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Leur état A la fin de 1911, l'armée alle-
à la fin de 1911. mande comprenait :
Soldats et caporaux 515 321 hommes.
Volontaires d'un an 13 500 —
Soldats ouvriers 5 000 —
Sous-officiers 87 500 —
Officiers environ 25 500 —
Le total de l'effectif était donc
sur le pied de paix de 646 821 hommes.
(Voir L'Écho de Paris. 20 décembre 1911 )
D'après La Gazette de l'Allemagne du Nord de décembre 1911, les dépenses en 1912 pour l'armée de terre étaient fixées à 988 millions de francs, soit 54 millions de plus qu'en 1911.
Les dépenses de la marine comportaient :
221 millions de dépenses permanentes;
245 millions de dépenses une fois faites ;
»80 LA CRISE FRAMÇAISE
103 millions de dépenses extraordinaires, soit un total de 569 millions, sensiblement équivalent aux chiffres de
Le budget global de l'armée et delà marine devait donc représenter en 1912, 1 557 millions de francs.
A ces chiffres, on devait ajouter une somme de 20 millions prévue pour la construction de fortifications. Mais déjà, on annonçait qu'une nouvelle loi navale et une nouvelle loi militaire viendraient grossir ces chiffres. (Voir Le Temps, 21 décembre 1911.)
, La campagne des pangermanistes
Les nouveaux , ^ " «.r ,
ne tarda pas, en ettet, a porter ses armements ^ ' r
allemands de 1912. , ' ^ ,^,^ , ^
Le 22 mars 1912, La Gazette de
V Allemagne du A^orrf publia les grandes lignes des nouveaux
projets de loi sur l'augmentation de l'armée et de la flotte.
Dans les nouveaux armements, c'est l'armée qui reçoit
la part du lion. La théorie du général von Gersdorff
triomphe. Dans les Berliner Neuesfe Nachrichten, il déclarait :
Nous le répétons sans cesse, c'est sur terre que se décidera la bataille entre l'Allemagne d'une part et la France et l' Angleterre de l'autre. Que nous servirait une victoire navale près de l'ile d'Héligoland si la France nous battait près de Nancy? Une victoire de l'Allemagne, au contraire, à Nancy ne serait pas réparée pour les alliés par une victoire navale à Héligoland. (Voir L'Écho de Paris, 30 janvier 1912.)
Armée
La loi militaire représente dans son ensemble un très important complément de la loi du quinquennat accepté l'an dernier par le Reichstag. On peut dire qu'elle est plus considérable que la loi du quinquennat. Le projet du quinquennat de 1911
prescrivait nn accroissement de 11 000 hommes de troupe. La loi de 1912 en prescrit un de 29 000 hommes. Il faut noter que les sous-officiers ne figurent pas dans ce chiffre. Ces deux lois repr<^sentent dans leur ensemble une augmentation de plus de 40 000 hommes. C'est un cas d'une rapidité presque sans précédent si on songe que ce projet doit être exécuté à la fin de 1916. Voici, en effet, les chiffres d'accroissement prescrits par les lois militaires antérieures :
1880, augmentation de 27 000 hommes répartie sur sept années;
1887, augmentation de 19 000 hommes répartie sur trois années ;
1893, à la suite de la loi militaire française du 15 juillet 1889 et de la conclusion de l'alliance russe, augmentation de 60 000 hommes répartie sur six années ;
1899, augmentation de 20 000 hommes répartie sur six années ;
1905, augmentation de 38 000 hommes répartie sur six années.
La loi actuelle représente donc l'accélération d'armements la plus importante depuis la conclusion de l'alliance franco-russe.
Il convient d'ajouter, pour se rendre compte de ses conséquences, que, pour accroître l'effectif de paix de 40000 hommes, il faudra appeler chaque année sons les drapeaux environ 20000 conscrits de plus.
La réserve et la landwehr se grossissent de cet apport. C'est donc, à s'en tenir aux chiffres de le Morgen Post, une augmentation brute de 200 000 hommes.
Comment seront réparties ces troupes nouvelles? Deux corps d'armée seront créés : l'un à la frontière russe, probablement à Allenstein, l'autre à la frontière française, vraisemblablement à Trêves. (Voir Le Temps, 24 mars 1912.)
