‹ La crise du monde moderneChapitre 51 sur 147 · FER · texte numérisé non relu

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dantes, en niant tout ce qui les dépasse, ou tout au moins en le déclarant « inconnaissable »

eb en refusant d’en tenir compte, ce qui revient encore à le nier pratiquement; cette négation existait en fait bien longtemps avant qu’on ait songé à l’ériger en théorie systématique sous des noms tels que ceux de « positivisme » et d’ « agnosticisme », car on peut dire qu’elle est véritablement au point de départ de toute la science moderne. Seulement, ce n’est guère qu'au xix® siècle qu’on a vu des hommes se faire gloire de leur ignorance, car se proclamer « agnostique » n’est point autre chose que cela, et prétendre interdire à tous la connaissance de ce qu'ils ignoraient eux-mêmes; et cela marquait une étape de plus dans la déchéance intellectuelle de lOccident.

En voulant séparer radicalement les sciences de tout principe supérieur sous prétexte d’assurer leur indépendance, la conception moderne leur enlève toute sigmification profonde. et même tout intérêt véritable au point de vue de la connaissance, et elle ne peut aboutir qu'à une impasse, puisqu'elle les enferme dans un domaine irrémédiablement borné! Le déve-

j. On. pourra remarquer. qu’il s’est produit quelque chose d'analogue dans l’ordre social, où les modernes ont prétendu séparer le temporel du spirituel: il ne s’agit pas de contester

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loppement qui s'effectue à l’intérieur de ce domaine n’est d’ailleurs pas un ‘approfondissement comme certains se l’imaginent; :il demeure au contraire tout superficiel, et ne consiste qu'en cette dispersion dans le détail que nous avons déjà signalée, en une analyse aussi stérile que pénible, et qui peut se poursuivre indéfiniment sans qu’on avance d’un seul pas dans la voie de la véritable connaissance. Aussi n'est-ce point pour elle-même, il faut bien le dire, que les Occidentaux, en général, cultivent la science ainsi entendue : ce qu'ils ont surtout en vue, ce n’est point une connaissance, même inférieure; ce sont des apphcations pratiques, et, pour se convaincre qu'il en est bien ainsi, il n’y a qu’à voir avec quelle facilité la plupart de nos contemporains confondent science et industrie, et combien nombreux sont ceux pour qui l’ingénieur représente le type même du savant; mais ceci se rapporte à une autre question, que nous aurons à traiter plus complètement dans la suite.

La science, en se constituant à la façon

qu'il y ait là deux choses distinctes, puisqu'elles se rapportent effectivement à des domaines différents, aussi bien que dans le cas de la métaphysique ct des sciences; mais, par une erreur inhérehte à l’esprit analytique, on oublie que distinetion ne veut point dire séparation; par là, le pouvoir temporel perd sa légitimité, et la même chose, dans l’ordre intellectuel, pourrait être dite en ce qui concerne les sciences.

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moderne, n'a pas perdu seulement en profondeur, mais aussi, pourrait-on dire, en solidité, car le rattachement aux principes la faisait participer de l’immutabilité de ceux-ci dans toute la mesure où son objet même le permettait, tandis que, enfermée exclusivement dans le monde du changement, elle n’y trouve plus rien de stable, aucun point fixe où elle puisse s'appuyer; ne partant plus d’aucune certitude absolue, elle en est réduite à des probabilités et à des approximations, ou à des constructions purement hypothétiques qui ne sont que l’œuvre de la fantaisie individuelle. Aussi, même s'il arrive accidentellement que la science moderne aboutisse, par une voie très détournée, à certains résultats qui semblent s’accorder avec quelques données des anciennes « sciences traditionnelles », on aurait le plus erand tort d'y voir une confirmation dont ces données n’ont nul besoin; et ce serait perdre son témps que de vouloir concilier des points de vue totalement différents, ou établir une concordance avec des théories hypothétiques qui, peut-être, se trouveront entièrement discréditées dans peu d’années!. Les choses dont

1. La même observation vaut, au point de vue religieux, à l'égard d'une certaine « apotogéltique » qui prétend se mettre d'accord avec les résultats de la science moderne, travail

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il s’agit ne peuvent en eïfiet, pour la science actuelle, appartenir qu’au domaine des hypothèses, alors que, pour les « sciences traditionnelles », elles étaient bien autre chose et se présentaient comme des conséquences indubitables de vérités connues intuitivement, done infailhiblement, dans l’ordre métaphysiquet.

C’est d’ailleurs une singulière illusion, propre à |” « expérimentalisme » moderne, que de croire qu une théorie peut être prouvée par les laits, alors que, en réalité, les mêmes faits peuvent toujours s'expliquer également par plusieurs théories différentes, et que certains des promoteurs de la méthode expérimentale, comme Claude Bernard, ont reconnu eux-mêmes qu'ils ne pouvaient les interpréter qu’à l’aide d’ « idées préconçues », sans lesquelles ces faits demeureraient des « faits bruts », dépourvus de toute signification et de toute valeur scientifique.

Puisque nous en sommes venu à parler d’ «expérimentalisme », nous devons en profiter pour

perfaitement illusoire et toujours à refaire, qui présente d’ailleurs le grave danger de paraître solidariser la religion avce des conceptions changeantes et. éphémères, dont elle doit demeurer totalement indépendante.

1. Il serait facile de donner ici des exemples; nous citerons seulement, comme un des plus frappants, la différence de caractère des conceptions concernant l’éther dans la cosmoievie hindoue et dans la physique moderne.

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