‹ La crise du clergéChapitre 8 sur 55 · ÉTENDUE DE LA CRISF · texte numérisé non relu

ÉTENDUE DE LA CRISF

absorbés qu'il ne leur reste plus de temps pour scruter le fond des choses, les hommes d'une seule œuvre le sont souvent plus encore. Leur besogne les hypnotise. Ils ne considèrent plus qu'elle et manqueront à jamais de vues d'ensemble. Ils deviennent des spécialistes, travaillent à leur affaire, tout comme l'horloger à ses montres, sans rien connaître au delà.

D'autres ne pensent pas, parce qu'au séminaire ils se sont si bien laissé faire qu'on leur en a véritablement amputé la faculté. Les objections ont beau pleuvoir sur eux, elles ne les effleurent pas. Ils semblent ne pas les comprendre, ou bien ils y voient une tentation qu'ils sont heureux et fiers de dédaigner, tout comme celle de la « concupiscence ». Au point de vue intellectuel, ils restent perpétuellement de grands enfants, sans connaître ni les poignants problèmes, ni les désillusions amèrcs. Leur vie est éminemment respectable à cause de leur charité et de leur désintéressement. Ils font le bien simplement et joyeusement. Pris par la générosité de leur cœur comme par la candeur de leur esprit, ils repoussent comme une honte tout ce qui pourrait les détacher de l'Eglise ou même seulement diminuer la filiale confiance qu'ils lui portent.

Quelques-uns ne savent rien parce qu'ils ne veulent rien savoir. En sortant du séminaire, ils pensent qu'ils n'ont plus rien à apprendre et, à l'exception de leur bréviaire qu'ils ne comprennent point, ils ne lisent jamais. Sans aller jusqu'à cette extrémité, d'autres —

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ils sont très nombreux — ne lisent que leur journal. Certains y njoutenl de temps en temps, une revue. Comme les périodiques les plus répandus dans le Clergé soni la C/'o&e, la Libre Parole, la Vérité française ^ ['Univers, Y Autorité et, en fail de revues, les Etudes, publiées par les jésuites, avec VAmi du Clergé, on devine sans peine ce que produit, au boul de dix, de vingt, de trente ans, une telle information B'ajoutanl à l'enseignement confessionnel (l). Ce sont les Thomas Diafoirus «Ir la théologie. Ils se sont l'ait des convictions pratiques et ils s'y tiennent. Plus que le commun des hommes, ils vivent d'habitudes et marchent de vitesse acquise. Ils feront et prêcheront ce qu'ils ont fait et prêché hier, sans autre raison que c'est leur état. De même que nombre de leurs contemporains vivent dans l'indifférence religieuse, eux vivent dans la foi. Les uns s'y reposent

! I,e Gérer des villes achète surtout, au numéro, des journaux de nouvelles. Le Cierge dos campagnes lit principalement la Croix. Dans les provinces éloignées, les prêtres lisent maintenant, de préférence aux journaux de Paris, les grands journaux gionaux de Lyon, Bordeaux et Rennes. Il n'y a plus guère que des prêtres âgés ou des controversisles qui soient abonni II nivers, journal dit doctrinal. En 1895, l'évêque d'Annecy, Mgr

ird, écrivait : « On nous dit que dans les presbytères, c'est surtout le pourfendeur qui est recherché [l'Autorité) : dans les maisons d'éducation, on préférerait le découvreur de scandales parmi les hommes publics, le justicier (la Libre. Parole}. » Le Système da moins possible, p. 83. — En 1892, Mgr Bervonnet, alors évéque de Digne, interdit à ses prêtres la lecture de l'Autorite et de la Libre Parole. — La Libre Parole est restée très influente dans le clergé non rallié à la République. La Semaine

igieuse de Cambrai, par exemple, dans son seul numéro du 13 janvier 1000, reproduit deux longs fragments de deux articles de M. Ed. Drumont.

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