‹ La crise du monde moderneChapitre 114 sur 147 · L + 4% RAS · texte numérisé non relu

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propre, ce qui le fait être ce qu'il est. Certes, quelque chose du Christianisme est passé jusque dans la civilisation antichrétienne de notre époque, dont les représentants les plus «avancés », comme ils disent dans leur langage spécial, ne peuvent faire qu'ils n'aient subi et qu’ils ne subissent encore, involontairement et peut-être inconsciemment, une certaine influence chrétienne, au moins indirecte; ül en est ainsi parce qu'une rupture avec le passé, si radicale qu’elle soit, ne peut jamais être absolument complète et telle qu’elle supprime toute continuité. Nous irons même plus loin, et nous dirons que tout ce qu'il peut y avoir de valable dans le monde moderne lur est venu du Christianisme, ou tout au moins à travers le Christianisme, qui a apporté avec lui tout l'héritage des traditions antérieures, qui Pa conservé vivant autant que l’a permis létat de l'Occident, et qui en porte toujours en luimême les possibilités latentes; mais qui donc, aujourd’hui, même parmi ceux qui s’affirment chrétiens, a encore la conscience effective de ces possibilités ? Où sont, même dans le Catholicisme, les hommes qui connaissent le sens profond de la doctrine qu'ils professent extérieurement, qui ne se contentent pas de « croire » d’une façon plus ou moins superficielle, et plus

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UNE CIVILISATION MATÉRIEZLHE. 201

par le sentiment que par l'intelligence, mais qui «savent » réellement la vérité de la tradition religieuse qu’ils considèrent comme leur? Nous voudrions avoir la preuve qu'il en existe au moins quelques-uns, car ce serait à, pour l'Occident, le plus grand et peut-être le seul espoir de salut; mais nous devons avouer que, jusqu'ici, nous n’en avons point encore ren-

contré; faut-il supposer que, comme certains

sages de l'Orient, 1ls se tiennent cachés en quelque retraite presque inaccessible, ou faut-il renoncer définitivement à ce dernier espoir?

L'Occident a été chrétien au moyen âge, mais il ne l’est plus; si l’on dit qu’il peut encore le redevenir, nul ne souhaite plus que nous qu'il en soit ainsi, et que cela arrive à un Jour plus proche que ne le ferait penser tout ce que nous voyons autour de nous; mais quon ne Sy trompe pas : ce jour-là, le monde moderne aura vécu.

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a E désordre moderne, nous l’avons dit, a pris naissance en Occident, et, jusqu’à ces dernières années, 1l y était toujours demeuré

strictement localisé; mais maintenant il se pro-

duit un fait dont la gravité ne doit pas être dissimulée : c’est que ce désordre s'étend partout et semble gagner jusqu’à l'Orient. Certes, l'envahissement occidental n’est pas une chose toute récente, mais il se bornait jusqu'ici à une domination plus ou moins brutale exercée sur les autres peuples, et dont les effets étaient limités au domaine politique et économique; en dépit de tous les efforts d’une propagande revêtant des formes multiples, l'esprit oriental était impénétrable à toutes les déviations, et les anciennes civilisations traditionnelles subsis-

taient intactes. Aujourd'hui, au contraire, il

est des Orientaux qui se sont plus ou moins

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