CHAPITRE XXV
DANS LA PÉRIODE PRKSEXTK. LA POLITIQl E EXTÉRIEURE DOIT ABSOLUMENT DOMINER LA POLITIQUE INTÉRIEURE
I. Les -fissures - de l' Allemagne. — Tendances antimilitaristes et sabotages. — Etat despril des fonctionnaires. — Les progrès du socialisme. — Ce qu"est le socialiste allemand. — Le pouvoir des socialistes au Reichstag. — Féodaux contre socialistes. — La répression outre-Rhin. — La grève des mineurs de mars 1912.
II. La (( dominante » de la situation actuelle de l'Allemagne.
— L'expansion économique. — L'extension territoriale.
III Comment les Allemands comprennent leurs rapports
avec la France. — Le pacifisme de (iuiilaume II — La valeur relative du pacifisme des souverains. — Les Allemands qui aiment la France !
IV. Les Allemands qui veulent la guerre. — Les pangermanistes.
— Les théories du général von Bembardi.
V. Les forces militaires de l'Allemagne. — Leur état à la fin
de 1911 — Les nouveaux armements allemands de 1912. — Les futurs effectifs de paix et de guerre. — Comment outre- Rhin on accepte les nouveaux armements. — La signification des nouveaux chemins de fer stratégiques — L'état général de l'armée allemande.
Dans la période présente, tout porte à envisager avec une extrême attention les difficultés extérieures. L'horizon international est rien moins que clair. La question d'Orient, toujours en suspens, peut brusquement déclancher la conflagration européenne, la rivalité anglo-allemande sans solution reste grosse de menaces, mais au point de vue
français, le grand fait qui domine toute la situation extérieure, c'est le traite du 4 novembre 1911, qui, comme nous l'avons constaté (voir p. 356) contient d'innombrables causes de conflit entre la France et l'Allemagne.
Assurément, un traité n'est qu'un papier dont la valeur ne subsiste qu'autant que durent les rapports généraux des forces qui en ont déterminé la signature. L'histoire est là pour nous prouver que, dès que ce rapport des forces a notablement changé, le traité est violé tacitement ou ouvertement. Le traité de Paris de 1856, résultat de la guerre de Crimée, fut modifié, en ce qui concerne la mer Noire, par la Russie, quand la guerre de 1870 lui en fournit l'occasion. Le traité de Berlin, en ce qu'il a eu de relatif à la Bosnie et à l'Herzégovine, a été violé par l'Autriche-Hongrie lorsque le concours des circonstances le lui a permis. Il en a été et il en sera malheureusement ainsi longtemps encore.
Mais le traité franco-allemand est tout récent. Les circonstances qui l'ont vu naître ne se sont pas encore modifiées. En le ratifiant, h Parlement français a implicitement accepté la nécessité impérieuse de faire face avant tout aux difficultés extérieures graves cjui naîtront vraisemblablement de l'accord qu'il a accepté au nom de la France.
Si l'on veut ne pas se faire d'illusion, on reconnaîtra que le traité du 4 novembre 19 II ne peut fonctionner pacifiquement que si on est bien résolu outre-Rhin à ne jamais ouvrir la boîte de Pandore, c'cst-<à-dire à ne pas vouloir profiter des innombrables causes de discorde que contient en puissance ce document diplomatique. Mais cette hypothèse suppose qu'à Berlin on abandonnera la méthode politique suivie depuis plus de deux siècles. C'est là une espérance singulièrement fragile. Si elle ne se vérifie pas, l'application du traité du 4 novembre mènera la troisième
République à une quasi vassalité à l'égard de l'Allemagne, car, telle serait bien la situation de la France, si elle acceptait d'aller jusqu'au bout des conséquences qu'un adversaire non scrupuleux pourrait cberclier à tirer de certaines clauses du traité.
Si la France se refuse, comme elle le doit, à toute capitis (liminulio et si l'Allemagne veut la contraindre à la subir, nous irons droit à la gueiTe.
Pour toutes ces raisons, et comme nous avons constaté que ce sont nos fautes intérieures qui déterminent surtout nos erreurs dans les rapports internationaux, nous dirons donc :
Dans la période présenle, la politique extérieure doit absolument dominer Ja politique intérieure de la France.
C'est là une règle de conduite qui gagnerait h être observée en tout temps, car, si les directeurs de ce pays attachaient plus d'importance à la politique étrangère, il est une foule de fautes graves de politique intérieure qu'ils ne songeraient même pas à commettre. Mais, dans la période actuelle, la suprématie de la politique extérieure sur l'intérieure s'impose avec une rigueur particulière. X^ous allons nous en convaincre en examinant l'état actuel de l'Allemagne et ses rapports possibles nvec la France.