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dans l’Inde, aucun monument remontant au delà de cette époque, et les orientalistes, qui veulent tout faire commencer au Bouddhisme dont ils exagèrent singulièrement l'importance, ont essayé de tirer parti de cette constatation en faveur de leur thèse; l'explication du fait est cependant bien simple : c'est que toutes les constructions antérieures étaient en bois, de sorte qu'elles ont naturellement disparu sans laisser de traces!;: mais ce qui est vrai, c’est qu’un tel changement dans le mode de construction correspond nécessairement à une modification profonde des conditions générales d'existence du peuple chez qui il s’est produit.
En nous rapprochant de l'Occident, nous voyons que la même époque fut, chez les Juifs, celle de la captivité de Babylone; et ce qui est peut-être un des faits les plus étonnants qu’on ait à constater, c’est qu'une courte période de soixante-dix ans fut suffisante pour leur faire perdre jusqu’à leur écriture, puisqu'ils durent ensuite reconstituer les Livres sacrés
1. Ce cas n’est pas particulier à l’Inde et se rencontre aussi en Occident; c’est exactement, pour la même raison qu'on ne trouve aucun vestige des cités gauloises, dont l’existence est cependant incontestable, étant attestée par des témoigmages contemporains; et, là également, les historiens modernes ont profité de cette absence de monuments pour dé-
eindre les Gaulois comme des sauvages vivant dans lies orêts.
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avec des caractères tout autres que ceux qui avaient été en usage jusqu'alors. On pourrait citer encore bien d’autres événements se rapportant à peu près à la même date : nous noterons seulement que ce fut pour Rome le commencement de la période proprement « historique », succédant à l’époque « légendaire » des rois, et qu’on sait aussi, quoique d’une façon un peu vague, qu'il y eut alors d’importants mouvements chez les peuples celtiques; mais, sans y insister davantage, nous em arriverons à ce qui concerne la Grèce. Là également,
le vie siècle fut le point de départ de la crvi-
lisation dite « classique », la seule à laquelle
les modernes reconnaissent le caractère « h1storique », et tout ce qui précède est assez mal
connu pour être traité de « légendaire », bien que les découvertes archéologiques récentes ne permettent plus de douter que, du moins, il y eut là une civilisation très réelle; et nous avons quelques raisons àäe penser que cette première civilisation hellénique fut beaucoup plus intéressante intellectuellement que celle qui la suivit, et que leurs rapports ne sont pas sans offrir quelque analogie avec ceux qui existent entre l'Europe du moyen âge et lEurope moderne. Cependant, il convient de remarquer que la scission né fut pas aussi radicale
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que dans ce dernier cas, car il y eut, au moins partiellement, une réadaptation effectuée dans l’ordre traditionnel, principalement dans Île domaine des « mystères »; et il faut y rattacher le Pythagorisme, qui fut surtout, sous une forme nouvelle, une restauration de l’Orphisme antérieur, et dont les liens évidents avec le culte delphique de l’Apollon hyperboréen permettent même d'envisager une fliation continue et régulière avec l’une des plus anciennes traditions de l'humanité. Mais, d’autre part, on vit bientôt apparaître quelque chose dont on n'avait encore eu aucun exemple, et qui devait, par la suite, exercer une influënce néfaste sur tout le monde occidental : nous voulons parler de ce mode spécial de pensée qui prit et garda le nom de « philosophie »; et ce point est assez important pour que nous nous y arrêtions quelques instants.
Le mot « philosophie », en lui-même, peut assurément être pris en un sens fort légitime, qui fut sans doute son sens primitif, surtout s’il est vrai que, comme on le prétend, c'est Pythagore qui l’employa le premier : étymolopiquement, il ne signifie rien d’autre qu’ « amour de la sagesse »; il désigne donc tout d’abord une disposition préalable requise pour parvenir à la sagesse, et il peut désigner aussi,
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par:une extension toute naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition même, doit conduire à la connaissance. Ce n’est donc qu’un stade préliminaire et préparatoire, un atheminement vers la sagesse, un degré correspondant à un état inférieur à celle-ci; la déviation qui s’est produite ensuite a consisté à prendre ce degré transitoire pour le but même, à prétendre substituer la « philosophie » à la sagesse, ce qui implique l’oubh ou la méconnaissance de la véritable nature de cette dernière. C’est ainsi que prit naissance ce que nous pouvons appeler la philosophie « profane », c’est-à-dire une prétendue sagesse purement humaine, donc d’ordre simplement rationnel, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, supra-rationnelle et « non-humaine ». Pourtant, il subsista encore quelque chose de celle-ci à travers toute l'antiquité; ce qui le prouve, c’est d’abord la persistance des « mystères », dont le caractère essentiellement « initiatique » ne saurait être contesté, et c’est aussi le fait que l’enseignement L. des philosophes eux-mêmes avait à la fois, | le plus souvent, un côté « exotérique » et un côté « ésotérique », ce dernier pouvant permettre
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1. Le rapport est ici à peu près le même que celui qui existe, dans la doctrine taoïste, entre l’état de 1’ « homme doué » et celui de 1” « nomme transcendant » ou « homme véritable ».
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le rattachement à un point de vue supérieur, gui se manifeste d’ailleurs d’une façon très nette, quoique peut-être incomplète à certains
égards, quelques siècles plus tard, chez les
Alexandrins. Pour que la philosophie « profane » fût définitivement constituée comme telle, il fallait que l’« exotérisme » seul: demeurûât et qu’on allât jusqu’à la négation pure et simple de tout « ésotérisme »; c’est précisément à quoi devait aboutir, chez les modernes, le mouvement commencé par les Grecs; les tendances qui s'étaient déjà affirmées chez ceux-c1 de-
vaient être alors poussées jusqu’à leurs consé-
quences les plus extrêmes, et l'importance
excessive qu'ils avaient accordée à la pensée
rationnelle allait s’accentuer encore pour en arriver au « rationalisme », attitude spécialement moderne qui consiste, non plus même simplement à ignorer, mais à nier expressément tout ce qui est d’ordre supra-rationnel: maïs n’anticipons pas davantage, car nous aurons à revenir sur ces conséquences et à en voir le développement dans une autre partie de notre exposé. |
Dans ce qui vient d’être dit, une chose est à retenir particulièrement au point de vue qui nous occupe : c’est qu’il convient de chercher
dans l'antiquité « classique » quelques-unes des { | |
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