II. l/ÉTAT DE \A TRIPLICK
Nous connaissons déjà les tendances et les moyens d'action de T-Allemagne (voir chapitre xxv). Examinons ceux de lAutriche-Hongrie, son alliée la plus étroite.
-, „. Les intérêts des deux pays ne
L alliance • i
, ,. ^ sont pas cependanLabsolument con-
dynastique entre ,' wi i. . i..,
. X T. ,• cordants. Ils divergent même deia
Vienne et Berlin. , , „ ,, x i . . .
dans les Balkans ou la pénétration
allemande se fait aux dépens de la pénétration austrohongroise, mais la liaison étroite des dynasties des Hab.sbourg et des Hohenzollern forme la solidité de l'alliaoce.
4M LA CRISE FRAMÇAISE
Ce n'est vraisemblablement pas la prochaine arrivée sur le trône de l'archiduc François-Ferdinand qui relâchera ces liens. L'Autriche-Hongrie ne deviendra réellement indépendante de l'Allemagne que quand son évolution sociale intérieure sera suffisamment avancée, ce qui sera peut-être le grand fait politique d'après-demain ou même de demain, mais rien ne nous permet de l'escompter encore aujourd'hui.
- . . Le seul fait qui doive retenir
Les armements de . ^ , ^ n
Il « X • 1. TT • notre attention , c est qu acluelle- 1 Autriche-Hongne . , . , „ . ,
ment en Autriche-Hongrie la question des armements prime toutes les autres. L'effectif de paix de l'armée austro-hongroise, aujourd'hui de 293 000 hommes, va être augmenté de 50 000 hommes, et comprendra par conséquent 343 000 hommes. L'effectif de la marine, se montant aujourd'hui à 13 500 hommes, sera augmenté de 7 000 hommes. (Voir L'Echo de Paris, 3 janvier 191 2.) De puissants cuirassés sont en construction.
Or, tous ces armements sur terre et sur mer sont la conséquence d'un étroit accord entre Vienne et Berlin. L'armée de terre austro-hongroise est destinée <à opérer contre la Russie et les nouveaux dreadnoughts des Habsbourg constitueront l'escadre allemande de la Méditerranée.
,,^ ,. En ce qui concerne l'Italie, les
L'Italie • ., , , ,
incidents provoques par la guerre
de Tripolitaine ont montré l'erreur
manifeste de ceux qui, en France, croyaient possible de
faire abandonner la Triple-Alliance par la monarchie de
Savoie.
On n'a pas suivi d'assez près chez nous la crise de
mégalomanie qui s'est préparée au delà des Alpes dans
les dernières années. Quant aux sentiments actuels de beaucoup d'Italiens sur la France, ils sont assez exactement résumés dans cette lettre adressée, au moment de l'incident du Maiiouha, à M. Maurice de U'aleffe, rédacteur en chef de Paris-Midi.
Mo.VSlKUR,
Les articles comminatoires que vous ('•crivez ces jours-ci dans Paris-Midi auraient nn sens si le gouvernement de la République avait la ferme intention d'exiger, an besoin par la force, la mise en liberté des vingt-neuf prisonniers tnrcs de la Manouba : or, vous savez aussi bien que moi que jamais la France n'obtiendra satisfaction dans la forme exprimée dans vos articles.
S'il y a lieu de relâcher les prétendus infirmiers tnrcs, ce ne sera qu'après constatation de leur identité par les autorités italiennes.
Votre gouvernement, malgré les rodomontades de la presse française, devra se contenter de cette mesure et soyez assuré qu'il s'en contentera.
Vous êtes incapables, tous autres français, d'obtenir autre chose de nou3, non pas que votre nation, prise dans son ensemble, soit moins courageuse qu'une autre, mais parce que votre sîjstème politique basé sur la .ipaix à tout prix '• ne vous le permet pas.
En remettant en liberté les prisonniers turcs après examen, l'Italie aura exercé ses droits souverains, en dépit des protestations de la France, et si, en apparence, la France paraîtra avoir obtenu gain de cause, il n'en sera pas ainsi dans la réalité.
