PERTE
Raichtlag.
Reichitag.
00 gain.
Centre
Conservateurs
Conservateurs libres .
Socialisles
Nationaux libéraux. . .
Radicaux
Polonais
Indépendants
Vacant
En 1912, les socialistes ont donc seuls progressé et ils ont gagné 57 sièges. Ils sont par suite, et de beaucoup, le parti le plus fort du Reichstag avec 1 10 députés.
En France, les socialistes et les pacifistes concluent de ces résultats : rAllemagne ne va plus pouvoir faire la guerre, le socialisme va mettre un frein aux armements.
, , Telle n'est pas cependant la con-
Ce quest , . ,. ^ | - i, » i
. ,. ^ clusion qu impose le résultat des
le socialiste , , ^. ,.' ,, . „, .
récentes élections d outre-Khin.
allemand. r.^ i i i • i- . n i
D abord le sociaiisie allomana
n'est pas exactement comparable au socialiste français.
Etant donné le régime féodal qui subsiste encore dans la
plupart des Etals de l'Empiic allemand, surtout en Prusse,
il y a beaucoup de modérés français qui, oulre-Rbiu,
seraient qualifiés de socialistes et voteraient pour des
socialistes, comme c'est d'ailleurs le cas pour de nombreux
modérés allemands. En outre, si les socialistes allemands
veulent éncrgiquement des réformes dont beaucoup sont
justifiées par les privilèges de la noblesse et des inégalités
sociales flagrantes, ils ne sont cependant pas des « cham-
bardeurs » comme nos ' socialos " . Ainsi que l'a exposé
Maximilien Harden :
L'ouvrier allemand ne fait pas de révohition. D'abord il aurait beaucoup à y perdre, et, soninie toute, sa situation n'est pas désespérée. Puis tout socialiste révolutionnaire qu'il se dise, il est marxiste et n'attend le salut que de 1' u évolution ".
Xayuement mystique, il n'e.st pas assez bête pour s'exposer au fusil de petit calibre, et, dans le fond de son àmc, il est fier de sa patrie et prêt à lui donner s'il le fallait, son sang. (Voir Le Matin, 10 janvier 1912.)
L'ouvrier allemand, en effet, sait fort bien que son sort est lié à la prospérité de son indu.strie nationale. C'est ce
qui explique que Guillaume II qui connaît bien son peuple a pu dire : « Mes socialistes à moi ne sont pas si terribles. >^ {Voir Le Matin, 27 janvier 1912.)
Enfln, arjiument dont la valeur Le pouvou- . . '
. ,. subsistera, encore au moins pen-
des socialistes , , , , , , . , -
„ . , dant quelques années, les députes
au rveichstacr
socialistes ne peuvent aucunement
avoir la même influence au Reichstag que les socialistes du Parlement français. On oublie trop en France que le Reichstag n'est pas comparable à notre Chambre des députés. Il ne peut pas renverser un ministère. Le chancelier n'est responsable que devant l'empereur. Le Reichstag est bien l'écho et le reflet des volontés de la nation, mais l'expérience a prouvé que l'empereur n'en tient qu'un médiocre compte puisque, jusqu'à présent, toutes les fois que le Reichstag a refusé de voter une loi réclamée par le chancelier de l'empire, le Reichstag a été dissous purement et simplement. Cette méthode changera-t-elle bientôt? Rien ne nous autorise à le supposer.
Ce qui est incontestable, c'est que
. ,. la marée montante du socialisme est
contre sociaustes. i<. •-, . i
une cause d inquiétude pour la caste
féodale qui est encore à la tête de l'Etat allemand. Mais
cette inquiétude ne constitue pas une cause nécessaire
d'apaisement et d'esprit pacifique. M. Scheidemann, le
député socialiste qui fut un moment vice-président du
Reichstag, assurait à Paris, le 30 mars 1912, que la victoire
des socialistes allemands constitue la plus grande garantie
de paix. (Voir Le Temps, l" avril 1912.)
Vingt-quatre heure après, M. Scheidemann était démenti
par l'organe tout-puissant de son propre parti le Vorwacrls
408 LA CRISK FRANÇAISE
qui reconnaissait, le 31 mars 1912, à propos de la nouvelle loi militaire :
Ces augmentations de l'armée, le gouvernement les présente comme un meilleur gage de paix. Nous, socialistes, nous ne nous laissons pas prendre à de telles hypocrisies; nous savons que la lutte pour le marché mondial conduit fatalement les VAdts civilisés à une politique impérialiste ; cette politique est un danger permanent pour la paix, et clic a besoin, pour être menée, d'une armée et d'une flotte extrêmement puissantes. Voilà pourquoi en ce moment le danger de guerre flotte dans l'air, pareil à un nuage gros de malheurs.
