‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 121 sur 191 · PHYSIQUEMENT ET MOR.^LEMENT, INTRODUISONS EN FRANCE LES " BOY-SCOUTS · texte numérisé non relu

PHYSIQUEMENT ET MOR.^LEMENT, INTRODUISONS EN FRANCE LES " BOY-SCOUTS

Comme nous l'avons constaté (voir p. 272), notre enseignement public, surtout notre enseignement primaire, n'a pas donné les résultats que nous étions en droit d'espérer. Si l'instruction des jeunes enfants n'est pas toujours sufûsante, leur éducation est à peu près nulle. Ou s'est bien occupé de meubler les intelligences, mais non pas de former les caractères. Les résultats de nos écoles primaires n'étant pas ce qu'il conviendrait, il faut tendre à les améliorer dans l'avenir. C'est l'affaire des pédagogues. Mais u'existe-il pas un moyen dépendant de l'initiative individuelle et permettant d'exercer, sans délai, une action utile sur la jeunesse eu lui donnant les (|ualités morales, civiques et nationales indispensables à la formation des nouvelles générations?

Or, pour agir dès maintenant sur les jeunes gens, nous avons à notre disposition un mode d'action merveilleux qui a fait ses preuves ailleurs.

. . , Il consiste àintroduire, en France,

Le gênerai , , „ . , , i ,

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Baden-Powel et les , , , ,„ , „ , .

„ „ ^ le sreneial Baden-Powel avec un si re- « Boy-Scouts ». 11,., 1- .

marquable et si extraordinaire succès .

Le général Baden-Powel, le tenace défenseur de Mafeking contre les Boeis, voyant se rapprocher les difficultés intérieures et internationales qui menacent la Grande-Bretagne, a estimé qu'il était d'une nécessité impérieuse pour l'avenir de son pays de préparer des générations de jeunes gens vigoureux, bien armés pour la vie, d'une moralité solide et profondément dévoués à leur patrie. C'est, en partant de cette idée, que le général Baden-Powel a créé de toutes pièces le scoutisme qui, grâce à certains éléments, est pour les jeunes gens un merveilleux procédé de formation morale.

-, Le scoutisme est basé sur les trois

observations pratiques suivantes :

le « scoutisme ». ^ i / i .

La plupart des jeunes gens sont

séduits par les récits de la vie active des explorateurs ou des cow-boys du Far-VVest américain. En France, le succès des romans : lias de Cuir, Le dernier des Mohicans, etc. qui ne s'épuise jamais est une preuve que le même état d'esprit anime notre jeunesse.

D'autre part, les sports en plein air plaisent généralement aux jeunes garçons.

Enfin, on obtient d'eux beaucoup au point de vue moral, si l'on fait appel au respect de la parole donnée.

Le scoutisme (de scout, en anglais, " éclaircur » , homme de frontière, bon observateur aux sens exercés et au cœur vaillant) résulte de la combinaison ingénieuse des idées suggérées par ces constatations. Le scoutisme permet aux jeunes gens, munis d'un uniforme pratique qui rappelle celui des Boers et des cow-boys, de mener, quand ils le

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veulent, même aux alentours de nos cités les plus modernes, une vie qui, par certains de ses aspects, est analogue à celle des trappeurs coloniaux du Far-VVcst américain. Ils apprennent à connaître pratiquement les plantes, les arbres, les animaux, à courir, à nager, à construire un radeau, une hutte, à retrouver et à suivre une trace, à s'orienter le jour et la nuit, à faire la cuisine en plein air, à bivouaquer, à soigner les blessés, à éteindre les incendies.

En outre, le scout doit agir conformément aux règles de l'honneur formulées en un bref serment et un code très court qui constituent ses règles de conduite dans toutes les circonstances de la vie.

Tel est en résumé le scoutisme.

- Le mouvement créé sur ces bases

Le succès - - i » j « i

, ^. par le gênerai Baden-Fowel a eu un

du « scoutisme » , ,. .

