I. INFLUENCE DK i/eSPRIT PUBLIC
Il est évident que la volonté de l'opinion est le meilleur remède aux maux qu'elle-même a laissés se créer dans les périodes d'abandon.
On constate déjà une améliora-
tion sensible contre les excès de la
la pornographie.
pornographie. La lutte s organise
sérieusement contre l'ordure publique.
La société centrale de protestation contre la licence des
rues, 10, rue Pasquier, à Paris, a fait, en juillet 1911, cette
pétition qui mérite d'être reproduite entièrement, car elle
constitue à la fois un excellent exposé du problème tel
qu'il se pose et la preuve de l'union qui s'effectue pour
combattre le mal envahissant.
LES SOLLTIOMS 387
Les sonssignés protestent contre la tolérance singulière dont sont journellement l'objet les outrages les pins manifestes à la décence publique et aux mœurs.
Les exhibitions les plus honteuses, les publications les pins abjectes, les représentations les plus cyniques, restent le plus souvent sans répression. Qu'on en juge! Les délits sont publics, ils sont sans nombre. Sait-on combien il y a eu de poursuites en 1909? Quatre-vingt-quinze pour toute la France. Ce sont les statistiques officielles qui le disent.
Aussi l'impudence est-elle arrivée à dépasser toute borne. La pornographie se répand par le colporteur et le marchand nomade jusque dans les campagnes. Elle règne à peu près librement dans les villes. A Paris, c'était hier une grande affiche provoquant aux manœuvres anticonceptionnelles, si voisines de l'avortement. Chaque jour, c'est la distribution grîituite de prospectus ou de journaux d'une rare obscénité.
Le théâtre sous toutes les formes, cafés-concerts, musichalls, représentations foraines, cinématographes, grandes scènes mêmes, se sont mis à l'unisson et c'est un des plus grands dangers de l'heure actuelle.
La tradition française en a fait longtemps, dit-on, l'école des mœurs non moins que du bon goût. La décence et l'honnêteté y étaient du moins respectées.
Aujourd'hui, l'adultère, la vie galante, les vices infâmes, l'apologie de l'amour sensuel, le dénigrement de tous les sentiments élevés y sont le thème habituel des pièces à succès. Des titres bravant la pudeur, parfois même sans rapport avec le sujet, des affiches d'un genre nouveau où se donne, après le titre de la pièce, un commentaire audacieux, font appel aux plus bas instincts.
Des troupes ambulantes vont représenter ces ignominies en province. Parfois interdites par les municipalités, elles reviennent à Paris où elles se savent en sécurité.
Là, en effet, sauf quelques rares exceptions, tont semble toléré.
S'agit-il d'une exhibition révoltante sur la voie publique, étalage honteux, distribution d'écrits obscènes, l'agent appelé par
le spectateur indigné se récuse. Il n'a pas d'ordres. S'agit-il d'une représentation outrageante, même d'une de celles que les maires de province interdisent en vertu du droit incontestable que leur donne la loi, la préfecture de police se dit désarmée.
De pareils désordres sont dégradants pour un pays, offensants pour la femme, funestes pour la jeunesse.
La Patrie en subit à l'étranger une cruelle et lamentable atteinte.
S'ils étaient plus longtemps tolérés, ils finiraient par altérer profondément nos mœurs et compromettre le bon renom de notre littérature et de notre pays.
Les soussignés réclament énergiquement des Pouvoirs publics qu'il y soit mis un terme.
Fédération des sociétés contre la pornographie. — Société centrale de protestation contre la licence des rues. — Ligue française pour le relèvement de la moralité publique, et sa section parisienne. — Association catholique internationale pour la protection de la jeune fille. — Union internationale des amies de la jeune fille. — Association israélite pour la protection de la jeune fille. — Etoile blanche. — Fédération de Jeanne d'Arc. — Revue « Foi et Vie » . — Union française pour le sauvetage de l'enfance. — Les amis de l'Art dramatique . — Société d'Economie sociale. — OEuvre philanthropique des artistes lyriques. — Association catholique de la Jeunesse française. — Ligue des Femmes Françaises, — Action sociale de la femme. — Ligue patriotique des françaises. — Action libérale populaire. — Les journaux : Le
■ Relèvement social, La Croix, La Démocratie, Armée du Salut.
