III. — oi; K\ KST LA THiiM,i:-i:\rK\rK
-, „ j.~. La Triple-Knlciile n'est pas exao-
En quoi elle diffère ' , , , , ' .
, , », . ,. lement comparahle a la Trip ice. I
de la Tnplice. ' , , '
j a huMi un traite précis entre la
France et la lîussii', mais il n'y en a |)as entre la France et i'Anjjleterre. Lu Tripic-Fiilente résnile surtout de la volonté de l'opinion piJiliqm; dominante en France, en Anjjletcrre et en Russie (|ui a co'upris la solidarité des intérêts de ces trois pays devant les |)réteutions de l'Allemajjne à riiéj{émonie. Mais si celle force de l'opinion puhli(|ue est puissante, elle ne nous donne pas une «jarantie absolue en cas de conflit, |)ar(e (jue la Triple-Kntente ne constitue point une association de forces militaires aussi rigide, aussi précise et aussi bien rétjlce que celle de la Triple-Alliance.
Certes, l'Angleterre et la Russie commettraient une faute colossale si elles laissaient écraser la France par rAllemagne, car, au lendemain d'un désastre français, elles se trouveraient impuissantes devant nue Allemagne don! cette fois les exigences seraient sans contrepoids et sans limites. Cette véi'ité est si certaine (jiu' des traités ne sauraient la renforcer. Mais les Ktats sont comme les liommes, ils n'agissent pas toujours conformément à leurs v<''ritables intérêts. Ils se trompent ou ou les trompe. La France a commis la faute insigne de ne pas attaquer la
Prusse en 1866 au moment oublie marchait contre l'Autriche. L'Angleterre et la Russie ont commis la même erreur en laissant l'Allemagne vaincre la France à Sedan. Ces puissances peuvent donc encore se tromper. En outre, pour des raisons qu'on ne saurait ignorer, leur intervention aux côtés (le la France peut manquer d'efficacité. La situation de la Triple-Entente comporte, en effet, divers éléments qu'il faut étudier.
Le rapprochement K raPP|-«^he"ient anglo-russe
anglo-russe. "I"' '.*'** "P^'"^' ^' ^ ^ P^" d'années,
constitue à notre point de vue un
fait favorable. Il n'y a pas bien longtemps cependant les défiances entre l'Angleterre et la Russie paraissaient incurables. Les tendances de l'Allemagne à l'hégémonie ont fait ce miracle de rapprocher les deux gouvernements de Londres et de Saint-Pétersbourg et, jusqu'à présent, ils donnent la mesure de leurs sincères désirs d entente et de conciliation réelle en ne permettant pas à la question persane de les diviser à nouveau.
La visite des parlementaires anglais à Saint-Pétersbourg, en janvier 1912, a montré le bon vouloir de l'opinion britannique. Par l'accueil chaleureux qu'ils ont fait à la délégation britannique, les Russes ont prouvé qu'ils correspondaient pleinement aux sentiments du gouvernement de Nicolas II.
Le Novoïé l'rémio a constaté ainsi l'état des relations anglo-russes.
Le rapprochement anglo-russe n'est pas sans compter beaneonp d'adversaires. Los radicaux anglais blâment lenr gouvernement parce qu'il cherche à rendre pins étroites ses relations avec la plus conservatrice des monarchies. Xos extrémistes de leur côté cherchent à effrayer la Russie en faisant miroiter à ses yeux le danger d'une amitié avec un pays parlementaire.
Enfin les Israélites du monde entier font tout ce qu'ils peuvent pour briser l'entente anglo-russe, afin d'isoler politiquement la Russie.
Le rapprochement devient cependant de plus en plus étroit, les sentiments d'amitié s'enracinent pins profondément dans les deux pays. La visite de la délégation parlementaire britannique en est une preuve. La visite anglaise est un pas important dans la voie de nouveaux accords sur d'autres questions venant se greffer sur l'accord original. (Cité par Le Matin, 25 janvier 1912.)
Les relations ^'^' ^"*^'^*' ^^ ^^ Grande-Bre-
anglo-aUemandes. *''?"^ ^* .^^ Vem^ive allemand paraissent inconciliables depuis que Guillaume II a prononcé la phrase fameuse : " Notre avenir est sur l'eau. » Mais en dëpit de l'antagonisme créé par l'accroissement des forces navales et économiques de l'empire germanique, en raison de l'action sur le cabinet britannique des députés pacifistes radicaux et socialistes de la Chambre des communes, il y a beaucoup de " petits Anglais " qui souhaitent une entente ou tout au moins une détente avec l'Allemagne.