. , ^ succès extraordinaire, fcn quatre en Angleterre. , . . i i »i

années, se sont organises dans les îles

Britanniques près de 500 000 scouts, jeunes garçons de

onze à dix-huit ans, qui, par leur vigueur, leur discipline

librement consentie et leur bonne tenue, ont conquis la

sympathie générale, au point que, le 4 juillet 1911, le roi

George V a tenu à leur témoigner son estime en passant

en revue, à Windsor, 30 000 Boy-Scouts \enus de tous les

coins de la Grande-Bretagne et même des extrémités les

plus reculées de l'empire.

11 faut bien comprendre que la

Le « scoutisme » , , , ,. , • > .

valeur éducative du scoutisme, n est

nullement limitée à la Grande-Breseulement , , ,• j •

tajine. La formation des jeunes gens au tempérament " , , , .... . . i

sur la base des idées du gênerai anglo-saxon? « j n i ee * ■

Baden-Powel, a, en elfet, sa raison

d'être dans tous les pays du monde. C'est ce qui a d'ailleurs

été compris dans la plupart des grands Etats. On trouve actuellement plus de 250 000 Boy-Scouts aux Etats-Unis. On les compte par milliers en Russie, en Allemagne, dans des pays latins comme Tltalie et comme l'Argentine. Par conséquent, l'expérience pratique a prouvé que le scoutisme n'est pas une conception nécessairement limitée aux pays anglo-saxons, puisque dans des pays purement latins il a donné les mêmes résultats qu'en Grande-Bretagne.

- ^. Pourquoi donc un système qui a

Le M scoutisme » ... ^ , , .■' .^

SI bien réussi, même dans des pays

latins, ne s'acclimaterait-il pas chez

nous, alors que le scoutisme, appliqué dans son véritable

esprit, est particulièrement propre à créer, dès maintenant,

dans notre jeunesse, les sentiments conformes au bien de

la nation? Il est aisé de s'en rendre compte.

Les scouts n'ont de supériorité entre eux que par leur aptitude à rendre des services plus ou moins étendus. Le pauvre est l'égal du plus riche. La fraternité est la règle des scouts. Le scoutisme repose donc sur la notion de la saine égalité. Il est démocratique au sens le meilleur du mot, mais il comporte l'idée de hiérarchie selon l'aptitude à bien servir : il n'est donc nullement entaché de la tare démagogique, obstacle radical au progrès et à l'élévation des individus.

Le scoutisme a pour base morale : l'honneur. Il tend ainsi <à développer chez les jeunes gens le respect de la parole donnée dont l'arriviste effréné, qui n'a en vue que son intérêt strict et immédiat, n'a plus aucun souci.

Le scout reçoit une formation qui lui fait comprendre la nécessité de gagner sa vie, mais seulement par des moyens honnêtes. Pour le scout, l'argent n'est pas tout, il passe après l'honneur : encore un obstacle puissant au desséchant et mortel esprit d'arrivisme.

Le srout est toujours prêt à venir en aide à plus faible que lui et à défendre sa patrie. Le srontisme favorise donc les idées généreuses et nationales.

Le scout enfin respecte les croyances religieuses quelles qu'elles soient. Le scoutisme apprend donc aux jeunes gens à être tolérant et sincèrement libéral.

En résumé, le scoutisme, développe tous les sentiments qui sont nécessaires à l'union nationale et à la formation des futurs citoyens. X^'est-ce pas là ce dont nous avons besoin?

, *, , . L'introduction du scoutisme en

« Les Eclaireurs ,,., . ,,

j „ France est deia commencée. Un

de France ». . r. .

groupe de F rançais, convaincus par

l'initiative ardente de M. le lieutenant de vaisseau Benoit,

ont créé à la fin de 1911 la société :

Les Eclaireurs de France (boy-scouts français) .

Cette association est placée sous le patronage d'hommes éminents, représentant des nuances d'opinions différentes mais réunis par un commun désir de favoriser l'éducation physique et morale de la jeunesse.

Abel Ballik, président du Toiiring-Club de France.

André Bkalmoxt, aviateur (lieutenant de vaisseau Coxvkau).

Vice-amiral Bkssox.

Gabriel Boxvalot, explorateur, directeur du comité Dupleix.

Docteur Jean Charcot, explorateur.

J. Charles-Roux, président de la Compagnie Transatlantique.

Paul Dbscha\-kl, député, de l'Académie française.

Henri Dkutsch, de la Meurthe.

Général Dodds.

Paul DoiMKR, sénateur, ancien gouverneur de l'Indo-Chine.

