RAPPORTS AVEC LA FRANCE
On nous dit souvent : mais l'Allemagne ne voudrait avoir que de bons rapports avec la France.
Comment outre-Rhin comprend-on ces rapports?
Si on se base sur les opinions exprimées et les tendances allemandes, on se convaincra aisément que l'Allemagne n'entend nullement traiter avec nous à égalité, mais n'accepte de nous laisser une tranquillité relative que si nous lui cédons ce qu'elle désire ou si elle espère nous utiliser contre ses adversaires éventuels, à la condition, en un mot, que la France admette d'être devant l'-Allemagne dans un état de quasi vassalité.
Certains Français se rassurent sur
*^ . , „ les intentions de rAllemajrne en fai-
de Guillaume II. , ,. . j .• . n
sant état des sentiments pacifiques
de Guillaume II. Un de ses amis personnels anglais, lord
Lonsdale, cette année, même affirmait :
Il a la plus grande horreur pour l'idée de la guerre et ferait tout plutôt que d'en provoquer une, et derrière son apparence militaire, le souverain allemand cache un des cœurs les plus aimables qui ait jamais battu dans une poitrine humaine.
L'idée d'une guerre qui pourrait enlever des milliers d'hommes à ceux qui les aiment, lui inspire la plus vive répugnance et son vœu le plus fervent serait qu'il n'y ait jamais de conflit par lequel une seule personne pût être blessée ou tuée. (Voir L'Écho de Paris, 7 janvier 1912.)
En ce qui concerne la France particulièrement, l'empereur allemand ne serait animé que des meilleures intentions. Comment Guillaume II n'aimerait-il pas la France? Il connaît si bien les potins de Paris ! Il parle si purement notre langue! N'est-ce pas lui qui fit à Mlle Provost, le 19 mars 1912, un éloge si enthousiaste du Palais des Papes en Avignon et du soleil de Provence!
N'a-t-il pas remis à l'ex-pensionnaire de la Comédie- Française, qui joua devant le kaiser Un Caprice, un fin bracelet d'or orné du chiffre W. II en saphir, brillants et rubis, — les trois couleurs françaises. Et comme Mlle Provost demandait à l'empereur :
— Pourquoi, si vous nous aimez tant, voulez-vous toujours nous faire la guerre?
— Moi, mais pas du tout, répondit Guillaume II. Demandez à votre ambassadeur, M Gambon, pour qui j'ai la plus profonde estime. Dans la lutte d'intérêts de nos deux peuples, nous n'avons — très sincèrement — jamais songé qu'à la paix. (Voir Le Temps, 23 mars 1912.)
LES SOLUTIONS 4i»>
La réponse à l'interprète de Un Caprice devant l'empereur allemand fut plus complète lorsque, quarante-huit heures plus tard, parut à Berlin le projet d'accroissement de 29 000 hommes de l'armée allemande. Il faut être singulièrement superficiel pour considérer comme une garantie les sentiments pacifistes de Guillaume IL Que l'empereur allemand ne désire pas la guerre, c'est certain, mais si nous tirons l'enseignement vrai de l'affaire marocaine, nous constaterons que c'est à la condition qu'on lui donne ce qu'il désire, selon la bonne formule prussienne. La cession de 275 000 kilomètres carrés au Congo et surtout la menace de l'intervention anglaise contenue dans le discours de Lloyd George ont grandement fortifié le pacifisme de Guillaume II à co moment. En réalité, l'empereur allemand tire fort judicieusement parti de toutes les circonstances, il ne cesse pas d'engager ses sujets à tenir leur poudre sèche, leur épée aiguisée et tous les armements de l'empire allemand sur terre et sur mer se font à son instigation.
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La valeur relative .. , , .*^, ^ ,,
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garantie de règne pacinque. Le roi
de Prusse, Guillaume I", n'était pas personnellement
belliqueux. Cependant, il a fait la guerre au Danemark, à
1 Autriche et à la France. Son ministre Bismarck a su l'y
contraindre même contre ses préférences personnelles.
Quant à \icolas II, l'initiateur de la conférence de la
Haye, il ne voulait certainement pas la guerre avec le
Japon. Il a cependant dû la subir en raison des
manœuvres de son entourage. Guillaume II, en supposant
ses assurances sur la paix absolument sincères, sera, lui
aussi, entraîné par les événements et l'ambiance des
folontés allemandes lorsque sonnera l'heure de la guerre.