Le voyage de lord Haldane à Berlin (février 1912) a été une manifestation de ce désir. L'amiral lord Beresford Ta exprimé sous une forme qui correspond assez bien à l'expression moyenne de l'opinion britannique.
Je ne comprends pas pourquoi nous n'arrivons pas à nous entendre avec l'Allemagne sur une base excluant tout différend. Je crois que ce serait possible si nous déclarions franchement que nous ne pouvons pas nous passer de la suprématie sur mer, que nous devons défendre les intérêts anglais et respecter fidèlement nos traités avec les autres nations, mais que le monde est assez vaste pour de grands empires comme l'Angleterre et l'Allemagne. (Voir Llayd Ottoman, 2 mars 1912.)
Lord Haldane est allé à Berlin, semble-t-il, avec une
mission étendue, car il a déclaré au banquet annuel de l'Université de Londres (18 février 1912) : « Nos conversations n'ont pas seulement été très franches, ^c ne crois pas qu'elles aient laissé beaucoup de choses de côté. « (Voir L'Écho de Paris, 19 février 1912.)
Mais il est probable qu'après examen, aucune solution vraiment satisfaisante entre Londres et Berlin n'a pu être trouvée car, jusqu'à présent tout au moins, le voyage de lord Haldane ne semble pas avoir donné de résultats positifs.
In instant, ou annonça que le Les armements ■ , , • i • ' \n■,c^
budget naval anglais pour 1912-
, ,,. . 1913 allait être diminué de 25 mil-
de 1 Angleterre. i- i p
lions de irancs par rapport au précédent. Cette diminution n'a été que de 7 677 500 francs. En déposant son budget naval, M. Winston Churchill a exposé ainsi très nettement la politique navale de l'Angleterre à l'égard de l'Allemagne.
Dans le cas où dos augmentations se produiraient ailleurs, il sera nécessaire de vous présenter un budyet supplémentaire, aussi bien pour le chiffre dos hommes que pour les constructions.
Le 18 mars 1912, il déclarait devant la Chambre des Communes :
Les .Allemands sont un peuple de trop de bon sens et de trop de courage pour prendre ombrage d'un énoncé de faits, si l'expression en est frauche et courtoise.
La marge de supériorité que l'amirauté anglaise s'est attachée à maintenir sur la marine allemande dans ces dernières années est une marge de 60 pour 100 à légard des cuirassés de fort tonnage du type >; dreadnought ;- .
Cette marge est sufBsante en raison de la supériorité que possède la marine britannique en navires du type antérieur ou
« prédreadnouyhl '> . Mais, à mesure que ces dernières uiiilés perdront de leur valeur, il sera nécessaire pour la sécurité de l'empire, d'aecroilre sa supériorité relative en " dreadnouyhls "...
Mais, ajouta AI. Winston Churchill, si nous sommes actuellement, comme il semblerait que nous le sommes — et je crains que ce ne soil une ccrlilude — en présence d'une addition de deux navires du ti/pe u dreadnought " au profframnie allemand des six prochaines années, nous proposerons de répondre à celle augmentation d'une manil're qui élère notre marge de supériorité, en mettant en chantier quatre (■<■ dreadnoughts 'i de plus pendant la même période.
Si r Allemagne en conslruil trois, nous en construirons six...
Je liens cependant à dire clairement que tout ajournement, toute réduction des constructions alleiiuuules serait aussilôt suivi en Angleterre d'une réduction proportionnelle, la plus larye qu'il sera possible. Notre li'jne de conduite est d'ayir de telle sorte que les .Allemands ne puissent rien Jjagner en puissance navale en lorrant les conslruclions, et qu'ils n'aient rien à perdre à les ralentir. (Voir Le Matin, \\) mars 1912.)
Ijfï Gazelle de Cnlocjne, orjjaiic iiiilioiial-Iibéral, répliqua cil résumant ainsi le point de vue allemand :
.M. Winston Chiu'chill ne pourra pas nous en vouloir de réserver noire décision sin- la nécessité de renlorcer noire marine. Coninie l'Aiijjlelerre ne reconnaît que ses intérêts pour seules bases de ses actes, nous sommes obligés d'en faire autant et nous ne pouvons pas encoie nous prononcer sin- la portée de nos nouveaux armemeiils navals.