Marcel Dubois, professeur à la Sorbonne.

Vice-amiral Fourxikr.

Gabriel Hanotaux, de l'Académie française.

Joies H.ARMA.M>, ambassadeur honoraire.

Baron Hulot, secrétaire général de la Société de géographie.

Général dk Lacroix, ancien généralissime.

Comte Henri de La Vaulx, vice-président de l'Aéro-Club de France.

Esnest La visse, de l'Académie française.

Georges Lkcomte, président honoraire de la Société des gens de lettres.

Général Lvautey.

Colonel Marchand, explorateur.

Louis Marin, député de Nancy.

Colonel MoNTKiL, explorateur.

Edouard Perrier, de l'Institut, directeur du Muséum.

Charles Prevet, directeur du Petit Journal.

L'Association des Eclaireurs de France s'e.st inspirée des résultats du puissant mouvement créé en Angleterre par le général Baden-Powel et a cherché à adapter le scoutisme au caractère des jeunes Français.

Le serment (1) des Eclaireurs de France est ainsi conçu :

Je promets sur mon honneur :

D'agir en toute circonstance comme un homme conscient de ses devoirs, loyal et généreux.

D'aimer ma patrie et de la servir fidèlement en paix comme en guerre.

D'obéir an code de l'Eclaireur.

Quant au code de l'Kclaireur, il est condensé en ces douze articles.

1» La parole d'un Eclaireur est sacrée. Il met son honneur au-dessus de tout, même au-dessus de sa propre vie.

(1) Le serment des Boy-Scouts anglais comporte rengagement de Gdélité à Dieu. Il est évident que cet engagement peut tîgurer dans la formule du serment prêté par les jeune» gens qui adhèrent à une fois religieuse. Les Eclaireurs de France, respectueui de toutes les forces, morales, n'entendent édicter aucune prohibition.

2* L'Eclairenr sait obéir. Il comprend que la discipline est nne nécessité d'intérêt général.

S" L'Eclaireur est un homme d'initiative.

4" L'Eclairenr prend on tonte circonstance la responsabilité de ses actes.

5° L'Eclaireur est courtoi.'^ et loyal envers tous.

6° L'Eclaireur considère tous les autres Eclaireurs comme ses frères, sans distinction de classe sociale.

7" L'Eclaireur est généreux et vaillant, toujours prêt à se porter à l'aide dos faibles, même au péril de sa vie.

8" L'Eclaireur fait chaque jour une bonne action, si modeste soit-elle.

9° L'Eclaireur aime les animaux et s'oppose à toute cruauté à leur égard.

10" L'Eclaireur est toujours gai, enthousiaste et doit chercher le bon côté de toute chose.

11» L'Eclaireur est économe et respectueux dn bien d'autrui.

12" L'Eclaireur a le souci constant de sa dignité et du respect de soi-même.

Comme on le voit, il ne s'agit ni de bataillons scolaires, ni d'une société de gymn.i.stique quelconque, mais d'une organisation très différente. Elle ne peut entraver en rien le développement de sociétés de sport, de préparation militaire, patronages ou autres en pleine prospérité.

.\u contraire, ces sociétés ont intérêt à voir se former dans leur sein, et avec leur concours, une élite de jeunes gens animés de l'esprit deTÉclaireur. II s'agit, en somme, d'apprendre aux jeunes gens à goûter le charme d'une existence en plein air pleine, d'enseignements utiles, tout en leur donnant une vigoureuse et solide formation morale qui fera d'eux de bons citoyens dans toutes les circonstances de la vie.

L'Association des Eclaireurs de France, 146, rue Montmartre, à Paris, a déjà un certain nombre de groupes de scouls vivants et organisés. Elle n'a aucun caractère poli-

tique. Elle est donc résolument ouverte à tous ceux qui veulent observer le Gode des Eclaireurs, tous les jeunes Français de toutes conditions sociales, de toutes croyances, de toutes les opinions, le paysan, l'ouvrier, le bourgeois, le pauvre comme le riche. Cette société est avant tout une œuvre d'union nationale.

Si l'esprit de parti, souvent si pernicieux dans ce pays, ne vient pas entraver ses efforts, elle peut rendre un très grand service en acclimatant le scoutisme en France.

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