I. l'eXPORT.\TIO\ de l'.'IRGKXT FR.INÇ.'tlS A L'ÉTRANGER
L'émiaiation des capitaux fran- Gauses . c • x.-
cais est un lait bien connu. Il est et conséquences. j* ^ i /> • i n- -, . j
du a la lois à 1 enormite de notre
épargne, à l'absence de sécurité dont souffre notre industrie du fait de la capitulation constante du gouvernement devant les groupements ouvriers à tendances anarchistes et aussi aux menaces de spoliation et d'inquisition fiscales qui se sont précisées depuis surtout dix ans.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que l'épargne française s'emploie à l'étranger. Il en résulte que nos entreprises industrielles métropolitaines et nos affaires coloniales trouvent beaucoup plus difficilement les capitaux qui sont nécessaires à leur création ou à leur développement.
„ ,. ^ . , Mais ce qui est surprenant, c'est
Une partie notable . ^ , ^ . , ,
j ^ . de constater qu une portion notable
de notre épargne . ^ ^ .
de nos capitaux exportes va vitahser est mise au service '^ . ,, '
, ,,.„ les entreprises allemandes,
de l'AUemagne. r' » V eu • a t a^
L est la un lait qui date d une
douzaine d'années. Si l'on se base sur les assuraiices de
journaux financiers, nos grands établissements de crédit
seraient responsables de cette situation.
Le Pour et le Contre con.'Jtalail le 22 janvier 1905 :
La confiance que les banques allemandes in.^pireiit leur a permis de trouver auprès de nos établissements de crédit les capitaux dont elles ont pu avoir besoin, et il suffit de se rappeler que le plus important d'entre enx a mis à leur disposition pendant les années 1898, 1899, 1900, des ressources énormes, alors que notre industrie et notre commerce qui en avaient un besoin non moins important ne les trouvaient pas toujours.
V Information a publié cette lettre de Berlin du 19 mars 1907.
La semaine passée, les banques allemandes ont réussi à placer une grande partie de leur portefeuille à Paris ; en langage de bourse à Berlin, on appelle cela " donner les appoints en pension « .
Le 22 février 1908, Le Monde économique remarquait :
Vraiment, c'est étonnant et à s'y perdi'e^Les grandes compagnies françaises à Paris placent dans les banques allemandes entre 300 et 400 millions de francs (la semaine passée, elles ont fait de nouvelles avances) ; elles se font les banquiers de tous les gouvernements sur le globe et elles refusent d'escompter les valeurs commerciales françaises, de placer des avances dans le commerce extérieur et d'encourager les industries fran-
Les grands établissements de crédit contestent l'exactitude de ces dires. Ils assurent que ces allégations sont très exagérées et que l'argent qui est prêté par eux à court ternie aux Allemands représente des sommes relativement peu importantes.
Quoi qu'il en soit, on n'a pas oublié qu'en septembre 1911 la crise franco-allemande a mis en relief l'intérêt que le concours des capitaux français présente pour l'Allemagne.
Comment ^" *®^^ *^*^' ^^ ^"^ ^^^ ^^^' ^'^^^
cet argent vitalise '!"^ '^ "'T"'"" P''''*'^ ^^ '^* '"'3''°* l'industrie français n'est mis au service de l'Aide nos voisins ^^"'"Sne qu'à l'insu de l'opinion . ,,. publique française. Voici comment
des Français. '* T"'.''"''';.
En lait, 1 épargne française destinée à être exportée se concentre entre les mains d'un très petit nombre d'intermédiaires, c'est-à-dire : deux ou trois douzaines de grosses banques françaises, qui comptent parfois dans leur sein d'importants éléments étrangers, et surtout quelques établissements de crédit fort peu nombreux, mais d'importance si considérable que tout le monde les connaît et qu'ils possèdent des succursales dans les plus petites villes de France.
Cette organisation puissante étant déjà ancienne, c'est à ces succursales de province que les capitalistes de la région, surtout les moyens et les petits, vont prendre conseil pour leurs placements. Comme cette succursale dépend d'un établissement véritablement très puissant et qui en impose, le capitaliste provincial a généralement confiance dans cet employé qui se trouve derrière le guichet de sa petite ville, employé, qui selon les époques et les circonstances, a reçu l'ordre de placer tel ou tel papier
ou de conseiller aux clients des dépôts d'argent liquide. S'il s'agit de dépôt, le capitaliste provincial couGe ses fonds volontiers, ce qui se conçoit, car l'établissement est sûr. Si on lui conseille des fonds d'Etat étrangers, il accepte sans difflcuUé, car le mot État exerce toujours sur lui un certain prestige. Souvent, il s'enhardit davantage et, docile aux suggestions de son conseiller, il donne son bel argent pour des entreprises industrielles étrangères, fuyant comme la peste les placements industriels français qu'on lui déconseille en lui faisant un tableau très sombre des grèves incessantes, des charges multiples résultant des lois sociales, des menaces d'inquisition fiscale du gouvernement, etc.
Il est incontestable que ces arguments, malheureusement souvent fondés, ont accru dans des proportions colossales l'émigration de nos capitaux dans les dernières années.
