‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 139 sur 191 · V. LKS CONDITIONS DU SUCCÈS POUR M FRANCE · texte numérisé non relu

V. LKS CONDITIONS DU SUCCÈS POUR M FRANCE

Y a-t-il une formule brève résumant les nécessités capitales de la France pour vaincre le jour où elle se trouvera en face de la guerre?

Il est évident qu'une telle formule ne saurait être bonne et contenir en elle-même les possibilités de la victoire que si elle tient compte des conditions les plus défavorables possibles pour la France.

Essayons donc de dégager les éléments de cette formule.

La France ne , ^^" est capital. La France doit

j .^ . s habituer à 1 idée de soutenir seule

doit compter que , ,., , ^ ,, ,

„ . la guerre, s il le faut, car elle le petU,

sur elle-même. '^ ' ' V

comme nous 1 avons déjà constate par

Texamen des ressources dont elle dispose. Eq outre, il faut comidérer que l'acceptation par la nation de l'idée de combattre seule constituera pour l/i France un incroyable accroissement de puissance morale.

Etant donné le tempérament français, on est vraiment autorisé à croire que la conclusion de l'alliance avec la Russie et l'espoir d'un concours armé de l'Anj^leterre ont diminué le niveau de nos forces morales nationales bien loin de l'avoir élevé. En effet, la notion des alliances cl des ententes s'est diffusée chez nous dans des conditions telles que la masse du pays s'est habituée peu à peu à l'idée que, si une difficulté grave se produit, les alliés seront là et que l'on marchera seulement si les alliés marchent eux-mêmes. Dans le désir excessif d'avoir des concours étrangers, on a même été jusqu'à préconiser ridée d'obtenir, au moyen de cessions de territoires en Indo-Chine, le concours des Japonais en Europe!

(]e sont là des conceptions néfastes au point de vue de la force morale d'un peuple.

Certes, il appartient à notre diplomatie de nous ménager en cas de conflit tous les concours utiles. 11 est de son devoir de préparer de la façon la plus étendue possible la coopération anglaise et la coopération russe. C'est là une obligation dont je suis pour ma part profondément convaincu et j'ai toujours défendu l'alliance russe et préconisé l'entente avec l'Angleterre, mais ce doit être là une tâche diplomatique et ce concours doit être considéré par le public français comme un élément supplémentaire de succès, nullement comme une condition indispensable de la lutte.

L'opinion française ne sera dans les meilleures conditions morales possibles pour affronter la bataille que si elle considère comme hautement souhaitables, mais accessoires, les concours anglais et russe. Quand le moment suprême de la guerre lui sera imposé, ce sera à la France

d'agir pour son propre compte, d'après la seule et haute conception qu'elle a de son honneur et de ses droits. Elle devra regarder nettement dans les yeux son adversaire germanique et lui donner l'impression profonde qu'à regret, sans doute, mais avec une résolution implacable elle accepte le combat.

Pour vaincre dans cette lutte dé- Avant tout, .... - j , ^ .. , ^ ^ cisnc, li nous faudra, surtout au il faudra dominer ■ .■ ■

début, dominer nos nerfs dans toute nos nerfs. , , ...

la mesure humaine possible.

Brusquement, nous serons placés dans une situation telle qu'il nous faudra instantanément faire preuve de la plus grande résistance morale qui ait jamais été demandée à un peuple.

Ce qui distinguera l'oflonsive allemande sera le caractère foudroyant de sa \iolence inouïe. Les Français auront à faire face au choc sanglant le plus effroyable que l'histoire ait jamais connu. Jamais spectacle aussi terriGant n'aura été donné au monde. Il faudra à nos populations un cœur d'airain pour résister aux multiples et affolantes nouvelles que nous apprendrons, dès les premiers instants des hostilités, sur tous les points de notre territoire.

La violence allemande poussée au paroxysme est, en effet, considérée par le grand état-major allemand comme indispensable au succès des armes germaniques, car on sait à Berlin que l'.AUemagne, pour les raisons 6nancièreset de ravitaillement plus haut exposés (voir page 502, 504) , ne peut pas supporter une longue guerre. Aussi, les .allemands comptent-ils sur notre nervosité et notre impressionnabilité pour nous porter dès le début un coup tel que nous subissions de grandes défaites susceptibles de nous enlever la force morale nécessaire à la continuation de la lutte

jusqu'au moment où les facteurs qui doivent nous être favorables, cl qui tous dépciidcnl de la durée de la guerre, viendront nous donner la victoire.

