L.^ V.^LEUR DU PACIFISME
La seule base de jugement solide que nous puissions trouver réside dans les leçons de l'histoire et des faits
contemporains. Leurs enseignements sont des plus nets.
Depuis des milliers d'années, la
Ce que nous ,, , . . , ,
, . ^ ,,i,- X • Huerre est 1 uttwia ratio des grandes
démontre l'histoure. . ,. , , .
rivalités humaines. Jamais encore
les protestations pacifiques des chefs de peuples n'ont empêché les conflits des nations. Quelques mois avant la guerre de 1870, Napoléon III et le roi de Prusse échangeaient des protestations d'amitié, parlaient de désarmement et d'alliance. Bismarck, qui, silencieusement et avec méthode, préparait le choc sanglant, s'inspirait évidemment de ce conseil de Machiavel : -< Si l'on vise un ennemi puissant que l'on se propose d'attaquer un jour, il est sage d'user avec lui en attendant de bons procédés et de détourner son attention. »
, . ^ Les faits contemporains nous
L enseignement ^ / ,
, . . prouvent que rien n est change. La
paix est tellement difficile à faire contemporains. ' , , i i ,
régner entre les hommes que les
pacifistes eux-mêmes n'arrivent pas toujours à s'entendre calmement. Dans les derniers jours de 191 1, a eu lieu à New-York un banquet de la Paix qui a donné lieu à tant d'antagonismes que « le comité avait réquisitionné une force respectable d'agents de police en habit noir, qui ont fourni une garde au président Taft » . (Voir Le Temps, 1" janvier 1912.) Grâce à cet appel à la force, les partisans de l'arbitrage et de la paix entre nations ont pu dîner sans altercations.
Les négociations franco-allemandes à propos du Congo- Maroc n'ont mis en relief que le triomphe de la force. Ce fut une monumentale erreur des négociateurs français d'avoir voulu porter la question sur le terrain du droit. L'Allemagne n'avait pas plus le droit d'intervenir au
Maroc que la Hollande qui, au même titre qu'elle, est signataire de l'acte d'Algésiras.
Si l'on veut ne pas se payer de mots, c'est sous la menace latente de la guerre que l'Allemagne nous a proposé de négocier et c'est exactement dans la mesure où nous-mêmes et l'Angleterre avons été prêts à supporter la guerre, c'est-à-dire <à opposer la force à la force, que nous avons limité l'étendue de nos concessions au gouvernement de Berlin.
La guerre italo-turque constitue un autre exemple saisissant qui ne permet pas d'épiloguer; il établit la faillite de l'arbitrage pour solutionner les grands conflits internationaux. En somme, l'Italie a dit à la Turquie : « J'ai besoin d'un morceau de votre territoire : la Tripolitaine. Si voulez me le céder, nous resterons bons amis, mais si vous ne voulez pas, vous aurez la guerre. " Et il en fut ainsi.
Même M. Frédéric Passy a dû reconnaître le fait dans une lettre adressée aux pacifistes français réunis dans un banquet de la Paix, le 22 février 1912.
Une grande nation, une nation amie — celle qui, la première, avait donné l'exemple de la plus absolue confiance dans le recours à l'arbitrage et qui, par l'organe de ses représentants, nous faisait dire, il y a deux ans, qu'aucune puissance, grâce à l'opinion que nous avions formée, ne pouvait plus se permettre de déchaîner les hostilités, — a engagé la guerre (je ne dirai pas absolument sans déclaration même), mais sans accorder seulement aux bons offices des puissances amies le temps de se produire et en se refusant par avance à toute négociation.
Et l'Europe, l'Europe officielle, liée par tant de congrès, de traités et de conférences, a paru assister, indifférente, à cette violation de tous les engagements. (Voir Le Temps, 24 février 1912.)