Sous leur influence, des milliards ont passé la frontière et l'on peut dire qu'aujourd'hui notre industrie ne bénéficie pour ainsi dire pas de l'énormité de notre épargne.
La politique tracassière de notre gouvernement est à la fois l'excuse et l'explication des conseils que les établissements de crédit donnent à leurs clients. Un banquier ou un établissement financier se préoccupe avant tout de gagner de l'argent et de le gagner là où les risques sont les moins grands. Rien de plus naturel. Or, il faut reconnaître qu'en raison de notre crise intérieure, les opérations en faveur d'entreprises industrielles en France sont soumises à plus d'aléas pour un établissement de crédit que des prêts à court terme en Allemagne ou que le placement d'un emprunt d'État étranger, puisque, dans ces cas, le gain immédiat d'un intérêt sérieux ou d'une substantielle commission est toujours assuré.
Il convient d'ajouter qu'à l'action des grands établisse-
ments de crédit s'ajoute celle de l'organisation créée par les Allemands en France pour mieux drainer nos capitaux.
Il existe, eu effet, certaines banques parisiennes qui sont la façade truquée d'organisations bancaires allemandes. Ces établissements ont toutes les apparences françaises et sont soumises à toutes les investigations du fisc français. En fait, ce sont des entreprises allemandes déguisées qui n'emploient leurs capitaux d'origine française qu'en faveur d'entreprises allemandes.
Enfin, l'argent français va encore à l'étranger, attiré par les alléchants prospectus des banques internationales de Genève ou de Bruxelles. Ces prospectus innombrables, incessants ont pour leitmotiv une invitation au capitaliste français à déposer son argent dans « un asile sûr, à l'abri de toute recherche fiscale et de toute ingérence officielle ') .
Or, suivant l'image de M. Pierre du Maroussem, ces établissements belges et suisses sont comme d'immenses réservoirs bancaires, placés sur le sommet d'une montagne. Par des centaines de petits canaux, ce réservoir déverse sa richesse dans la direction des banques allemandes.
C'est par l'effet de ces divers procédés que l'argent français va vitaliser les entreprises allemandes. Or, quand ce sont de grandes banques qui emploient outre-lUiin l'argent des dépôts qui leur sont confiés, il est bien évident que cet emploi a lieu à l'insu des dépositaires français. Il est naturellement impossible desavoir dans quelle proportion exacte nos voisins et rivaux bénéficient de notre argent. On ne peut pas faire exactement la somme de l'argent prêté à court terme, de celui prêté à long terme ni des capitaux qui vont outre-Rhin par des voies détournées. Mais on a l'impression que ce total doit être considérable et s'est accru dans les dernières années.
.. ,. X Or, fait plus surprenant encore
Le capitaliste „. ^ , ,. ,, , . .
. . que 1 ignorance du lieu d emploi de
français ne gagne ^ " , . ,. ^ • ,, .„ son arnent, le capitaliste français ne
d ailleurs . n
lire personnellement aucun avana peu près nen ' , . , « .
, tajje sérieux du tait que ses capi-
a cet exode. ^ ^ ^ ^ ... ^ ,„ ^
taux vont travailler en Allemagne.
L'examen des trois cas principaux qui peuvent se présenter permet de s'en rendre compte. Si le petit épargniste français confie son argent en dépôt à une grande société de crédit qui Texporte ensuite en .Allemagne, le capitaliste^ français reçoit, selon la durée de son dépôt, un intérêt qui varie de 0,50 à 3 et demi pour 100, intérêt identique à celui qu'il pourrait très aisément s'assurer en achetant une valeur française de premier ordre. .Mais ce même argent du petit capitaliste, la société de crédit le place à l'étranger à 4 ou 5, 6 pour 100 et parfois plus. C'est donc l'intermédiaire qui bénéficie uniquement de la différence et nullement le dépositaire français.
Pour les fonds d'État, la question ne se pose pas, car ils ne rapportent pas sensiblement plus en Allemagne qu'en France.
Enfin, s'il s'agit d'entreprises industrielles allemandes, le capitaliste français prête généralement son argent sous forme d'obligations à 4 et demi ou 5 pour 100 ou d'actions susceptibles de rapporter davantage ; mais dans les deux cas, particulièrement dans le dernier, il court tous les risques de l'entreprise. Si elle échoue, il perd tout son argent; si elle réussit, la plus grosse part des bénéfices vont aux fondateurs et directeurs de l'affaire qui, eux, sont toujours des Allemands.
„ ^ ^ ^. De cet ensemble, il résulte que :
Constatations , , . , . i^ , i, .
,, L argent prêté a l Allemaqne par les
d ensemble. ^, ,^,,. , . ,. ,
grands établissements de crédit, quand
il provient de l'argent des déposants français, vitalise, sans bénéfice spécial pour ceux-ci, l'industrie allemande à l'insu des déposants.
Quand il s'agit de placements allemands industriels, le prêteur français supporte généralement tous les risques de l'entreprise sans participer aux chances des gros bénéfices réservés, en fait, à des Allemands.
Les bénéfices les plus nets, les plus sûrs de ces diverses opérations vont aux banques et établissements de crédit qui servent d'intermédiaires entre le capitaliste français et les Allemands.