En Allemagne, eu particulier, la toute-puissance du niUitarisme est la cause principale de ces augmentations incessantes de l'armée et de la flotte ; aucun parti bourgeois, pas même le parti radical, ne risquera d'engager la lutte contre pareil principe.
Les chefs de l'armée allemande préparent l'armée à prendre une offensive stratégique rapide conmie l'éclair; 50000 officiers attendent avec impatience l'heure à laquelle ils pourront mettre en pratique les théories de Clausewitz, et échanger la place d'armes contre le champ de bataille. (Cité par L'Echo de Paris, 1" avril 1912.)
Les progrès du socialisme n'arrêtent nullement ces tendances. Bien au contraire, car les opposants au socialisme en Allemagne sont amenés à se demander s'ils ne doivent pas essayer de faire la guerre pendant qu'ils sont encore les maîtres des grands rouages de l'empire, pendant que l'organisation militaire reste formidable entre leurs mains, et avant que la victoire des socialistes ne soit assez décisive pour les expulser des situations privilégiées qu'ils occupent. C'est là une opinion qui est ouvertement exprimée outre-Rhin.
« La patrie est en danger » , s'exclamait le général von Wrochem dans le Tag au lendemain des élections. (Voir L'Écho de Paris, 25 janvier 1912.)
LES SOLITIOMS 409
Nombreux sont les journaux qui croient qu'il y a seulement deux remèdes à opposer à la marée montante socialiste : la guerre civile ou la guerre étrangère. Ainsi dans La Gazelle de la Croix, le comte de Roon estime que le peuple allemand n'est pas mûr pour le suffrage universel. Il préconise des lois d'exception contre un parti qui vise à l'abolition de la monarchie eu Allemagne et il réclame des hommes d'Etat énergiques qui accepteront le combat, u La guerre rouge, dit le comte de Roon, est depuis longtemps déclarée. '• Quant à la PosI, elle préférerait la guerre étrangère. {\oir L'Écho de Paris, 28 janvier 1912.)
En attendant, le gouvernement allemand prend ses précautions contre le danger socialiste et, selon ses principes, il n'hésite pas.
Si l'on peut constater en Aile- La repression 1 n . 1"J-C
magne des fassures dans 1 edibce outre-Rhin. . - • • l ' i -i-x •
impérial base sur le militarisme,
on doit reconnaître qu'elles sont relativement peu nombreuses et que les actes délictueux sont tous réprimés immédmlement avec une énergie indéfectible.
Quand il s'agit d'antimilitarisme, la répression est impitoyable. Ainsi, le conseil de guerre de la deuxième escadre a condamné à deux ans et demi de prison le matelot Bloc u pour avoir mal parlé de ses supérieurs et provoqué le mécontentement chez ses camarades » . (Voir Le Matin, 18 juillet 1911.)
Les fonctionnaires ainsi que les employés d'Etat socialistes sont pourchassés sans pitié. Le gouvernement de Berlin ne veut pas tolérer de cheminots socialistes.
Le 13 novembre 1911, M. de Breitenbach, ministre des chemins de fer, a déclaré au Reichstag :
Une exploitation telle que l'administration des chemins de fer ne peut exister et réaliser de façon durable son œuvre écono-
niiquc que si elle est soumise à la plus ferme discipline... C'est surtout une nvcessité lorsqu'il s'agit d'une administration qui se trouve à la frontière occidentale de l'Allemagne...
Ceux qui acceptent de serdr cette administration, soit comme fonctionnaires, soit comme ouvriers, doivent supporter une certaine limitation de leurs droits civiques, si le bon fonctionnement du service l'exige. // ne peut surtout être toléré, et nous ne le permettrons jamais, que nos emplogés se laissent entraîner à favoriser des tendances révolutionnaires...
Nous n'admettons pas davantage le droit de grève pour l'obtention d'avantages économiques. En un mot, nous ne supporterons pas que nos ouvriers et employés méprisent les ordres de leurs supérieurs et leur refusent l'obéissance...
Quiconque, conclut le ministre, a suivi les progrès 'de ces organisations (de propagande socialiste) dans tous les pays voisins de l'Allemagne, quiconque a pu constater les effets terribles de ces associations sur le bien-être public, devra reconnaître que c'est un devoir pour l'administration de s'opposer à la réalisation de ces tendances socialistes.
