‹ La crise du monde moderneChapitre 29 sur 147 · QUE · texte numérisé non relu

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‘1 que cet esprit est encore pleimement vivant; 1 <s il n’en est pas moins vrai que cela même sup- . pose avant tout, en Occident, une aspiration vérs un retour à cet esprit traditionnel, mais ce ne peut guère être qu’une simple aspiration. Les quelques mouvements de réaction « antimoderne », d’ailleurs bien incomplète à notre avis, qui se sont produits jusqu'ici, ne peuvent que nous confirmer dans cette conviction, car tout cela, qui est sans doute excellent dans sa parbie négative et critique, est pourtant fort éloigné d’une restauration de la véritable intellectualité et ne se développe que dans les fimites d’un horizon mental assez restreint.

est cependant quelque chose, en ce sens que c’est l’mdice d’un état d’esprit dont on aurait eu bien de la peine à trouver la moindre trace il y a peu d'années encore; si tous les Oceïdentaux ne sont plus unanimes à se contenter en du développement exclusivement matériel de la civilisation moderne, c’est peut-être là un. signe que, pour eux, tout espoir de salut n’est … pas encore entièrement perdu.

Quoi qu’il en soit, si l’on suppose que lPOccident, d’une facon quelconque, revienne à Sa tradition, son opposition avec l’Orient se trou-

verait par là même résolue et cesserait d'exister, puisqu'elle n’a pris naissance que du fait de

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ja déviation occidentale, et qu’elle n'est en réalité que l’opposition de l’esprit traditionnel et de l'esprit antitraditionnel. Aïnsi, contrairemert à ce que supposent ceux auxquels nous faisions allusion il y a un instant, le retour à la tradition aurait, parmi ses premiers résultats, celui de rendre une entente avec lOrient immédiatement possible, comme elle l’est entre toutes les civilisations qui possèdent des éléments comparables ou équivalents, et entre celles-là seulement, car ce sont ces éléments qui constituent l'unique terrain sur lequel cette entente puisse s’opérer valablement. Le véritable esprit traditionnel, de quelque forme qu'il se revête, est partout et toujours le même au fond; les formes diverses, qui sont spécialement adaptées à telles ou telles conditions mentales, à telles ou telles circonstances de temps et de lieu, ne sont que des expressions d’une seule et même vérité; mais il faut pouvoir se placer dans l’ordre de lintellectualité pure pour découvrir cette unité fondamentale sous leur apparente multiphcité. D'ailleurs, c'est dans cet ordre intellectuel que résident les principes dont tout le reste dépend normalement à titre de conséquences ou d’applications plus ou moins éloignées; c’est. donc sur ces principes qu'il faut s’accorder avant

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tout, s’il doit s’agir d’une entente vraiment prolonde, puisque c’est là tout l’essentiel; et, dès lors qu'on les comprend réellement, l'accord se lait de lui-même. Il faut remarquer, en eïllet, que la connaissance des principes, qui est la connaissance par excellence, la connaissance métaphysique au vrai sens de ce mot, est universelle comme les principes eux-mêmes, donc entièrement dégagée de toutes les contin- | gences individuelles, qui interviennent au con- E. traire nécessairement dès qu’on en vient aux +” applications; aussi ce domaine purement intel- é lectuel est-1l le seul où 1l n’y ait pas besoin d’un effort d'adaptation entre mentalités différentes. En outre, lorsqu'un travail de cet # ordre est accompli, il n'y a plus qu’à en déve- | lopper les résultats pour que l’accord dans tous les autres domaines se trouve également réa- : lisé, puisque, comme nous venons de le dire, c'est là Ce dont tout dépend directement ou indirectement; par contre, l'accord obtenu dans un domaine particulier, en dehors des principes, Sera toujours éminemment instable et précaire, et beaucoup plus semblable à une combinaison diplomatique qu’à une véritable entente. C’est pourquoi celle-ci, nous ÿ insistons | encore, ne peut s’opérer réellement que par L ëén haut, et non par en bas, et ceci doit s’en- |

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tendre en un double sens : 1} faut partir de ce qu’il y a de plus élevé, c’est-à-dire des principes, pour descendre graduellement aux divers ordres d'applications en observant toujours rigoureusement la dépendance hiérarchique qui existe entre eux; et cette œuvre, par son caractère même, ne peut être que celle d’une élite, en donnant à ce mot son acception la plus vraie et la plus complète : c’est d’une élite intellectuelle quenous voulons parler exclusivement, et, à nos yeux, 1l ne saurait y en avoir d’autres, toutes les distinctions sociales extérieures étant sans aucune importance au point de vue où nous nous placons.

Ces quelques considérations peuvent faire comprendre déjà tout ce qui manque à la civilisation occidentale moderne, non seulement, quant à la possibilité d’un rapprochement effectif avec les civilisations orientales, mais aussi en elle-même, pour être une civilisation normale et complète; d’ailleurs, à la vérité, les deux questions sont s1 étroitement liées qu’elles n’en iont qu’une, et nous venons précisément de donner les raisons pour lesquelles 1l en est ainsi. Nous aurons maintenant à montrer plus complètement en quoi consiste l'esprit antitraditionnel, qui est proprement l’esprit moderne, et quelles sont les conséquences

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