L'Allema'jne ne poss(''dcra peul-èlri' jamais une flolle, qui. en nombre, égalera celle de l'Angleterre; mais si jamais noire flotte devait être détrnile, l'ennemi ne pourrait arriver à un Ici résultat qu'après avoir subi lui-m(^nu; de lelles perles qu'il ne s'en relèverait jamais et ne pourrait plus lenir le rang qu'il occupe actuellement dans le concert international. (Voir Le Matin, 20 mars 11)12.)
'< A ne considérer que les bâtiments récents, du type
LES SOLLTIONS 455
dreadiiouylil, la situation comparée des deux inaiiues est la suivante :
ASGllTBRRE tLLESAGXE
,, . i (]iiiias.s(''s Il 7
Km service . . . „ . . , , r»
I (ii-oispiirs cuirassrs. i 2
,, { (]iiiniss(''s li '1
hii ossais ....],,. . , ,^
f (iioisciirs mirasses. a "
Kii aclièvei)ieiil \ (liiiiassés 2 5
à flot / (àoiscurs cuirassés. .'i l
,, , . \ Croiseurs <> i
r.n elianlier. . . \ ,, . . , , >.-,
/ («roiseiirs cuirasses. i 3
l'.ii projel .... I (Iroiseiirs.
li Si lûeii (ju'eii 1915, eu supposant que la durée de eonstnictiou reste ee qu'elle est aujourd'hui, les escadres anglaises comprendraient îi(i dreadnoujjhts et les escadres allemandes 2;î. Mais il ne faut pas oublier que la durée (le coristniclion étant plus courte en Angleterre, les bâtiments du programme lî)I3-191 4 ((jui ne sont pas compris dans h' tableau ci-dessus) pourraient être plus rapidement mis en seivice en .Angleterre (|u'en Allemagne.
« A cette même époque, la proportion des bâtiments des anciens types sciait théoriquement de 18 à 15; mais sur les 15 bâtiments allemands, 5 n'ayant qu'une artillerie insigniliante, la proportion réelle est de 18 à 10. » (Voir Le Temps, i avril 1912.)
Un outre, l'eriicacilé d'intervention des escadres britanniques a été accrue par suite de la nouvelle répartition de la flotte à laquelle M. Winston (Ihuicliill vient de procéder.
Celle ntiuiclle icparliliim elablil une conceiilialion plus grande dans les eaux terntojiales des forces naiales des mers d'Europe, et elle les place plus élroilement sous l'aulorité d'un nièiiic chef. I,e commandant en ehel' des Home Jïcet aura sous
son commandement direct telles flottes et escadres que les lords de l'amirauté considèrent utiles ; dans les circonstances normales son commandement comprendra la première, la deuxième et la troisième flotte.
Ces trois flottes, qui remplacent la Home Jlcet et ses divisions et aussi la flotte de l'Atlantique, comprennent huit escadres dont quatre, armées continuellement à effectif complet, forment la première flotte ; deux autres, armées avec équipages noyaux devant être complétés avec des hommes du service actif, forment la seconde flotte, et les deux dernières, armées avec des équipages noyaux à compléter avec des hommes de la réserve, forment la troisième.
C'est un ensemble de 65 cuirassés accompagnés de nombreux croiseurs et de tous les bâtiments nécessaires aux forces navales de haute mer comme ravitaillement et réparation. C'est la flotte la plus puissante qui ait jamais été placée sous l'autorité d'un seul homme A cet ensemble formidable sont jointes quatre flottilles de bâtiments torpilleurs composées des torpilleurs les plus neufs et les plus forts. (Voir Le Temps, 5 avril 1912.)
En déGnitive, on doit admettre que l'Angleterre conservera, au moins pendant quelques années encore, une supériorité navale notable sur l'Allemagne.
, , , . En ce qui concerne son armée de
L armée anglaise. , ^ , ,,
terre, la situation del Angleterre est
beaucoup moins satisfaisante.
Lord Rosebery parlant à Glasgow a déclaré que, selon lui, l'Angleterre pourrait être entraînée prochainement dans un conflit pour lequel, avec sa petite armée, elle n'est pas préparée. (Voir Le Temps, 15 janvier 1912.)