Dès à présent, on peut résumer ainsi les créations nouvelles et les effets du projet :
Une nouvelle inspection d'armée à cause de la création des deux corps nouveaux :
Un état-major ponr chacnn des nouveaux corps d'armée ;
Un état-major ponr chacune des deux nouvelles divisions ;
Dix-sept bataillons d'infanterie ;
Environ cent compagnies de mitrailleuses;
Un régiment de cavalerie ;
Deux brigades d'artillerie, soit quatre régiments, huit sections, vingt-quatre batteries ;
Trois bataillons de pionniers ;
Deux bataillons du train ;
Une troupe d'aviateurs ;
Une augmentation des tronpes de communication ;
Une augmentation du budget de l'infanterie et de l'artillerie de campagne ainsi qu'un accroissement de la cavalerie bavaroise ;
Augmentation dn nombre des officiers, principalement des capitaines et des officiers supérieurs;
Achèvement pour le premier octobre 1912 des formations décidées par la loi de 1911 ponr l'année 1916;
Élévation de la solde des soldats. (V'oir Le Temps, 24 mars 1912.)
Marine
Le projet de loi sur la flotte est sensiblement moins important que la loi militaire. Si on le compare au plan primitif, on remarque qu'il a été réduit, peut-être à la suite de la visite de lord Haldane à Berlin. Cependant, ce projet indique aussi d'assez considérables accroissements :
Constitution d'une troisième escadre en y faisant entrer le matériel de réserve et en construisant trois nouveaux dreadnoughts et deux petits croiseurs. L'nn de ces drcadnoughts devra être commencé en 1913; un autre en 1916. La date de construction du troisième n'est pas fixée.
Augmentation du personnel, qui sera jusqu'en 1920 d'environ 1 500 hommes et 75 officiers par an, ce qui ferait en huit années environ 12 600 hommes et officiers;
Accroissement du nombre des sous-marins. (Voir Z,c Temps, 24 mars 1912.) Le nombre actuel de 16 doit élre considérablement augmenté.
En 1920, l'Allemagne disposera de 61 vaisseaux de premier ordre dont 24 cuirassés appartenant à la flotte active.
Aéroslafion et aviation
Elles ont déjà reçu un développement considérable.
En ce qui concerne les dirigeables, les Allemands ont sur nous une supériorité marquée. La flotte aérienne allemande comprend 26 croiseurs de l'air; la France en possède 10 seulement.
On est obligé de reconnaître, constatait Le Temps (6 janvier 1912), la clairvoyance et la persévérance du gonverncmcnt allemand qui, loin de se décourager par les accidents sans nombre arrivés à ses dirigeables, se trouve aujourd'hui à la tête d'une flotte aérienne de 26 unités.
Tons les autres pajs réunis pourraient difficilement mettre en ligne un nombre d'unités aussi important.
La supériorité des dirigeables allemands sur les nôtres tient non seulement à leur nombre, mais à leur puissance ascensionnelle qui leur permet d'emporter des quantités d'explosifs considérables et surtout à leur vitesse dont l'importance est capitale dans la lutte contre le vent. Sur les points les plu.s importants de l'empire, d'immenses hangars sont préparés pour abriter les navires de l'air. On aménage actuellement dix halls pour recevoir les dirigeables dont six peuvent accueillir deux croiseurs aériens. Trois de ces halls doubles sont situés à Cologne, Metz et Kœnigsberg. {Voir L'Écho de Paris, 24 mars 1912.)
En matière d'aviation, nos voisins font les plus grands eflorts pour rattraper l'avance que nous avons sur eux.
De nouvelles stations d'aviation militaire allemande s'ouvrent sur divers points. Les officiers détachés comme aviateurs jouissent des mêmes avantages que s'ils faisaient partie de corps expéditionnaires.
En même temps, en vue de soulever davantage l'enthousiasme populaire, les journaux invitent la population à souscrire pour le développement de l'aéronautique et de l'aviation. Le prince Henri de Prusse s'est mis à la tête du mouvement et lui a donné une vigoureuse impulsion.
Les futurs effectifs ^"^"^ '^ °«"^^^" P'^j^* ^"^.^. ^*^
, . voté par le Reichstag, l'effectif de
. . paix de l'armée allemande se répar-
et de guerre. . , , ^
tira a peu près ainsi :
Soldats et caporaux 544 000 hommes.
Sous-officiers 91 000 —
Volontaires d'un an 14 000 —
Ouvriers militaires 2 500 —
Soit an total 651 500 hommes.
A ces 650 000 soldats de l'armée de terre s'ajouteront : 61 000 marins
soit 711 000 hommes, ce qui avec :
29 000 officiers environ représentera :
un nombre de 740 000 Allemands présents sous les drapeaux. (Voir Le Temps, 25 mars 1912.)
D'après le général de Falkenhausen, l'Allemagne peut mobiliser :
Armée active ... 20 à 22 ans 600 000 hommes.
Réserve 22 à 26 ans 1 100 000 —
Landwehr 27 à 37 ans 2 200 000 —
Ersatz-réserve . . 20 à 31 ans 1 300 000 —
5 200 000 hommes.