Le fait que cette pétition a été reproduite par de nombreux journaux prouve qu'elle correspond au sentiment public. L'agitation antipornographique commence d'ailleurs à obtenir des résultats pratiques. En novembre 1911, le Sénat a examiné un projet de loi modifiant les lois de 1882, 1898 et 1908 sur les outrages aux bonnes mœurs. (Voir Le Temps, 30 novembre 1911.)
Le 21 décembre 1911, il a voté en seconde lecture et à runanimité le texte suivant réprimant la propagande pornographique :
Par leur distribution à domicile (d'imprimés pornographiques), par leur remise, sous bande ou sous enveloppe non fermée, à la poste ou à tout agent de distribution ou de transport;
Par des chants non autorisés proférés publiquement, par des annonces ou correspondances publiques, obscènes ou contraires aux bonnes mœurs on faites sciemment en vue d'un but de même nature.
Les écrits, dessins, affiches, etc., incriminés et les objets ayant servi à commettre le délit seront saisis ou arrachés. La destruction en sera ordonnée par le jugement de condamnation. {\'oir Le Matin, 22 décembre 1911.)
11 est donc certain qu'un effort se fait et il est probable qu'il aboutira car le public commence à être las du scandale pornographique. Cette constatation de M. Alfred Oulman dans Le Petit Bleu est intéressante à cet égard.
Il paraît que les théâtres où l'on espérait réaliser de splendidcs recettes, grâce à des revues un peu trop suggestives, commencent, au contraire, à connaître les u mauvaises soirées » et que le caissier ne u s'y frotte pas les mains >i . C'est à la foi» très consolant et très naturel. C'est, en effet, une erreur de croire que le public parisien est assoiffé de scandale.
Certes, il est des établissements dont l'attrait réside uniquement dans des tableaux pornographiques agrémentés de dialogues bêtes et malpropres à la fois : mais combien peu nombreux sont leurs habitués ! .Mettons, si vous le voulez, mille détraqués, candidats à la camisole de force, qui tour à tour payent pour .; regarder ;^ des pièces aux titres plus prometteurs que justifiés. Mais les autres, la foule? Eh bien, la foule, le scandale ne l'attire pas, bien au contraire. (Cité par Le Matin, 17 décembre 1911.)
Kn mars 1912, le deuxième congrès national de la Société aniipornographique a eu lieu au Musée Social, rue Las-Cases, sous la présidence de M. Bérenger, sénateur. De nombreux professeurs de lycée et de facultés, des membres de l'Institut, des magistrats, des sociologues, des prêtres, des pasteurs, ont pris part à ce congrès. M. Pouréty, dans un travail très documenté, a examiné les différentes formes que revêt la pornographie contemporaine : livres et brochures, théâtres, music-halls et cafés-concerts, cinématographes, spectacles forains et musées anatomiques, propagande néo-malthusienne, cartes postales illustrées, albums du nu, presse, photographies et objets obscènes, annonces et poste restante.
Il a terminé en déclarant que le congrès doit s'attacher à obtenir les mesures légales ou administratives nécessaires pour combattre un mal qui risque de devenir tous les jours plus dangereux, et il lui semble que les points essentiels sont les suivants :
Vote, par la Chambre, du projet de loi élaboré par la conférence diplomatique en avril 1910 et qu'a déjà ratifié le Sénat. (Les délits nouveaux prévus dans cette loi sont précisément ceux qui comprennent les formes les plus générales de l'obscénité : détention et fabrication en vue d'en faire commerce; transports des documents délictueux; textes des annonces, et internationalisation de la répression) ;
Application des textes en vigueur contre les scandales du théâtre, à Paris et en province; inslructions à donner aux maires en vue de l'application de la loi du 5 avril 1884 à ce sujet;
Répression des annonces concernant le néo-malthusianisme; vote du projet de loi Barthou ;
Intervention auprès du Sénat au sujet du projet de loi accordant le droit de poursuite directe aux associations d'utilité publique ;
Instructions précises à demander au garde des sceaux, pour les parquets de province, en vue de la répression des outrages
aux bonnes mœurs, même si le parquet de la Seine ne poursuit pas;
Modifications à apporter à la loi sur la presse, afin que le dépôt du livre soit fait au parquet au lieu d'être fait au ministère de l'Intérieur; juridiction de droit commun à lui appliquer; délit de mise en vente à réprimer par les lois des 16 mars 1898 et 7 avril 1908. (Voir Le Temps, 19 mars 1912.)