Eu effet, la niobilité de l'armée britannique de première ligne, composée de soldats de métier et excellente d'ailleurs, que le gouvernement de Londres pourrait envoyer sur le continent, dépend dans une large mesure de la qua-
lité de rarmée territoriale créée par lord Haldanc et à laquelle doit être con6ée la défense des îles Britanniques.
L'armée territoriale, établie par la loi du 2 août 1907, doit avoir un effectif légal de 315 000 hommes dont 11200 officiers. Elle est basée exclusivement sur des engagements volontaires d'une période de quatre ans.
Par conséquent, toute l'armée territoriale de lord Haldanc repose sur le patriotisme et le bon vouloir de la jeunesse britannique. Au début un grand enthousiasme s'est manifesté. Le 25 février 1910, l'armée territoriale comptait 276 000 hommes, puis, sous l'influence de la crise constitutionnelle et des socialistes et pacifistes, une période de déclin a commencé. Le chiffre des engagements a diminué et, comme en 1912-1913 plus de 100 000 engagements arrivent à expiration, on craint outre-Manche qu'ils ne soient pas renouvelés et cela dans des proportions considérables. Dans ce cas, ce serait la faillite de l'armée territoriale anglaise et la pleine justification des critiques de lord Roberts qui, depuis longtemps déjà, déclare que l'Angleterre doit adopter le service obligatoire lui permettant de mobiliser un million de soldats si elle veut vraiment assurer sa sécurité.
Malgré cette situation, le colonel Seely, sous-secrétaire d'Etat au ministère de la Guerre, qui représente ce département aux Communes, a déclaré le 13 mars 1912, en répondant à M. Amery, député de l'opposition, que l'armée de première ligne anglaise était prête à intervenir là où il le faudrait.
Je tiens là, a-t-il dit, une enveloppe deslinée à mon honorable collègue et j'enven-ai une enveloppe analogue à chacun des membres de cette Chambre s'il veut bien garder le secret sur son contenu, qui apporte la preuve qu'au cas où nous aurions besoin d'envoyer dos renforts demain au \atal, nous pourrions, sans retirer un seul homme d'aucune de nos garnisons de l'Est.
458 LA CHISE FRAXÇAISK
cxprdicr là-bas, en quelques jours, 150 000 liouunes bien armés vi équipés, suCfisauunenl approvisionnés pour trois mois. Si l'ordre de mobilisation était donné aujourd'hui, d'ici à quelques jours, — et ce nombre de jours est donné dans cette enveloppe, — nous pourrions faire un envoi de J 50 000 soldais. Ceci marque une amélioration extraordinaire dans riiisloirc militaire de ce j)ays. (Voir Le Malin, I i mars lî)12.)
Telle est, en réh-uinc, lu silualioii militaire de la Graiidc- Bretajjnc.
L'opinion anglaise , '^""'' ^^'^ conditions, quel est doue
et l'intervention ^', concours que, sur terre, IMn-
de l'armée {jleterre |)ourrail donner à la France?
britannique Beanconi) l'annoncent che;^ nous
sur le continent. ^'•''""\^ ''''^^'': ^'"1"'^« Téerivain
militaire qui signe colonel Hoyet, il y a (|nel(|ues mois un «{encrai d'état-major anglais Taisait à un olïicier français cette déclaration :
\oussemblez craindre une invasion allemande par la Hclyique... Hassurcz-vous, les Allemands ne feraient pas deux marches le lonjj de la .Meuse b('l;[e sans se heurter aux u tommys " (nom populaire des fairlassins anglais), (\tiir Le Matin, 8 février lî» 12.)
On cite même le chillre de KjOOOO Anglais qui dès le début de la gueire viendraient sur le continent prendre part à la lutte aux côtés des troupes fraiu;aises. Mais ces alïirmatious ne reposent sur rien de p(>silif. (le qui est certain, c'est que le concours de rAiigleterre dépendra dans une large mesure de l'état de l'opinion outre-Manche au moment de l'ouverture des hostilités. Il y a, certes, beaucoup d'Anglais influents qui comprennent que le concours immédiat donné à la France serait d'une importance vitale pour la Grande-Bretagne.
LES SOLUTIOXS 459
L'Observer dcclurait le 23 mars 1912 :
L'écrasement de la France nous mettrait en face d'un nouveau systènie continental où l'empire allemand prendrait la place de l'empire de Napoléon. Notre intérêt autant que nos amitiés exigent donc que nous soyons en mesure d'apporter à la France une aide elTieace si l'heure de l'épreuve vient, ou mieux de l'aire en sorte que celte heiue n'arrive pas.