(Voir Le Malin, 12 février 1912) auxquels il convient d'ajouter près de 200 000 hommes qui résulteront de l'application des lois militaires de 1912.
L'Allemagne pourra donc mettre sous les armes en chiffres ronds 5 millions et demi de soldats.
^ Contrairement à ce qu'on pour-
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outre-Rhin ., \ ^ .^. ... ''
d armements ont ete accueillis par on accepte , „ , x x i
, la presse allemande, a part les or-
les nouveaux ^ ... ^ ^. -
flânes socialistes, avec une satistacarmements. " , , -fi
tion a peu près unanime. Le seul
reproche qu'on leur fait est d'être insuffisants.
Xotre armée, conclut le Berliner Lokal Anzeiger, se trouvera à la hauteur de sa tâche; après cette augmentation, elle pourra accepter une guerre sur plusieurs fronts, à conditioti, bien entendu, que le Beichstag n'introduise pas de mesquines réductions dans ce projet sur l'augmentation de l'armée.
En ce qui concerne la flotte, i: c'est un plan magnifique réalisé avec des moyens relativement restreints. Mais le défaut de ce plan, c'est de s'étendre jusqu'à l'année 1918- Les derniers cuirassés seront lancés en 1920. D'ici là, le vent peut soujjler sur la mer du Xord et les Anglais ne s'endormiront pas « . (Cité par L'Écho de Paris, 23 mars 1912.)
Pour La Gazette de la Croix :
Il nous semble que la situation politique exigeait un plus grand effort. En tout cas, si le Reichstag apportait des réductions, il commettrait une faute impardonnable. {Cité pas L' Echo de Paris, 24 mars 1912.)
La nouvelle loi sur l'armée est évidemment très réjouissante et très complète, dit le général Litzmann, puisqu'elle répond, sur presque tous les points, à des besoins de l'armée; cependant. Si l'on est d'avis que la situation politique exige, en ce
436 LA CRISK FRANÇAISE
moment, de l'Allemagne un cjfort désespère, cette loi nouvelle n'est pas encore suffisante. (XohL'Echo de Paris, 24 mars 1912.)
. .X! X- I^<i frontière franco - allemande
La signification , , . , -, , ,
étant relativement peu étendue et
des nouveaux ,, rr • • j ici
, , , . I oliensive jrermanique devant lata-
cnemms de fer , , " , , , -, •
. lement se heurter sur notre territoire
à de très sérieux obstacles, le flot de
l'invasion teutonne ne pourra pas sur cette seule ligne se
déployer avec toute son ampleur. Afin de donner plus de
puissance à leur attaque, les Allemands ont décidé
d'aborder la France également par sa frontière avec la
Belgique. La neutralité de ce pays n'arrête pas un instant
les stratèges du grand état-major allemand. Aussi a-t-il
décidé la construction de voies ferrées qui aboutissent à la
frontière germano-belge. Le travail qui s'est accompli
dans cette région depuis 1904 est prodigieux. Les quais
militaires sont déjà construits et la concentration des
corps d'armée allemands se fera dans cette contrée avec
la plus grande facilité.
, , .. , . . , , Quel est l'état vrai de l'armée
L état gênerai de ,, , . , ,
-, . „ , allemande au point de vue de sa
larmee allemande. , „ , , i « • . i
valeur.' Le colonel Repington, collaborateur militaire du Times, a fait une très vive critique des manœuvres militaires impériales de 1911. Il a conclu que « l'armée allemande a désormais cessé d'être le modèle militaire supérieur qu'elle fut pendant quarante ans » . (Voir Le Temps, 22 novembre I9I1 .) Sur des points précis, il fait, en outre, de nombreuses critiques. Cependant, à certains égards, elles semblent exagérées, notamment lorsque le colonel Repington affirme que la cavalerie allemande commet des erreurs dont la yeomanry anglaise serait honteuse. La sévérité extrême de cette appréciation
LES SOLUTIOX'S 437
porte préjudice aux autres qui cependant doivent contenir une large part de vérité.
Après la longue période de paix par laquelle nous venons de passer, il n'est pas surprenant que l'armée allemande n'ait plus les mêmes qualités qu'au lendemain de 1870. Relativement peu de ses chefs actuels ont fait la guerre. .Mais il en est de même de la plupart des armées européennes. Il est donc fort possible que la réalité de l'armée allemande ne soit pas à la hauteur de son prestige ancien, mais, malgré tout, nous ne devons pas en France tabler sur des lacunes discutables dont seule l'expérience sanglante du champ de bataille permettra d'apprécier la véritable importance. Si nous ne voulons pas nous tromper, une fois de plus, en mésestimant notre adversaire, nous devons considérer l'armée allemande comme le plus grand organisme militaire du monde, jouissant du grand étatmajor le mieux organisé, le moins gangrené par la politique et par conséquent parfaitement capable d'exercer sur la direction de la guerre une influence pouvant être décisive.
