‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 118 sur 191 · H. — QUE POUVON'S-NOUS CONTRE LA DÉPOPULATION · texte numérisé non relu

H. — QUE POUVON'S-NOUS CONTRE LA DÉPOPULATION

Contre la dépopulation, nous sommes un peu moins désarmés que contre l'alcoolisme, mais ne nous exagérons pas nos moyens d'action.

... ... Sans doute une plus grande mise

en pratique des règles de l'hygiène pourra déterminer une diminution de la mortalité infantile qui, en relevant le chiffre des survivants, compensera, dans une certaine mesure, la faiblesse du chiffre des naissances, mais ce n'est là qu'un palliatif.

A une époque où le prix de la vie augmente dans des proportions énormes, il est vraisemblable que le raisonnement et le calcul perdront moins que jamais leurs droits. On ne saurait encore attacher une grande efficacité pour remonter le taux de notre natalité aux avantages qu'il est question d'assurer aux familles nombreuses. En raison de l'esprit qui domine notre régime politicien, ces avantages ne seront jamais qu'un atome eu égard aux charges considérables qu'impose à un père de famille l'accroissement du nombre de ses enfants. Pour qu'on pût espérer obtenir de sérieux résultats dans cette voie, il faudrait admettre une transformation fondamentale de nos directions politiques. Evidemment, si on consacrait à des primes, décernées aux pères de familles nombreuses et peu aisées, les sommes considérables qu'actuellement on dépense pour les retraites

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ouvrières, l'assistance aux vieillards, etc., si, par exemple, on assurait pendant dix ou quinze ans une prime de 300 francs par an à chaque cinquième enfant vivant, on relèverait probablement dans une proportion notable le niveau des naissances. Développer la population, encourager l'énergie des adultes, l'esprit d'entreprise et d'économie serait peut-être, au point de vue de l'avenir français, une politique plus intelligente que celle consistant à présenter aux masses comme un idéal des retraites et des allocations qui deviennent, en fait, de véritables primes à l'indolence et à la paresse. Mais, comme un pareil renversement des tendances de la législation n'est pas à envisager .actuellement, on ne voit aucune bonne raison pour que notre population ne continue pas à décroître ou tout au moins à rester stationuaire.

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de la dépopulation en France est certain mais, s'il est des plus sérieux, il n'est pas mortel. Si la France sait seulement maintenir le niveau actuel de sa population, elle peut parfaitement se défendre sur le terrain économique et militaire.

Au point de vue agricole, sans doute, nous manquons parfois de main-d'œuvre, il en résulte souvent dans nos campagnes une gêne réelle, mais on ne saurait nier que, par suite du concours des machines, le riche sol français ne soit complètement mis en valeur et qu'il fait vivre, grâce à l'extrême morcellement de la propriété, une population agricole qui, dans l'ensemble, jouit d'une indiscutable aisance. Sans doute, notre population est

insuffisante pour permettre un développement industriel indéfini, mais dans cette voie, si nous n'avions pas à craindre la politique tracassière de notre Parlement, nous pourrions encore faire des progrès notables.

Si l'on veut voiries choses sans parti pris, on peut donc dire que, somme toute, la France possède à peu près le chiffre de population qui est conforme à ses besoins économiques.

C'est au point de vue militaire que l'objection de la dépopulation paraît beaucoup plus grave. Mais là encore, le danger est surtout apparent. Avec sa population actuelle, la France qui a plus de quatre millions et demi d'hommes mobilisables peut parfaitement tenir tête, môme seule, k l'Allemagne sur les champs de bataille; elle peut, en outre, accroître ses effectifs grâce aux, troupes noires. La question des effectifs est d'ailleurs étudiée plus loin à ces deux points de vue. (Voir pages 471, -473, 474.)

Il faut considérer enfin qu'en Allemagne, l'accroissement de la population ne va pas être indéfini. Le raisonnement qui consiste à dire : l'Allemagne ayant eu tant d'habitants il y a vingt ans, en ayant tant maintenant, en aura par conséquent tant dans vingt ans est absurde. La courbe de la population n'est jamais indéfiniment régulière.

La croissance de la population s'arrêtera à brève échéance outrc-Rhins car les mêmes causes produisent partout les mêmes effets. L'enrichissement de l'Allemagne détermine déjà le raisonnement de ses habitants. Le chiffre des naissances, quoique encore considérable, ne s'accroît plus dans la même proportion qu'il y a très peu d'années. En moins de dix ans, la natalité allemande est tombée de 37 pour 100 à moins de 35. Il est à peu près certain qu'on la verra encore décroître, puisque les plus récentes statistiques allemandes établissent que la fréquence des mariages et des naissances diminue avec une très sensible importance.

Donc, contre la dépopulation, nous ne pouvons employer que des palliatifs, aucune solution complète du problème ne se laisse entrevoir, mais si nous tirons tout le bon parti possible économique et militaire de notre population, le mal n'est pas mortel.

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