Mais la constatation des faits les plus péremptoires reste sans action sur les idéologues. Singulière ironie, les con-
grès de la Paix constituent même des symptômes médiocrement rassurants! V.Q 1869, AI. Frédéric Passy a présidé le premier congrès de la paix. 1870 et Sedan ont suivi de quelques mois. Quarante-deux ans plus tard, M. Frédéric Passy a encore présidé le congrès de la paix de 1911. Les arguments qui y furent développés ont été exactement les mêmes qu'avant 1870, bien que la situation générale présente soit évidemment plus menaçante que celle qui précéda la guerre franco-allemande, .actuellement, MM. Frédéric Passy, Jaurès et leurs amis parlent comme les Garnier-Pagès, les Jules Favre et les pacifistes d'avant 1870. Lorsque le canon allemand réveilla brutalement ceux-ci de leur rêve cbimérique, ils revinrent tardivement aux réalités, affirmant ne vouloir céder « ni un pouce de territoire, ni une pierre de nos forteresses » . Paroles grandiloquentes, prétentions ridicules puisque déjà les armées allemandes victorieuses foulaient le sol de la patrie !
Les pacifistes d'aujourd'hui sont donc aussi aveugles que ceux de jadis. Ils ne veulent pas voir à nos portes le plus grand empire militaire qu'ait connu l'humanité préparer la fatale échéance par un inlassable effort. Même leur raisonnement pèche par la base.
Ils disent : " Voyez les années passent et maintes fois déjà nous avons évité le conflit avec l'Allemagne. La paix donc continuera. » Mais, tant qu'on ne nous démontrera pas par des motifs certains la possibilité de la paix perpétuelle, un raisonnement mathématique, qui fait sourire au premier abord mais qui à la réflexion apparaît plein de bon sens, établit, en se basant sur l'expérience des siècles, que la guerre pour la France est fatale à cause de l'écoulement du temps. Précisément, par le seul fait que nous nous éloignons de la date de 1870, nous nous rapprochons de celle du prochain conflit sanglant.
Donc aujourd'hui comme hier, qu'on le veuille ou non, la force reste l'argument suprême entre les nations.
La forrp pt ^''^^ "^ soyons pas absolus, re-
l'évolution de connaissons un certain progrès résul-
,,... , tant de révolution de l'idée de jîuerre.
lidée de guerre. ^,, , ^ ,
Bille ne repose plus comme jadis
sur l'attrait du pillage ou sur l'àpre désir d'une vengeance sanglante, mais elle apparaît comme étant encore la seule solution possible qui puisse terminer les grandes convoitises économiques des impérialismes contemporains ou garantir la sécurité et l'honneur des nations. Les grandes guerres deviennent plus rares que jadis, et en ceci consiste le progrès. Si l'on veut faire la part de ce progrès, on dira qu'en ce qui concerne la guerre, l'idéal raisonnable de notre civilisation actuelle consiste, non pas h. nier la force des armes, mais à la posséder pour ne s'en servir que le plus rarement possible et, autant que le permettent les intérêts vitaux des nations, dans les limites du droit.
,., . , , Reconnaissons encore que la con-
L élément moral , , , ^
. , ,. . ception moderne de la nuerre com-
de la notion de ^, ,, , , , , , ..
porte un élément moral dont il ne
fiiut pas méconnaître la valeur :
l'idée de solidarité et de dévouement de l'individu poussé jusqu'à la mort pour la défense de la collectivité sociale à laquelle il appartient, collectivité qui aujourd'hui s'appelle la nation et qui est la famille agrandie.
Peut-on nier que dans cet esprit de sacrifice suprême et librement consenti, réside l'un des plus puissants moyens d'élévation morale des individus?
Nous conclurons donc : le pacifisme qui a tenu tant de place dans les conversations et les discours des dernières
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années n'en tient encore aucune dans les événements. Il ne faut pas désirer la guerre. Elle comporte tant d'horreurs que, pour l'éviter, il faut sincèrement, loyalement et raisonnablement faire tous les sacrifices compatibles avec l'honneur, vuiis, sous peine de décadence définitive, une nation ne doit pas vouloir la paix à tout prix. Nous basant sur Inexpérience du passé et l'enseignement de^ faits contemporains, nous considérerons la guerre comme devant venir à un moment ou un autre. Notre devoir le plus urgent, le plus impérieux est donc de nous préparer à cette éventualité formidable car, cette fois, pour la France, il s'agira d'être ou de ne plus être.
La guerre entre la France et l'Allemagne est possible, probable, presque certaine même. Dans quelles conditions extérieures est-elle susceptible de se produire?
Ceci implique la connaissance de l'état respectif des deux grands groupements politiques : Triplice et Triple- Entente ainsi que de l'efficacité d'intervention armée des puissances qui les composent.