Mais pour cela il est nécessaire que nous soyons en mesure de l'ournir à la France l'appui d'une force armée équivalente à l'augmentalion projetée des forces de terre allemandes.
Il est évident que r.Allemajjne veut d'abord attaquer la France pour avoir ensuite les mains libres et agir contre nous. Noire réponse à ce projet doit être deux cuirassés contre nn et une arnu'e efficace pour aider l'armée française. (Cité par Le Temps, 25 mars HU2.)
Mais ce point de vue u'esl pas unaniineiiuMit partagé en .Angleterre. D'après le même Observer (cite par L'Echo de Paris, 19 novembre 1911), au lendemain d'Agadir, le cabinet anglais était divisé. Lne partie estimait que le c(»ncours britannique envers lu France devait être purement naval.
Depuis, la ([uestion a été d ailleurs discutée publi- (jucment.
\\x début de janvier 1912, le Times, dans un long et important article, a mis en doute la possibilité et l'opportunité pour l'Angleterre, en cas de conflit franco-allemaud, d'envoyer immédiatement sur le continent le corps expéditionnaire. L'auteur a conclu qu'une expédition militaire sur le continent ne peut être entreprise par l'Angleterre, tant que la flotte ennemie (la flotte allemande) n'aura pas été immobilisée, rendue inolfensive ou mieux détruite. Cela peut demander beaucoup de temps ou peu suivant les circonstances, mais cela ne peut être fait en un clin (l'œil et Jusque-là il est inutile et (Inmjcrcux de parler
d'envoyer sur le continent un corps expéditionnaire » . (Voir Le Temps, 6 janvier 1912.)
Peu après le Times, le Naval and Militari/ Record, un des journaux militaires an;]lais les mieux informés, est arrivé à une conclusion identique.
Ces conclusions ont été si nettement formulées qu'elles peuvent avoir pour nous la valeur de véritables avertissements.
Ces opinions émises par des Anglais qui se placent surtout au point de vue des possibilités d'exécution technique des opérations militaires ne sont pas pour déplaire à certains pacifistes anglais qui, depuis quelques années, exercent une réelle influence outre-Manche. Ceux-là sont inquiets de ce qu'ils appellent les progrès du chauvinisme en France depuis l'affaire d'Agadir. (Voir la Saturday Jieview, 23 mars 1012.) Ce sont eux qui favorisent toutes les tentatives de rapprochement avec l'Allemagne et envisagent avec faveur l'idée, en cas de guerre franco-allemande, de donner carte blanche à l'Allemagne contre la France afin que la Grande-Bretagne puisse rester en dehors du conflit. Certes, cette hypothèse n'a guère de chances de se réaliser, mais il suffit qu'elle soit possible pour que nous devions l'envisager.
. . ... II nous fiiut, enfin, envisager un
Action possible „ , , , , , ?,>
, , . , élément tout nouveau du problème,
de la crise sociale ^ ,, . n i • • i
Oiielle influence la crise sociale outre-Manche , . . ,, ,-ii j i
,, ,„ . . annlaise est-elle susceptible dans la
sur 1 efficacité ,". , . x j. /
période présente d exercer sur les dune intervention \,, / , ^.,.., ,. „
.... , . débuts des hostihtes franco -allc-
militaire anglaise. . „
mandes.'
Par la rapidité stupéfiante de son évolution sociale depuis peu d'années, la Grande-Bretagne déconcerte les Anglais eux-mêmes. La crise qui se développe outre-
LES SOLITIOX'S 461
Manche avec une force si soudaine est un fait capital dans l'histoire du monde contemporain. Le prolétariat anglais, si longtemps le mieux organisé, le plus réfléchi, le plus calculateur de l'Europe, a subi une évolution radicale. Qu'on ne s'y trompe pas, le mouvement ouvrier britannique est dominé maintenant dans une large mesure, notamment dans le pays de (îalles, par des éléments de tendances anarchistes.
La fameuse grève des mineurs anglais de mars-avril 1912 a été due autant à des causes politiques qu'à des causes économiques. Depuis quatre ou cinq ans, les mineurs anglais ont été travaillés par une propagande socialiste des plus actives et les chefs socialistes imbus aujourd'hui des sentiments les plus subversifs, en déchaînant la grève des mineurs, ont surtout songé à réaliser leurs plans chimériques, en faisant faire d'un seul coup un bond énorme au socialisme, c'est-à-dire en obtenant la nationalisation des mines qui, d'après eux, serait le commencement de la transformation sociale.