En agissant ainsi, nous acquérons un droit à la reconnaissance de l'empire. (Voir Le Matin, 14 novembre 1911.)
. La grève des mineurs qui éclata
La grere , , ^
en Westphalie, eu mars 1912, en des mmeurs , ^ ,, .
jQjo même temps que celle des mineurs
dG mars 1"12. , . , <> • i i
anglais, a montre une fois de plus
quel parti les autorités allemandes savent tirer de « la manière forte » . Alors qu'en Angleterre, le gouvernement radical, prisonnier des éléments démagogiques, a capitulé devant eux et admis de préconiser des principes, comme le salaire minimum, sans minimum de production, susceptibles de porter un coup fatal à l'industrie britannique tout entière, dès les premiers jours de la grève, le gouvernement de Berlin envoya des troupes dans la région de la Ruhr. Près de la mine Dcutschcr Kaiser, à Duisbourg, des grévistes voulurent empêcher " des jaunes " de se rendre
au travail. La police intervint. Les agents chargèrent sabre au clair. Huit arrestations furent opérées. {Voir Le Malin, 13 mars 1912.) A Essen, à Herne, les agents n'hésitèrent pas à se servir de leurs sabres et revolvers. Plusieurs mineurs furent tués. (youL Echo de Paris, 14 mars 1912.)
A Herne, la police armée de carabines ordonna que toutes les fenêtres restassent fermées sous menace de fusiller les contievenanls. Le 14 mars, les soldats accompagnèrent les ouvriers qui voulaient travailler jusqu'au puits du Mont Cenis; ils chargèrent leurs fusils devant la foule et mirent baïonnette au canon. (Voir L'Echo de Paris, 15 mars 1912.)
A Essen, la police fit fermer à trois heures tous les locaux où se tenaient des bureaux de grève; elle menaça les restaurants dans lesquels étaient installés ces bureaux de leur enlever la concession en vertu de laquelle ils débitent des boissons. {K ou L Echo de Paris, IGmars 1912.)
Ces mesures intimidèrent les ouvriers. Dès le 15 mars, le Berliner Lokal Aiizeiyer attribuait la diminution de la grève au fait qu'une mitrailleuse avait été placée dans le voisinage des principaux puits et que sa présence éloignait les curieux. (Voir L'Echo rfe Paris, 16 mars 1912.)
Les troupes continuèrent à affluer dans les centres miniers en grève, en dépit de toutes les protestations.
u On avertissait la population qu'on serait sans pitié pour tous ceux qui porteraient atteinte à la liberté du travail. " {Voit Le Matin, 16 mars 1912.)
L'opinion allemande ne protesta pas contre ces mesures, bien au contraire. Comme le constatait le correspondant du Temps à Berlin :
Le gros public allemand a horreur de tout ce qui ressemble à une émeute, .'^lors que dans d'autres pays la mort de quatre mineurs tués par la police eût donné lien à des incidents parlementaires sensationnels, peut-être même redoutables pour le
gouvernement, le public allemand a en général estimé que ces quatre morts prouvaient la gravité des troubles du bassin de la Ruhr et la nécessité d'y rétablir l'ordre au plus tôt.
Nous nous trouvions dans les couloirs du Reichstag lorsque arrivèrent les journaux de midi annonçant qu'une petite fille de dix ans avait eu les deux poumons perforés d'une balle au cours d'une manifestation. Personne n'en était ému ; personne même n'en parlait. Ce sens de la discipline, cette absence de sentimentalité sont fort caractéristiques chez ce peuple dont certains persistent à attendre dans un avenir plus ou moins lointain une révolution violente .
Le public sera toujours en Allemagne contre ceux qui veulent troubler l'ordre. (Voir Le Temps, 17 mars 1912.)
Telle est l'exacte vérité. S'il est certain que, dans un avenir plus ou moins prochain, l'empire allemand, lui aussi, subira l'effet de l'évolution universelle des idées, s'il est certain qu'alors les privilèges de la noblesse, et peut-être même la forme impériale, disparaîtront, ce moment n'est pas encore venu.
Actuellement, en considérant l'avenir immédiat, — le seul dont nous ayons à nous préoccuper ici, — nous devons admettre que les diverses " fissures » de l'Allemagne ne compromettent pas l'édifice impérial fondé sur la puissance militaire.
