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La crise du régime parlementaire [microforme] :

Ce qui nous frappait le plus en parcourant les vastes galeries de l'Exposition coloniale, tenue à Londres l'été dernier, ce n'était pas le gigantesque assemblage des produits de tous les climats de l’univers fournis par les seules dépendances de l'Angleterre : sans doute c'était un spectacle inouï de voir les merveilles de l'Inde, de l'Australie, les pierres et les métaux précieux de Ceylan, du Cap de Bonne-Espérance, étinceler à côté des richesses de l’industrie canadienne ; mais dégageant notre esprit du côté matériel de l'exposition, nous étions bien plus vivement impressionné lorsque nous cherchions à démêler les causes qui ont concouru à la formation de cet empire colonial anglais, quatre fois plus étendu et vingt fois plus riche que l’empire romain, l’étonnement du monde antique, comme celui-là est l'admiration et l'envie du monde moderne.

Les historiens et les économistes se sont souvent demandé comment ce petit pays,qui renferme trente-cinq millions d’âmes, avait réussi à grouper sous le drapeau britannique trois cent millions de sujets répandus sur tous les points du globe. C’est sa position spéciale, disent les uns, qui lui à permis de s'établir fortement au loin, n'étant pas tenu, comme les autres puissances de l’Europe, de concentrer tous ses moyens d’action à l’intérieur pour la défense du pays. Ce sont plutôt, répondent leurs adversaires, ses incomparables institutions politiques qui ont ouvert à l’activité de ses colons et à la bravoure de ses soldats les contrées qui forment aujourd’hui les domaines extérieurs de l'Angleterre.

* Présenté à la Société royale du Canada à sa réunion du 27 mai 1887,

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Mais la France et l'Espagne ont vu aussi leur pouvoir s’exercer sur de vastes contrées, et si le génie de Colbert était passé à ses successeurs, le drapeau français aurait plus longtemps fotté sur la vallée du Mississipi aussi bien que sur les rives du Saint-Laurent. Il serait peut-être plus juste de dire que la fondation de l'empire colonial anglais est la résultante de forces multiples et de circonstances spéciales. Quoi qu'il en soit de ces discussions, il restera acquis à la gloire de lAngleterre d'avoir montré au monde comment l'on fonde un grand empire, et surtout comment on le conserve après l'avoir créé, et d'avoir fourni à l’Europe et à l'Amérique des institutions politiques qu'elles se sont empressées d’imiter. Depuis cent ans, le régime parlementaire anglais — ou le parlementarisme, comme le désignent ses détracteurs—a joui d’une vogue énorme, Presque tous les peuples de l'Europe se sont soulevés pour le conquérir, lorsque les rc°: partisans de la monarchie plus ou moins absolue tardaient à le leur octroyer, comme la panacée indispensable au bonheur de l'humanité.

Il a fini par s'implanter sous presque tous les cieux. les réformateurs de toutes nuances en ont savouré les douceurs longtemps rèvées. Mais, depuis quelques années, le dégoût à remplacé l'engouement, et l’on en est arrivé à se demander, en France, en Italie, en Espagne, si le parlementarisme tant vanté à tenu toutes ses promesses, et sil sera bien le gouvernement de l'avenir ? Depuis plusieurs années, les publicistes français lui font son procès, et s’il se sauve aux yeux de l’opinion publique, ce sera plutôt à la faveur des circonstances atténuantes, que grâce à sa valeur intrinsèque ; à l'embarras où l’on se trouve de savoir par quoi le remplacer ; à l'horreur de la dictature, ce terme final des révolutions en France. Ce n’est pas seulement dans les rangs des partis monarchistes que se montrent ses adversaires ; le camp républicain en fournit un grand nombre et des plus ardents. M. Naquet, un radical de la plus belle eau, l’auteur des lois sur le divorce, et M. le sénateur Scherer, rédacteur du Temps, lui livrent des assauts incessants. Le premier publiait naguère dans la Revue libérale

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