D'autre part, en même temps que le prolétariat anglais obéit à des tendances révolutionnaires, la situation des partis à la Chambre des communes, en raison de la nécessité pour les libéraux de tenir un large compte de leurs intérêts électoraux (66 sièges radicaux, dont ceux de 7 ministres parmi lesquels M. A.>quith, dépendent du bon vouloir de la Fédération des mineurs), des Irlandais et des socialistes est telle que le gouvernement de Londres a envisagé des solutions qui dépassent en démagogie tout ce qui a été fait dans le même sens sur le continent. Comme disait Ix Temps, u on ne reconnaît plus l'ànie du grand pays libéral qu'est l'Angleterre dans le langage du chef de son gouvernement. Les paroles de .M. .Isquith sont l'expression d'une sorte de jacobinisme social qui offense à la fois la justice et la raison " .
462 LA CRISK KRAXC.AISK
li'iittitude de .VI. Asquith a été d'autaut plus étonnante qu'il avait un moyen lelativemeni simple de déjouer la tactique des éléments révolutionnaires, c'était de s'entremettre entre ouvriers et propriétaires de mines pour leur proposer l'entente sur la hase de la participation aux béuélices, solution équitable et d'une application assez lacilo' dans l'industrie minière.
M. Asquitli a cru plus habile de se rallier au principe du salaire minimum réclamé par les ouvriers. Il a d'abord espéré que les ouvriers refuseraient de l'accepter pour éviter l'arbitrajje oblij{atoire qui en est la conséquence loj{ique.
Puis, devant la durée de la «{rêve, par une seconde ca|)itulation, M. .'Isquitb ne considérant que les difficultés du moment a fait voler une loi accordant le salaire minimum. Mais dans quelles conditions! Celle loi (Coal Mines minimum wage aci) n'est qu'une mesure de circonstance ne prévoyant aucune solution pour réjjler les «{rêves futures. Les ouvriers ne voulant de l'arbitrajie obli<{aloire à aucun prix, le soin de trancher les difficultés qui se produiront a été remis à des commissions mixtes vouées d'avance à l'iujpuissance, puisque la loi ne prévoit aucun moyen lé<{al de forcer le.s parties à s'incliner devant leurs décisions.
Vine solution aussi imparfaite ne garantit donc nullement l'avenir. Le travail a repris dans les mines, mais l'état d'esprit des ouvriers ne permet pas d'espérer un apaisement de longue durée, si l'on tient cotnpte des déclarations de Tom Mann, l'un des plus influents meneurs de l'agitation actuelle.
u Rien, dit-il, dans sa revue Le Syndicaliste industriel, n'engage à respecter les accords quand il y en a de conclus. // n'est pas besoin de garder lafoijurt'e au patron. «
Un des disciples de Tom .Vlann, Charles IVatkins, dit
LKS SOLUTIO\S 46:î
encore : » Quand vu conflit de classe sociale est soulevé, la Force prime le Droit toujours et partout. fCitë par Le Temps. 19 mars 1912).
.Vos amis aiijjlais se trouvent donc (levant une ère dénornies «liflîcnllé.<. Il n'est pas très difficile, dès maintenant, de les prévoir. L'idée de limiter à l'industrie des mines le salaire minimum est manifestement chimérique. Après les mineurs, les cheminots l'exijjeront. Us le réclament déjà, et il n'y a aucune raison pour que, quand les tjrandes exploitations d'intérêt «général britannique fonctionneront, — au moins momentanément, — sur la hase du salaire minimum sans garantie de minimum de production, les ouvriers de l'industrie privée ne se réclament pas du même principe. On aboutira alors à des difficultés telles pour l'industrie et le commerce de nos voisins qu'il est difficile d'évoquer l'énormité du désastre pouvant en résulter.
Kn attendant, la loi sur le salaire minimum aura vraiseniblablemenl trois conséquences immédiates.
Certaines mines an<{laises peu favorisées deviendront inexploitables, les frais du nouveau ré'pme é>{alant ou dépassant les recettes.
Connue aucun minimum de production n'est garanti, en cas de travail insuffisant, les propriétaires de mines renverront, quand ils le pourront, les ouvriers incapables ou trop faibles pour assurer une production de charbon au moins équivalente au salaire minimum imposé.