La répression outre-Rhin est à la fois immédiate et efficace. L'étouffement de la grève des mineurs de mars 1912 vient de le prouver sans contestation possible. Si le gouvernement de Berlin n'hésite pas devant l'emploi de la force en pleine paix, que serait-ce donc en temps de guerre?
II. — LA u DOMINANTE » DE LA SITUATION ACTUELLE DE l'aLLEMAGNE
Ce n'est pas dans le progrès du socialisme ou du pacifisme outre-Rhin qu'il faut chercher la i dominante » de l'Allemagne actuelle. Cette u dominante » , elle paraît bien
LES SOLUTIOXS 413
plutôt résider dans les désirs d'expansion qui correspondent aux volontés et aux besoins du peuple allemand. Cette expansion semble devoir être à la fois économique et territoriale.
T . . „ Avec sa population surabondante,
L expansion ^ r
1 Allemaane se sent a 1 étroit dans économique. n ..
ses frontières. En dépit de sa production agricole intensive, son sol ne peut la nourrir. Elle dépend de l'étranger pour les produits essentiels à la \ie dans une proportion énorme. Chaque année, il lui faut faire venir d'au delà de ses frontières pour deux milliards de francs environ de produits qui se consomment par le seul usage qu'on en fait (grains, bestiaux, bois de construction, etc.).
Pour que la balance commerciale lui reste favorable, l'.Allemagne a développé ses exportations dans des proportions considérables. Au prix d'un travail énergique auquel on doit rendre hommage, elle s'est constitué un incomparable outillage économique. En canaux, en ports, en chemins de fer, en usines, en fabriques, en machines, elle a immobilisé d'énormes capitaux qui jusqu'ici ont absorbé la majeure partie de ses gains, ce qui explique que r.^llemagne n'a pas les disponibilités d'argent facilement mobilisables qui au premier abord sembleraient devoir correspondre à son activité économique. Mais tout indique que cette période va cesser.
Une étude impartiale permet de constater que, lors de la crise franco-allemande de 1911, l'Allemagne n'a pas été aussi ébranlée financièrement qu'on l'a pensé en France. Par exemple, les retraits des caisses d'épargne n'ont été que de 70 millions de marks seulement pendant le mois de septembre, au moment maximum de la tension diplomatique entre Paris et Berlin. C'est là à la fois un symptôme de confiance et de richesse.
414 LA CRISE FRAXÇAISK
Aussi, la plupart de ceux qui suivent avec uu esprit averti révolution économique de l'Allemagne estiment que maintenant que son outillage est créé, maintenant que nos voisins ne vont plus avoir à incorporer sous forme d'usines et de machines une partie notable de leurs bénéfices nets, ils vont pouvoir entrer dans une nouvelle phase de leur extension extérieure, en exportant leurs capitaux devenus disponibles et en faisant de nombreuses affaires allemandes à l'étranger avec leur propre argent.
Les prodromes de cette forme d'expansion allemande sont déjà visibles. Les Allemands, comme on sait, se préparent à participer largement aux entreprises marocaines, en terre politiquement française, de même que dans la France continentale, ils commencent h s'emparer de nombreuses industries. (Voir page 8.)
, ^ . Cette expansion économique sem-
L'extension • . j ii- j n
.^ . , Die devoir être doublée de nouvelles
extensions territoriales que les pangermanistes, avec leur intempérance de langage habituelle, nous annoncent déjà. Le général von Liebert, un des membres les plus en vue du comité de la Sociélé coloniale allemande préconise dans la PosI l'établissement d'un vaste empire colonial au centre de l'Afrique.
Le nonvean progranniic est le suivant : le centre de l'Afrique allemand. Et il fant l'approuver pour les raisons que voici. D'abord nous n'avons plus rien autre chose à prendre dans aucun coin du monde. Ensuite il faut réunir nos territoires de l'Est à ceux de l'Ouest. Enfin, il faut profiter du fait que nous pouvons mettre à exécution nos prétentions sur les colonies portugaises. (Voir Le Temps, 7 janvier 1911.)
Le président de V Association pan germaniste, l'avocat Claas, indique dans un autre article de la Post sous
quelle forme l'effort colonial de l'Allemagne doit désormais se manifester.
l' Tout d'abord, nons devons veiller à ce qne la France tienne les engagements qn'elle a pris an Maroc envers l'Allemagne;
2" Nous devons apporter un grand soin à ce que la représentation politique au Maroc soit ce qu'elle doit être;
3» Xous devons profiter de toutes les ilacilités que nous offre le Maroc ;
4* Xous devons songer à agrandir notre domaine colonial et exhorter le gonvernement à acquérir le pins tôt possible la Guinée espagnole et les colonies portugaises. (Voir Le Temps, 26 janvier 1912.)
