‹ La crise du monde moderneChapitre 111 sur 147 · PR LAET · texte numérisé non relu

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nistes » ont élevée à la dignité de loi scientifique sous le nom de « lutte pour la vie », et dont la conséquence logique est que les plus forts, au sens le plus étroitement matériel de ce mot, ont seuls droit à l'existence. De là aussi l’envie et même la haine dont ceux qui possèdent la richesse sont l’objet de la part de ceux qui en sont dépourvus; comment des hommes à qui on a prêché les théories « égalitaires » pourraïient-ils ne pas se révolter en constatant autour d’eux l’inégalité sous la forme qui doit leur être la plus sensible, parce qu’elle est de l’ordre le plus grossier? Si la civilisation moderne devait s’écrouler quelque jour sous la poussée des appétits désordonnés

qu’elle a fait naître dans la masse, il faudrait

être bien aveugle pour n’y pas voir le juste châtiment de son vice fondamental, ou, pour parler sans aucune phraséologie morale, Île « choc en retour » de sa propre action dans le domaine même où elle s’est exercée. Il est dit dans l'Evangile : « Celui qui frappe avec l’épée périra par l'épée »; celui qui déchaîne les forces brutales de la matière périra écrasé par ces mêmes forces, dont il n’est plus maître lorsqu'il les a imprudemment mises en mouvement, et qu’il ne peut se vanter de retenir indéfiniment dans leur marche fatale: forces de la

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nature ou forces des masses humaines, ou les unes et les autres tout, ensemble, peu importe, ce sont toujours les lois de la matière qui entrent en jeu et qui brisent inexorablement celui qui a cru pouvoir les dominer sans s'élever luimême au-dessus de la matière. Et l'Evangile dit encore : « Toute maison divisée contre ellemême s’écroulera »; cette parole aussi s’applique exactement au monde moderne, avec sa civilisation matérielle, qui ne peut, par sa nature même, que susciter partout la lutte

et la division. La conclusion est trop facile

à tirer, et il n’est pas besoin de faire appel à d’autres considérations pour pouvoir, sans crainte de se tromper, prédire à ce monde une fin tragique, à moins qu’un changement radical, allant jusqu’à un véritable retournement, ne survienne à brève échéance.

Nous savons bien que certains nous reprocheront d’avoir, en parlant du matérialisme de la civilisation moderne comme nous venons de le faire, négligé certains éléments qui semblent constituer tout au moins une atténuation à ce matérialisme: et en effet, s’il n'y en avait pas, il est fort probable que cette civilisation aurait déjà péri lamentablement. Nous ne con-

testons donc nullement lexistence de tels

éléments, mais encore ne faut-il pas s’illu-

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sionner à ce sujet : d’une part, nous n’avons pas à y faire entrer tout ce qui, dans Île domaine philosophique, se présente sous des 7 étiquettes comme celles de « spiritualisme » . et d” « idéalisme », non plus que tout ce qui, dans les tendances contemporaines, n’est que « moralisme » et « sentimentalisme »; nous nous sommes déjà suffisamment expliqué là- 4 dessus, et nous rappellerons simplement que ce sont là, pour nous, des points de vue tout aussi « profanes » que celui du matérialisme théorique ou pratique, et qui s’en éloignent beaucoup moins en réalité qu’en apparence:

d'autre part, s’il y a encore des restes de spirituahté véritable, c’est malgré l'esprit moderne et contre lui qu’ils ont subsisté jusqu'ici. Ces restes de spiritualité, c'est seulement, pour tout ce qui est proprement occidental, dans.

l’ordre religieux qu'il est possible de les trouver; mais nous avons déjà dit combien la religion est aujourd’hui amoindrie, combien ses fidèles eux-mêmes s’en font une conception étroite et médiocre, et à quel point on en a éliminé l’intellectualité, qui ne fait qu’un avec la vraie spiritualité; dans ces conditions, si certaines possibilités demeurent encore, ce n’est guère qu'à l'état latent, et, dans Île présent, leur rôle effectif se réduit à bien peu de chose.

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