Knfin, il est probable «jue le prix du charbon montera comme conséquence de la nouvelle loi, et que de ce chef toute l'industrie anjjlaise, surtout la métallurgie, perdra dans une certaine mesure l'un des avantages qui lui permettent de lutter avec succès sur la plupart des marchés du monde.
Ce qui est stupéfiant, angoissant, et ce qu'il faut
retenir de cette grève, c'est que les mineurs anglais ont développé leur mouvement sans raisons péremptoires et sans aucun souci des conséquences de leur action pour les intérêts de la collectivité britannique. Il leur eût été aisé cependant de comprendre qu'en tout cas, ils allaient contraindre au chômage des centaines de milliers d'ouvriers et enrayer les exportations anglaises dans toutes les parties du monde, favorisant ainsi les concurrents américains et surtout allemands qui ont profité de cette circonstance inespérée pour s'emparer de débouchés extérieurs indispensables au commerce de la Grande-Bretagne.
Par la force des choses, une certaine partie de la clientèle mondiale a déserté ses fournisseurs anglais, au grand dommage, non seulement des exportateurs et des industriels patrons, mais aussi des ouvriers hritanniqxies qui n'échapperont pas aux conséquences inéluctables des lois de l'incidence éconotnique.
Selon le mot de M. Asquith lui-même, la grève des mineurs a constitué une catastrophe nationale. Ses conséquences immédiates : diminution des moyens de communication, hausse du prix de certaines denrées, arrêt de nombreuses usines, arrêt dans l'exportation des produits fabriqués, déjà si graves et qui représentent une perte d'un milliard et demi environ {xon Le Matin, 9 avril 1912) ne sont rien à coté de celles qui se dessinent pour l'avenir. On peut donc craindre que la crise actuelle ne porte un coup terrible à la prospérité économique de la Grande- Bretagne et n'influe profondément sur le prestige de l'empire britannique tout entier. Le public anglais a envisagé ces éventualités avec un flegme admirable et il est à prévoir qu'après une période de graves difficultés, l'opinion anglaise voudra à tout prix la sauvegarde des intérêts généraux de la nation par une restriction de
LES SOLUTIO\S 465
l'agitation démagogique et de l'influence des Tradc Unions qui menacent l'existence même du pays.
Mais, en attendant, devant un aussi monumental oubli des intérêts de la collectivité britannique par les ouvriers anglais, on est fondé à redouter que, dans une période de tension politique avec l'Allemagne, ils ne s'inspirent pas plus des intérêts généraux de l'empire qu'ils ne l'ont fait lors de la grève des mineurs.
Comme l'Angleterre ne dispose pas ainsi que l'Allemagne d'une grande armée permanente, le gouvernement de Londres serait presque réduit à l'impuissance si, au moment critique, les mineurs et les ouvriers des chemins de fer arrêtaient brusquement le travail.
Si, comme ccriains Anglais le prétendent, une action occulte allemande a attisé les tendances anarchistes des ouiriers britanniques, notamment dans le pays de Galles, on doit admettre que les Allemands ont maintenant un moyen nouveau, mais extrêmement efficace, de neutraliser éventuellement la puissance militaire anglaise, au moins pendant quelques jours, en déchaînant à la fois des troubles sociaux dans les îles Britanniques et en faisant agir énergiquement laflottc allemande dans la mer du Nord.
C'est là une hypothèse avec laquelle nous devons désormais compter. Mous ne pouvons pas oublier qu'elle a menacé de se réaliser l'automne dernier, quand la grève des cheminots anglais a éclaté au plus fort du conflit franco-allemand. On doit prendre d'autant plus au sérieux cette éventualité qu'elle est envisagée très nettement par les ouvriers anglais eux-mêmes. F'ait sans précédent en Angleterre, le 26 janvier 1912, le Labour Party a tenu à Birmingham une conférence dans laquelle a été examinée la possibilité de déclarer la grève générale en cas de guerre et une résolution a été votée demandant que la question fût mise à l'étude. (Voir Le Matin, 27 jan-
lier 1912.) M. Keir Hardie, l'un des dépnt(^s socialistes d'outre-Manche, a (railleurs déclaré : En cas de. r/tirrre, les ouvriers anglais pourraient contraindre la Grandc-Bretaqne à la paix. Déjà, le 23 octobre lî)l(), dans un discours à Bristol, il préconisait la <{rève en temps de «juerre. (Voir Le Malin, 24 octobre 1910.)
