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ÉTRANGERS EN FRANCE

La désinvolture avec laquelle les Allemands ont pu faire appel dans les dernières années aux capitaux français a fait concevoir à des États tripliciens l'audacieux espoir de contracter de grands emprunts destinés à des fins militaires sur le marché de Paris.

Deux tentatives d'emprunts d'État étranger en France : le projet d'emprunt hongrois de 500 millions en 1909- 1910 et le projet d'emprunt austro-hongrois d'un milliard à la fin de 1911 ont revêtu nettement un caractère plus politique que financier.

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d'aboutir sur la place de Paris.

Cet emprunt 4 pour 100 qui constituait pour la Hongrie

un besoin urgent et presque immédiat avait pour triple

but : de rembourser les bons du Trésor hongrois 4 et

demi pour 100 venant à échéance en 1910, de payer la

part de la Hongrie dans les frais de l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, de subvenir à certains travaux, mais surtout à des dépenses nécessitées par les accroissements de l'armée et de la marine, conséquence de l'accord militaire très étroit qui lie Budapest et Vienne à Berlin.

Il s'agissait donc bien d'une opération financière destinée à avoir, en réalité, des conséquences politiques, puisque cet argent devait servir pour une large part à des armements militaires et navals de caractère nettement tripliciens.

Par conséquent, en accordant la cote à un pareil emprunt et en mettant l'épargne française à la disposition de l'une des puissances de la Triplice, le gouvernement français, sans s'en douter peut-être, prenait une direction telle qu'elle constituait une orientation nouvelle de notre politique extérieure. En effet, renforcer militairement l'Autriche-Hongrie, la mettre en condition d'agir plus efficacement contre la Russie sur terre, l'aider à renforcer sa flotte de la Méditerranée, ce serait pour la France aller à la fois contre l'esprit même de son alliance avec la Russie et de son entente avec l'Angleterre.

Malgré ces évidences, le ministère français laissait faire et l'emprunt hongrois paraissait si bien assuré que la Xeue Freie Presse l'annonça le 10 décembre 1909. L'opinion publique française était encore alors dans l'ignorance complète de ce qui se préparait. Il fallut une violente campagne de presse des journaux indépendants en France, en Angleterre et en Russie pour rendre impossible cette entreprise véritablement insensée.

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Le projet d emprunt ,, i -i

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austro-nongrois . , . ^ „ ,. ,,

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a la fin de 1911. „ ".

en France un emprunt austro-non-

grois d'un milliard cette fois. Or, cette opération financière devait encore servir aux armements de l'Autriche-Hongrig sur terre et sur mer.

La conclusion de l'accord franco-allemand du 4 novembre 1911 fut l'occasion qu'on saisit à Vienne pour reprendre contact avec le gouvernement français au sujet d'un gros emprunt à Paris.

Le 16 décembre, le Lokal Anzeiger de Berlin annonça :

Le gouvernement austro-hongrois a autorisé ses ambassadeurs en France et en Allemagne à faire savoir aux gouvernements de ces pays, que l'Autriche-Hongrie a donné son approbation en principe à l'accord franco-allemand sous la réserve cependant que le consentement formel par écrit à cet accord ne suivrait que plus tard. (Cité par Le Matin, 17 décembre 1911.)

On apprit bientôt que M. d'^Ehrenthal avait fait entendre à M. Crozier, notre ambassadeur à Vienne, que, sans en faire d'ailleurs une condition expresse, les choses s'arrangeraient facilement, si la place de Paris se prêtait à un emprunt austro hongrois d'environ un milliard.

Ce projet d emprunt détermina l'intervention de M. Jaurès, le 19 décembre 1911, à la tribune de la Chambre.

Alors, M. Joseph Caillaux, président du Conseil, ministre de l'Intérieur, intervint dans la discussion pour déclarer :

Ne jouez pas sur les mots, monsieur Jaurès, je réponds brièvement qu'il n'y a jamais eu les tractations financières dont vous parlez. Je crois que ma réponse est suffisamment nette et précise. (Applaudissements.)

M. Jaurès répondit :

Elle est aussi nette qu'en contradiction avec celle de M. le ministre des Affaires étrangères. (Rires et applaudissements sur divers bancs. Mouvements divers.) (Voir Le Journal ojficiel.)

La réponse péremptoire de M. Caillaux, président du Conseil, est intéressante à retenir. Elle semble avoir reposé uniquement sur le mot tractations. Alors, on pouvait, en effet, prétendre que les suggestions de M. d'i'Ehrenthal à M. Crozier, notre ambassadeur, ne constituaient pas encore des tractations.

Quoi qu'il en soit, six jours après la réplique de M. Caillaux, Le Temps, le 25 décembre 1911, reproduisait cette information qui semblait peu en harmonie avec les déclarations du Président du Conseil à M. Jaurès.

D'après la Wiener Allgemeine Zeitung, un échange de vues aurait eu lieu tout récemment entre les milieux compétents français et austro-hongrois relativement à l'ouverture du marché français aux emprunts d'Etat austro-hongrois. Le journal ajoute qu'il est permis d'espérer que la cote à la Bourse sera accordée jusqu'à concurrence d'un milliard de francs : 500 millions pour l'Autriche et 500 millions pour la Hongrie.

La Wiener Allgemeine Zeitung fait remarquer que l'échange de tues a permis de constater que l'admission des valeurs austro-hongroises ne se heurtera plus à l'avenir à des difficultés de principe.

Comme deux ans auparavant, il fallut une énergique campagne des journaux indépendants de Paris, Londres et Saint-Pétersbourg pour faire échouer déflnitivement cet incroyable projet d'emprunt triplicien et militaire.

Ce rapide exposé historique de deux projets d'emprunts tripliciens et politiques sur la place de Paris nous permet de conclure.

Les récentes tentatives d'emprunts d'Etats étrangers à forme politique ont échoué en France, non pas par te fait du gouvernement de Paris qui laissait faire, mais par la volonté de l'opinion publique française qui, elle, à temps, Jit preuve de clairvoyance et de décision-

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