partie de la lutte. Il nous iaut donc
prévoir l'hypothèse de premiers échecs possibles. A^o/rc^/-t*/>r/ration morale ne sera d'ailleurs parfaite et complète que si nous sommes préparés à subir quelques défaites en étant bien convaincus que la victoire ne peut nous échapper, si nous savons durer. Supposons plusieurs grandes batailles perdues par nous dans l'Est. Evidemment, l'impression en France sera profonde et fâcheuse, mais si nous avons le courage de la dominer, que se produira-t-il?
L'Allemagne, malgré ses victoires, aura besoin d'un certain temps matériel pour avancer. Or, nous ne sommes plus dans les conditions de 1870. Sur toute l'étendue de notre territoire, nous avons la possibilité de reconstituer nos forces et nos armements.
. , , Donc, si nous avons une force
A tout pnx, î /./. , .
.... morale suffisante pour durer, si nous il faudra savon: "T,. ^ '^ .
. ^ savons utiliser toutes nos ressources tenir pendant un an. , . , r i , •
en nommes, argent et tacultés de
ravitaillement par les deux Amériques, peu de semaines
après les échecs envisagés, nous serons encore en état de
continuer la lutte.
II n'en sera pas de même pour l'Allemagne, car ses (lifGcultés croîtront dans des proportions considérables par le seul fait de la durée du conflit, même si elle a l'arantage au début.
En raison de sa pénurie relative de capitaux aisément mobilisables et des conditions pénibles de son ravitaillement, au bout de trois ou quatre mois de guerre, le gouvernement de Berlin se trouvera en face d'une détestable situation économique et financière. Or, c'est à ce moment, à peu près, que les éléments destinés à être farorables à la France commenceront à produire immanquablement leur action.
\'est-il pas difficile de supposer que le jour où l'Angleterre aura vu la France soutenir courageusement la lutte pendant trois ou quatre mois, la Grande-Bretagne ne prendra pas part à la guerre, en supposant qu'elle ne l'ait pas fait dès le début des hostilités; non seulement parce que, — ce qui serait une raison suffisante, — ce sera pour elle une question de vie ou de mort, mais encore parce qu'.Albion voudra prendre après la victoire sa part des dépouilles opimes de l'adversaire germanique?
Le mémo raisonnement peut se faire pour la Russie. Mais, comme nous l'avons vu, même en admettant, — ce dont nous ne voulons pas douter, — que la Russie tienne toutes les obligations de son alliance, l'avance des troupes d»i tsar ne sera pas assez éncrjjique avant six semaines, deux mois, pour contraindre les Allemands h leur faire tète avec de très gros effectifs.
Par conséquent, si nous nous plaçons au bout de trois ou quatre mois de guerre, l'Allemagne (jue nous avons supposée victorieuse au début se trouvera aux prises avec d'énormes difficultés alimentaires, financières et militaires qui croîtront de jour en jour. (î'est alors, xi nous avotix su tenir jusque-là, que les troupes françaises, reformées derrière la ligne de leurs premiers écbecs pourront reprendre l'offensive et commencer en avant une iiiarclie celte fois victorieuse.
Comme celle-ci pourra demander encore quelques mois d'efforts, nous dirons donc : Il faudra lenir un au.
Cette formule de cinq mots, par les réalisations morales et matérielles qu'elle suppose, renferme pour la France le secret de la victoire.
Si les Français savent tenir un an, c'est qu'ils auront un moral tel qu'ils iront non pas seulement î\ Berlin, mais, s'il le faut, jusqu'à Kœnigsberg.
Tenir un an, c'est là la formule rationnelle, celle qui tient compte des éléments réalistes.
Il en est une autre fondée, celle-là, sur les impondérables français.
Si les chefs de notre pays, à l'heure décisive de la fjuerre,
e rappellent la leçon des crises suprêmes de notre histoire,
s'ils comprennent la psycfiologie de notre nation, ils ne
demanderont pas à la France de combattre à armes égales, ils
lui demanderont : le prodige.