4Î0 LA CRISK FRA:VÇAISE
Il Y a des Allemands qui, comme Les Allemands , •" • x i r.
leur empereur, aiment la France, qui aiment • . - ii • . i
mais c est parce qn ils voient la
population française diminuer et la France, terre magni6(jue à leur portée, devenir pénétrable. C'est ce qui explique leur ruée chez nous dans les entreprises industrielles. L'abondance de nos capitaux leur paraît aussi enviable. C'est pourquoi beaucoup d'Allemands nous donnent, en somme, à entendre : " Arrangeons-nous dans le domaine économique. Nous sommes des travailleurs, vous manquez d'initiative, mais vous avez beaucoup d'argent. Laissez-nous le faire fructifier et vous recevrez un bon intérêt sans autre souci. Moyennant quoi nous vous laisserons la paix. j< Mais il s'agit d'une paix relative, car ces Allemands qui pensent ainsi rêvent, en outre, d'utiliser contre la (Grande-Bretagne les forces de la France.
Ce serait l'idéal d'une politique allemande, dit un autour pangernianiste, si elle pouvait parvenir à une alliance avec la France et la Russie pour une ofTensive déterminée c'est-à-dire pour nne guerre contre l'Angleterre.
En présence des symptômes très nets de réveil français qui se manifestent chez nous, les Allemands sont perplexes.
Les Hamburger Nachrichten (27 juin 1911) posaient la question : Quelle doit être l'attitude des Allemands en présence d'un changement de régime éventuel en France? Pour l'ancien organe de Bismarck :
Il est clair que les Allemands doivent, d'une part, souhaiter le maintien de la République. Tant qu'elle subsistera, il sera moins facile à la France de trouver contre l'Allemagne des alliés siîrs et forts auprès des grandes puissances monarchiques de l'Europe. L'alliance russe n'est pas une preuve là contre;
LES SOLUTIONS klÈH
ce n'est qnc contrainte et forcée que la Russie a contracté avec la France cette liaison antinaturelle et elle ne l'a fait certainement qu'avec la réserve mentale de n'aider la République à aucune tentative contre la monarchique Allemagne.
Mais, d'autre part, l'Allemagne, adversaire du radicalisme démocratique et de l'obscrcancc socialiste, devrait souhaiter voir disparaître de France le pouvoir républicain et rétablir un gouvernement monarchique. Il est vrai qu'elle courrait alors un autre risque, celui de voir une monarchie catholique française se servir contre elle de l' Autriche-Hongrie.
L'Allemagne est donc, au regard de la situation en France, tout à la fois comme Jean qui pleure et Jean qui rit. Mais, en tout cas, elle fera bien de se préparer à toutes les éventualités possibles en France.
En résumé, les .Allemands nous aiment dans la mesure où ils ne nous trouvent pas gênants. A aucun moment, ils ne songent à nous traiter en égaux. Dans l'hypothèse d'une guerre entre l'Allemagne et l'Angleterre, la théorie de la France ^<- otage i a déjà été faite. La Gazelle de Cologne la formule ainsi :
En cas de guerre, la France ne serait qu'une chose secondaire, un vassal condamné à payer un tribut ou encore un condamné à une vassalité perpétuelle. (Cité par Le Matin, 12 novembre 1911.)
Ces récentes opinions qu'on constate outre-Rhin s'expliquent aisément. Comment les Allemands, avec leur sens profond de la discipline et leur admiration de la force, auraient-ils une considération sérieuse pour une République qui agit à l'encontre de ses principes, pour un gouvernement qui a laissé le champ libre à l'antimilitarisme, à l'anarchie, pour un pays dont la population reste stationnaire et qui se laisse ronger sans réagir par l'alcoolisme?
ilto LA CRISE FRANÇAISE
Ne nous payons pas d'illusions, pour eux, la France apparaît comme une proie ou une vassale.
Il y a près de vingt ans déjà, le Dr Rommel, dans son livre Au pays de la Revanche^ écrivait :
Le terrain compris entre les Vosges et les Pyrénées n'est pas précisément fait pour que les 38 millions de Français y végètent sans s'accroître, alors que 100 millions d'Allemands y pourraient parfaitement vivre et y prospérer selon la loi divine...
La politique de race est impitoyable. Le moment approche où les cinq fds de la famille allemande, alléchés par les ressources et la fertilité de la France, viendront facilement à bout du fils unique de la famille française. Quand une nation grossissante en coudoie une plus clairsemée, qui, par suite, forme un centre de dépression, il se forme un courant d'air, vulgairement appelé invasion, phénomène pendant lequel la loi et la morale sont mises provisoirement de côté.