L'impunité voulue par des juges
j ., .„ pris dans le peuple est l'un des plus
les défaillances f 1 1 - i •
lamentables résultats que puisse
donner une démocratie dévoyée.
A ce mal, c'est encore l'opinion publique qui peut porter remède en créant une atmosphère telle que les jurés n'osent plus avoir les défaillances coupables dont ils ont donné trop de preuves dans les dernières années. Sous la pression de l'opinion et du réveil des idées nationales, ils comprendront le danger de l'acquittement scandaleux d'antimilitaristes notoires et de meurtriers avérés.
La tendance dans ce sens est déjà très forte.
Jacques Dhur qui, pendant longtemps, dans LeJounml, a paru croire aux avantages de l'humanitarisme, revient maintenant sur le terrain des réalités et demande en termes excellents le châtiment du meurtre et les sanctions nécessaires.
Là encore, il faut se placer au point de vue social. La société doit être défendue. Et elle ne le sera que lorsque les jurys seront accoutumés de faire bon marche des billevesées sentimentales jetées parles avocats à pleine bottées d'éloquence rhétoricicnno, dans les âmes, parfois romanesques, des propriétaires, boutiquiers, industriels et ouvriers qui sont chargés de juger les crimes. Un point doit être établi : quiconque tue volontairement — hors le cas de légitime défense ou d'imprudence — doit être châtié. 11 ne faut pas que nos apaches ou
que nos meurtriers, qualifiés communément de u passionnels » — puissent impunément agir comme les brigands italiens qui lavent un assassinat avec une absolution du padre et retournent aussitôt en commettre un autre...
Poser la question, c'est en même temps la résoudre. Si les jurys avaient toujours envoyé en maison centrale ou au bagne les assassins passionnels, le meurtrier jugé l'autre semaine n'eût sans doute pas joué du revolver et il y aurait une existence de plus...
Une société harmonique et bien équilibrée doit se garder d'être injuste. Mais elle doit être impitoyable pour quiconque attente à cette chose sacrée : la vie humaine...
Pour cela, il importe qu'une loi soit inscrite an code, qui ordonne que quiconque — hors le cas d'imprudence ou de légitime défense — aura rougi ses mains du sang d'autrui ne pourra sortir indemne de la cour d'assises.
C'est là le seul moyen d'arrêter l'accroissement constant de la criminalité. (Voir Le Journal, 9 octobre 1911.)
Or, c'est là précisément ce que veut l'opinion elle-même. Après avoir fait preuve dans les dernières années d'une sensiblerie et d'une molesse absurdes, elle commence, depuis fort peu de temps d'ailleurs, à comprendre la nécessité de la répression.
Déjà, au début de cette année, elle a protesté contre les indulgences du jury.
Le jury des assises de la Somme vient de faire preuve dans l'audience d'aujourd'hui d'une indulgence qui a surpris le public. Un nouimé Lucien Caille était accusé d'homicide volontaire pour avoir tué d'un coup de couteau, sans motif sérieux, un de ses camarades nommé Ruzé. Caille avait avoué les faits; de mauvais renseignements étaient fournis sur son compte, et on s'attendait à une condamnation sévère. Le jury,ne voulant pas envoyer Caille aux travaux forcés, a rapporté un verdict d'acquittement.
Un autre accusé, nommé Albert Bec, avait également sans
motif, tué à coaps de couteau, son amie, Marie Rambure. Bec s'est excusé en invoquant son état d'ivresse. Il n'a été condamné qu'à quatre ans de prison.
De violentes manifestations ont accueilli ces dfux jugements. Le président a dû faire évacuer la salle. (Voir Excelsior, 17 janvier 1912.)
Les crimes commis au moyen de l'automobile avec une sauvagerie si extraordinaire par la bande Bonuot, Carouy, Garuier et consorts ont activé l'évolution du public qui réclame maintenant les châtiments nécessaires à la sécurité sociale.