En tenant compte de cet ensemble, nous sommes donc obligés de conclure que le décbainement du mouvement socialiste et démagogique outre-Manclie est susceptible de compromettre dans une large mesure la valeur du concours militaire et naval de Tentente franco-anglaise, puisque, au moment où s'ouvriraient les bostilités entre la France et l'Allemagne, le gouvernement anglais pourrait se trouver dans l'impossibilité j)rati(jue de donner à la France le concours efficace qu'il désirerait et qui serait conforme aux intérêts vitaux de la (îrande-Hretagne.
lia coopération militaire russe nous Le concours ;. , , - i, n.
, , . est garantie par un traite d alliance
de la Russie. //.„ . ,. „. ,,/> •
positif, mais a alliance aejens/ve.
Donc, si l'Allemaf/ne nous place dans une condition
telle que nous paraissions être les af/resset/rs, dans cette
hypothèse, d'après la lettre même du traité, la Hussie
ne serait pas obligée strictement de nous donner son
concours. Certes, il est fort possible que la Hussie
marche, même dans le cas où les apparences seraient
contre nous, car ce serait son intérêt. D'ailleurs, une
guerre contre l'Allemagneserait populaire dans les masses
russes. La guerre contre le Japon ne l'a pas été parce
qu'elle revêtait le caractère d'une entreprise coloniale
contre un pays dont le moujik russe ne soupçonnait
même pas l'existence. Mais, depuis longtemps déjà,
l'homme russe sait que le Niemetz, l'Allemand, n'est pas
son ami. II a un vieux compte à régler avec lui. Il est
donc très probable que, quand l'occasion se présentera, le ;< petit père russe " ne sera pas fâché de se payer en une fois des humiliations séculaires que le Germain a fait supporter à la race slave.
11 est donc possible de concevoir une guerre enthousiaste du peuple russe contre l'Allemagne. Mais nous devons prévoir aus'^i certaines déceptions éventuelles.
Les influences allemandes sont toujours très puissantes k Saint-Pétersbourg. Ce sont elles qui ont déterminé l'entrevue de Potsdam. Malgré toutes les assurances qui ont été données, on peut supposer qu'il a été conclu à cette occasion un accord entre Berlin et Saint-Pétersbourg qui est un affaiblissement de l'alliance franco-russe. Cette supposition, on est bien obligé de la fiiire, quand on voit, à la suite de la création d'un nouveau corps d'armée allemand à AUenstein sur la frontière russe, le Novoïé Vrémia s'exclamer : « Que celte mesure n'était pas nécessaire après les entretiens de Potsdam, l'Allemagne ne devant pas garder le moindre doute sur les dispositions de la Russie. « (Cité parla Kolnische Zeitung, 3 avril 1912.)
Devant ce langage, qui oblige à penser et à supposer beaucoup, on admettra que les influences allemandes, toujours si fortes à Saint-Pétersbourg, sont susceptibles d'empêcher ou tout au moins de retarder l'entrée de la Russie en campagne. EuHn, même si l'ordre de mobilisation russe est donné dès le début des hostilités franco-allemandes, en raison des lenteurs dues à l'immensité russe, de la nouvelle répartition des troupes du tsar, qui auront à faire front contre larmée austro-hongroise et peut-être au sud du Caucase contre la Turquie, à cause des difGcultés susceptibles de naître en Pologne à la suite de la fâcheuse politique suivie par les Russes à Varsovie, il faut bien nous persuader, qu'en mettant les choses au mieux, l'intervention russe ne se fera pas sentir d'une façon vrai-
488 LA CRISE FRAÎVÇAISE
ment puissante sur le territoire allemand avant six semaines ou deux mois après le début de la guerre.
C'est là une vérité qu'il faudrait faire pénétrer dans le dernier des villages de France, où on s'imagine, bien à tort, que la coopération russe peut avoir une réaction utile immédiate sur notre frontière de l'Est.
Donc, si l'on tient compte des incertitudes du concours anglais et de l'intervention utile forcément tardive de la Russie, même dans le cas de son plein concours, nous devons conclure : tout bien coiuidéré, le peuple français ne peut se trouver garanti contre les plus néfastes désillusions que si son moral est porté à un niveau tel qu'il accepte l'idée de combattre seul contre l'Allemagne et l'Italie.
La question maintenant est de savoir si nous en avons les moyens.