Que. veut l'AllenuKjnc? se demande dans les Prcusskche Jahrhûchcr le professeur Delbrûck, professeur distingué, éditeur de la meilleure revue politique de Prusse.
Le Morning Posl, du 12 mars 1912, a fait ce résumé des désirs du professeur allemand :
Il y aurait deux solutions. Par l'une, l'Allemagne pourrait prendre l'Etat du Congo, les colonies portugaises de l'Est et de Zanzibar, en y ajoutant les territoires français qui subsistent encore entre le Cameroun et l'embouchure du Congo.
Car le récent arrangement avec la France, dit M. Delhrùck n'est que temporaire : il ne satisfait pas l'opinion allemande, parce que l'Allemaqne n'i/ gagne qu'un morceau du territoire français. Mais c'est là au fond, estime le professeur allemand , un avantage, parce que cela crée une nécessité d'acquérir tout le reste.
Mais l'Angleterre accepterait-elle cet empire colonial allemand d'un Océan à l'antre? M. Delbriick estime qne l'Angleterre, intimidée cet été (et c'est le sens qu'il donne à la visite de lord Haldane qui serait venu faire des excuses à Berlin), est désormais résignée à laisser à l'Allemagne sa place au soleil. Mais en tout cas, il y aurait un autre plan : l'Angleterre céderait la Gambie, Sierra Leone, la Côte d'Or, toute la Nigeria, territoires dont l'Allemagne rétrocéderait certains à la France en
prenant l'État du Congo. Ainsi, estime M. Delbriick, l'empire allemand serait groupé sur la côte ouest d'Afrique, des Achantis à la colonie du Cap.
De tout cela les lecteurs allemands de M. Delbriick, nous le craignons, retiendront surtout son regret u qu'on ne puisse tout prendre d'un coup » , et que l'arrangement avec la France oblige l'Allemagne à prendre aussitôt que possible le reste du Congo. Ils concluront que plus tôt ils pourront persuader à l'Angleterre de leur donner quelques-unes de ses colonies, plus tôt ils pourront réclamer le reste.
C'est, en somme, exactement le même programme d'expansion politique qu'exposait de son côté, dès le 19 septembre 1911, l'organe officieux de l'ambassade d'Allemagne à Constantinople : VOsmanischer Lloyd :
Quand nos possessions africaines auront traversé le centre de l'Afrique, d'après le désir de nos hommes d'Etat, la France devra se désister de bien des morceaux de ses possessions équatoriales ainsi que de l'achat du Congo helqe.
Les tendances du gouvernement allemand correspondent très nettement à ces convoitises. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la carte du Congo franco-allemand telle qu'elle résulte du traité du 4 novembre 1911. Les deux tentacules allemandes sont symboliques. Il est impossible de douter qu'en acceptant de pareilles dispositions géographiques, l'x^llemagne officielle n'ait pas le plan préconçu de s'emparer de toute l'Afrique équatoriale pour couper finalement en deux le continent noir à nos dépens, à ceux de la Belgique et de l'Angleterre.
L'expansion territoriale allemande ne doit pas être d'ailleurs limitée à l'Afrique, le professeur Delbriick nous en avertit :
L'Allemagne a une grande mission. Partout où il y aura encore dans le monde des modifications de frontières, nous
devrons faire exactonicnt ce que nons avons fait au Maroc : déclarer que nous voulons des compensations et faire valoir nos prétentions. Le monde devra s'en accommoder. Il n'y a pas besoin pour cela d'en arriver à la guerre : nous pouvons parfaitement en pleine paix étaler tant de force que la pression en suffise à impressionner nos rivaux et à les faire céder. (Cité par le Moniintj Post, 12 mars 1912 )
Il est difficile de faire un exposé plus positif de la politique du poiug cuirassé.
Or, l'extension allemande en Afrique équatoriale ne peut se faire sans provoquer une foule de difficultés en Europe avec r.lngleterre et la France, de même que l'application du traité du 4 novembre, relatif au Congo- Maroc, ne peut qu • donner lieu à de menaçants conflits.
En présence des dispositions qui régnent outre-Rhin, il est donc d'une prudence élémentaire de prévoir une crise nouvelle d'expansion allemande et de nous attendre à ce qu'elle soit tentée à nos dépens.