Si l'on tient compte de ces divers faits et considérations, on admettra que la situation se tend de plus en plus entre la France et l'Allemagne. Il faut être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas comprendre que le traité du 4 novembre 1911 avec l'Allemagne constitue une véritable mine de conflits. (Voir p. 356.) Ils s'annoncent déjà. Cette information donne une idée de la façon dont à Berlin on interprète le nouveau traité.
Le service radiotélégraphique de la côte ne suffisant plus aux besoins du commerce, le gouvernement allemand, ému par les difficultés éprouvées par ses ressortissants, fit, par l'entremise du secrétariat des télégraphes allemands, exprimer ses vives doléances à l'administration des télégraphes chérifiens, demandant qu'il fût remédié à cette situation.
Les télégraphistes chérifiens répondirent qn'ils avaient déjà pris des mesures pour l'inslallation du télégraphe avee un fil devant relier Casablanca à Tanger, et que l'avance des travaux permettrait de penser que les communications seraient établies vers le 15 avril
A la suite de cette communication, le secrétariat des postes allemandes avait fait remercier l'administration des télégraphes chérifiens
L'arrêt par les Espagnols des travaux du télégraphe avec fil aggravera singulièrement la situation.
D'autre part l'accnnmlation des télégranunes commerciaux et privés dans les ports de la côte sera une cause de nouveaux retards dans les transmissions.
En présence de ces faits, M. Biarnaij, directeur des télégraphes chérijicns, dut déclarer officieusement à la légation allemande que, loin de pouvoir donner satisfaction aux exigences du commerce allemand, à partir du 15 avril il se trouvait dans la nécessité de restreindre encore les communications radiotélégraphiques entre la côte marocaine et l'Europe.
Etant donnée l'importance qu'attache le gouvernement allemand aux communications , il convient de prévoir les difficultés avec la chancellerie allemande. (Voir L'Echo de Paris, 13 mars 1912.)
Or, à la suite de divers laits analogues, l'avocat Claas, président du comité de l'association pangermaniste, a déclaré :
Tous les jours les Français donnent quelques coups de canif dans le traité. Nous persistons à considérer le Maioc comme le pays qui deviendra dans un avenir, espérons-le prochain, la colonie de peuplement de l'.IHemagne. Nfous avons la conviction que le ti-avail de l'été dernier ne sera pas pei'du ! (Voir Le Temps, 17 avril 1912.)
Voilà qui promet.
Or, les nouveaux armements outre-Rhin ont pour objet manifeste d'appuyer les pressions sur ses rivaux auxquelles
se prépare le gouvernement de Berlin, conformément à la formule du professeur Delbrùck. (Voir p. 416.)
L Humanité, les 21 décembre 1910 et le 18 février 1911, constatait l'énormité des dépenses militaires de l'Allemagne et leur progression effrayante. Maintenant, le journal de Jaurès parle relativement fort peu des nouveaux armements. L'Humanité voudrait-elle cacher à ses lecteurs l'importance de faits qui sont un démenti formel à ses théories? C'est là une attitude étrange, car si les socialistes français étaient vraiment conséquents avec eux-mêmes, ils comprendraient que, même en se plaçant à leur seul jmnl de vue, pendant quelques années encore, la France doit rester en condition de vaincre, car, enSn, il est clair que la défaite de la France impliquerait une prolongation du pouvoir de la féodalité et du militarisme à la prussienne en Europe centrale et sa restauration, au moins partielle, en France, comme conséquence de sa vassalité à l'égard de l'Allemagne; au contraire, si la France est victorieuse, l'empire allemand s'effondrera et les principes démocratiques pourront librement évoluer en Germanie.
Donc, si nos socialistes étaient vraiment des réalistes, s'ils avaient une réelle hauteur de vues, même sans rien abandonner de leurs théories, ils comprendraient la nécessité, pour eux, à la fois tactique et pratique de faire jusqu'à la prochaioe guerre un bail de paix sincère avec le militarisme français.
Nous conclurons donc :
La connaissance réaliste de la sitiiation internationale fait ith devoir impérieux à tous les Français de s' unir pour résister aux prochaines pressions allemandes. Aucun procédé d'ailleurs n'est plus propre à reculer la redoutable éventualité de la guerre .
Après le traité du 4 novembre 1911, il ne nous reste plus une faute à commettre; aussi, dans la période présente, la politique extérieure doit-elle absolument dominer la politique intérieure.