‹ La crise du monde moderneChapitre 110 sur 147 · OPEN · texte numérisé non relu

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UNE CIVILISATION MATÉEÉRIELLE 19

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certains pour qui ce n’est qu'une simple hypocrisie « moraliste», un masque de l'esprit de conquête et des intérêts économiques; mais quelle singulière époque que celle où tant | d'hommes se laissent persuader qu’on fait le 4 bonheur d’un peuple en lasservissant, en lui enlevant ce qu’il a de plus précieux, c'’està-dire sa propre civilisation, en l’obligeant à adopter des mœurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l’astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui taire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! Car c’est ainsi: l'Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivré; comme la quantité seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous les sens est d’ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s’agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu'un « paresseux »; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n’y a qu’à voir comment sont jugés les ordres contemplatiis, et cela jusque dans des milieux soi-disant religieux. - Dans un tel monde, il n’y a plus aucune place pour l'intelligence n1 pour tout ce qui est 1 purement intérieur, car ce sont là des choses

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qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent; il n’y a de place que pour l'action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la

manie anglo-saxonne du « sport » gagne chaque

jour du terrain : l'idéal de ce monde, c’est l«amimal humain » qui a développé au maximum sa force musculaire: ses héros, ce sont les athletes, fussent-ils des brutes; ce sont ceux-là qui suscitent l’enthousiasme populaire, c’est pour leurs exploits que les foules se passionnent; un monde où l’on voit de telles choses est vraiment tombé bien bas et semble bien près de sa fin.

Cependant, plaçons-nous pour un instant au point de vue de ceux qui mettent leur idéal dans le « bien-être » matériel, et qui, à ce titre, se réjouissent de toutes iles amélorations apportées à l’existence par le « progrès » moderne; sont-ils bien sûrs de n'être pas dupes? Est-il vrai que les hommes soient plus heureux aujourd’hui qu’autrelois, parce qu'ils Gisposent de moyens de communication plus rapides ou d’autres choses de ce genre, parce qu'ils ont une vie plus agitée et plus compliquée?

Il nous semble que c’est tout ie contraire: : le déséquilibre ne peut être la condition d’un

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véritable bonheur; d’ailleurs, plus un homme a de besoins, plus 1l risque de manquer de quelque chose, et par conséquent d’être malheureux; la civilisation moderne vise à multiplier les besoins artificiels, et, comme nous le disions déjà plus haut, elle créera toujours plus de besoins qu'elle n’en pourra satisfaire, car, une fois qu'on s’est engagé dans cette voie, il est bien difficile de s’y arrêter, et il n'y a même aucune raison de s'arrêter à un point déterminé. Les hommes ne pouvaient éprouver aucune souffrance d’être privés de choses qui n'existaient pas et auxquelles ils n'avaient jamais songé; maintenant, au contraire, ils souffrent forcément si ces choses leur font défaut, puisqu'ils se sont habitués à les regarder comme nécessaires, et que, en fait, elles leur sont vraiment devenues nécessaires. Aussi s’ef-

forcent-ils, par tous les moyens, d'acquérir ce

qui peut leur procurer toutes les satisfactions matérielles, les seules qu'ils soient capables d'apprécier : 1l ne s’agit que de « gagner de l'argent », parce que c’est là ce qui permet d'obtenir ces choses, et plus on en a, plus on veut en avoir encore, parce qu’on se découvre sans cesse des besoins nouveaux; et cette passion devient l’unique but de toute la vie. De là la concurrence féroce que certains « évolution-

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