde qu'étendue lui a valu une réputation mondiale : sa prudence lui a permis d'insinuer pendant dix ans un système d'apologétique radical sans que les théologiens les plus intransigeants arrivassent à en soupçonner toute la gravité. Il allait de l'avant, vulgarisant les découvertes scientifiques ; puis, sentant que ce qu'il disait était trop clair, il revenait en arrière, corrigeait, estompait ce qu'il venait d'exposer. Comme il laissait subsister le développement progressiste de sa pensée à côté de ses vues conservatrices, ses lecteurs avaient matière à méditation et pouvaient trouver la vérité. Entre temps, M. Loisy célébrait la tradition. Le monde réactionnaire avait alors inventé de s'abriter sous la devise « tradition-progrès ». Il ne s'apercevait pas que s'il ne songeait qu'à la première partie de l'exergue, quelques malins ne songeaient qu'à réaliser la seconde.
Personne, si ce n'est peut-être le cardinal Meignan, ne semble avoir autant parlé de la tradition que M. Loisy. M. Charbonnel, esquissant en 1892 une galerie d'ecclésiastiques, lui faisait de cette habitude ajuste titre un trait caractéristique :
I W'.lll lelM
mil oblicf*5 de protester à loul propos de son pespecl pour la tradition, de sa soumission aveugle aux opinions
il n'en faul pas iimins ni ilavanlajje ! — pour
rassurer les piétés orthodoxes I
Grâce à cette tactique, l'exégètefil el lit faire beaucoup de chemin. La hiérarchie en pril ombrage. Ed 1893, elle congédia le professeur de l'Institut catholique : en L899, l'archevêque de Paris, le cardinal. Richard, interdil la publication de l'un de ses articles de revue : la Religion d'Israël ; en L903, bien que ce lut sans dire s'il agissail en vertu de son infaillibilité, Pie X condamna cinq de ses principaux ouvrages.
L'œuvre apologétique <le M. Loisy est réprouvée par l'Église qu'elle prétendait défendre, et qui a le droil d'en juger. Mais son œuvre scientifique échappe a tout pouvoir ecclésiastique. Elle ne relève que de la logique, que de la raison. Or, son apologétique a vulgarisé dans le Clergé son exégèse. La censure pontificale peut arracher celle-là. elle n'ébranlera pas celle-ci. Le clergé de France connaît maintenant les
sultats de l'étude scientifique de la Bible. 11 a vu les conclusions d'un de ses membres les plus méritants et les mieux informés coïncider avec celles où avaient abouti tous les savants impartiaux', de quelques points qu'ils fussent partis. Connue la religion catholique est essentiellement historique, les travaux
1 /.- Téléphone, l" avril 1892, p. 75 ; article reproduit dans ft me idéaliste, 15 avril !
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de Loisy et de Duchesne ont convaincu beaucoup de piètres qu'ils avaient à rapprendre l'histoire de la révélation et de l'Eglise. Ils ont vu qu'ils devaient réviser l'enseignement de leur séminaire. Ils l'ont repris. Les résultats de ces méditations ou de ces études différent selon que la caractéristique de leurs auteurs est la crainte, l'ambition ou la sincérité.