Toute une partie de votre presse fait appel à de ridicules considérations sentimentales pour le règlement de l'incident ; sachez que les affinités de race ne comptent pas quand les intérêts de notre Italie sont en jeu. La France n'est pas pour nous une sœur, mais une proie future. La sottise d'un de vos ministres nous a permis de nous installer aux portes de la Tunisie, et dans un avenir prochain les 1 10 000 Italions qui habitent la Régence seront unis politiquement à leurs compatriotes établis en
Tripolitaine . C'est la loi de la vie, les plus nombreux remplaceront les pins faibles et la moralité internationale ne pèsera pas d'nne once en face des nécessités de l'expansion italienne. Venillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
Carlo PisAXf,
liientenant de réserve dans l'armée italienne {XiÀr Paris-Midi. Cilé^ArV Action française, 26 janvier 1912.)
- . Il est tout à fuit certain, en effet,
Conséquences , ,
j ,,. . 1, .. que l'installation de l'Italie en Tri-
de 1 installation ^
. .,^ .. politainc, surtout après les difficultés
„ . .... du début, ne peut qu'accentuer au
en Tnpolitame. , ,, , 1, ,, . . ,
delà des Alpes 1 acrimonie envers la
France et consolider l'alliance du gouvernement de Rome
avec celui de Berlin.
L'Italie en Tripolitaine, c'est l'Italie visant à un rôle plus
actif encore que par le passé dans la Méditerranée, ce qui est
entièrement conforme aux vues politiques allemandes. Un
article de la Deutsche Tageszeituug les a en partie dévoilées.
II s'agit maintenant de constituer une ligue méditerranéenne qui puisse tenir télé à la dictature anglaise et à ses ambitions sans limites en créant un contrepoids qui soit naturel. Déjà, à Roconiggi et à Potsdam ont été posées les bases préliminaires qui amèneront la séparation de la Russie etdcla Triple-Eutente. (Cité par L'Echo de Paris, 3 mars 1912.)
En Italie même, La Ligue navale, organe de l'association de ce nom est d'avis que « l'Italie est bien loin d'avoir atteint le maximum de puissance maritime nécessaire à sa sécurité, et doit, par une préparation vigilante et assidue, s'elîorcer de réaliser son objectif qui est de posséder la flotte la plus puissante de la Méditerranée. (Voir L'Écho de Paris, 4 février 1912.)
Actuellement, d'ailleurs, s'élaborent à Rome les plans de nouveaux dreadnoughts formidablement armés.
L'installation de l'Italie en Lybie et en Cjrénaïque ne peut que fortifier ces tendances et rendre plus étroits les rapports avec Berlin. Déjà, l'Italie et l'Allemagne sont d'accord, en principe, pour construire, dès que les circonstances le permettront, une grande ligne de chemin de fer destinée à relier la Tripolitaine au Congo allemand. (Voir L'Echo de Paris, 7 janvier 1912.)
Il est évident, enfin, qu'en cas de conflit franco-allemand, l'Allemagne a un moyen très simple de s'assurer la coopération des forces italiennes sur terre et sur mer,. c'est de dire à l'Italie ;
(' Vous êtes maintenant en Tripolitaine, après avoir éprouvé d'énormes difficultés. Indemnisez-vous en prenant la Tunisie. L'aménagement économique du pays a été fait par la France. Vous ferez une riche acquisition. Nous vous donnons carte blanche, mais marchez à fond avec nous. »•
L'opération est déjà psychologiquement préparée.
il y a en Tunisie constata Gaston Chérau, à son retonr de Tripoli, un locataire qni est devenu étrangement turbulent et qui rêve parfois tout haut de nous rendre la maison inhabitable. C'est l'Italien... Tout fortuidable que cela semble, il est vrai que les 80000 Italiens qui sont en Tunisie veulent la Tunisie. (Voir IjC Matin, 30 Janvier 1912.)
La presse italienne d'ailleurs nous avertit :
On ne doit pas se faire d'illusions, dit le Secolo : l'amitié entre la France et l'Italie qni a été rétablie avec peine a faibli, et cela signifie que l'alliance avec l'.lllemagnc s'est renforcée. (Voir L'Echo de Paris, il mars 1912.) ""
Pour toutes ces raisons, il nous faut admettre que le
^gouvernement de Rome demeure ;il)solument solidaire de celui de Rerlin.
Donc, en définitii-e., nom ilrvona cnnxlih'irr qm ht TripUce r/'Stf. une rêalilé posilire, vne comhintiixon politique dispoxanf (le foirex militaires très puissantes et coneentn'es, dont le rôle a été étudié et coordonné à l'arance pour correspondre aux diverses hypot/ièses susceptildes de se présenter.