Aussi, dès que la décision suprême aura été prise à Berlin, lorsque la dépèche : >' Mobilisez » courra sur tous les fils télégraphiques de l'empire voisin, notre frontière de l'Est sera violée avec une intensité sans précédent. Grâce à leur minutieuse préparation faite sans répit, dès le temps de paix, les chemins de fer alletnands dévers«ront derrière les armées de premier choc, avec une précision mathématique, des troupes innombrables et un matériel formidable.

Nous apprendrons à la fois l'entrée des troupes allemandes dans Nancy et la violation de la neutralité de la Belgique. Nous constaterons en même temps l'action simultanée des groupes anarchistes existants chez nous et du service d'espionnage allemand. Des ponts seront dynamités, des gares incendiées, des trains chargés de nos soldats dérailleront, des poudrières sauteront, des tunnels s'écrouleront, des villes seront bombardées par les dirigeables et les aéro|)lancs germaniques. Dans nos ports de guerre, on apprendra que des navires auront été immobilisés par un peu d'émeri versé dans le palier d'une machine.

Bientôt, on assurera que des insurrections ont éclaté en Indo-Chine, en Tunisie, en Algérie, au Maroc. Beaucoup de CCS nouvelles seront fausses, mais leur ensemble constituera ce choc moral d'épouvante qui est préparé à Berlin et qui doit s'ajouter au choc matériel des armées allemandes.

Or, nous n'avons qu'un moyen de nous prémunir contre cette fantastique violence qui sera tentée contre nous, c'est de ne rien cacher dès maintenant à notre opinion publique des horreurs qui marqueront les débuts de la prochaine guerre. Le plus sûr moyen de déjouer la lactique allemande

boiée sur la terreur, c'est de la prévoir, de nous y habituer, de nous persuader que, si nous sommes résolus à être maîtres de nos nerfs, cette période passée, nous marcherons vers la victoire.

„ - j , Ktant donnés nos défauts natio-

n faudra s engager ^ , , , ,

. . . naux : soiici insuftisant des détails,

manque d'esprit de suite, en raison des défectuosités organiques de notre parlementarisme actuel, à cause de ce fait que l'heure de la guerre nous sera imposée par l'Allemagne, il n'est pas vraisemblable qu'au moment où aura lieu l'attaque allemande, la France se trouve dans des conditions de préparation aussi parfaites que nous pourrions le souhaiter.

Mous aurons des lacunes d'ordre matériel. Des ministres peut-être médiocres pourront se trouver à la tête de nos affaires. Eh bien, de cela, il faut d'avance prendre notre parti et nous dire que, quand la guerre nous sera imposée, il ne s'agira pas de récriminer sur le temps perdu ou sur les réformes nécessaires qui n'auront point encore été accomplies, il faudra comprendre que le seul moyen que nous aurons de compenser nos lacunes sera de nous engager sans hésitation, à fond, avec toutes nos ressources, tous nos moyens d'action, en donnant sous toutes les formes le maximum d'efforts possible.

L'effondrement momentané du marché qui se produira fatalement à la Bourse ne pourra nous impressionner si nous sommes convaincus de cette vérité que l'unique moyen de relever les cours sera de capturer la victoire. Il n'y a pas d'exemple que la hausse à la Bourse n'ait pas sanctionné le prestige de la gloire militaire.

Mous aurons donc des lacunes inévitables, mais c'est à ce moment que les qualités françaises d'improvisation et d'initiative auront à se déployer dans toute leur ampleur.

„ , , ^ ,. Ce maximum d'efforts implique

Il faudra réabser ,, , i , , • r^ .

,, . , , 1 union morale de tous les hraucais

I union de tous. <• i > . i

qui sera facile a réaliser si nos autorites

publiquessaventrapidement mettre hors d'état de nuire nos éléments anarchistes numériquement peu nombreux, eAsi, dès maintenant, nom savons répandre dans nos plus lointains villaffes cette conviction que la prochaine guerre signifiera un duel à mort dans lequel les intérêts de chaque Français seront aussi nettement menacés que Icji intérêts collectifs de la nation tout entière. Comme l'a dit Bismarck : Cette fois, il s'agira de u se saigner à blanc » .

Cette union presque instantanée de tous les Français, il faudra qu'elle se fasse avec une rapidité électrique sur toute l'étendue du territoire. II faudra que chaque Français mobilisé parte en campagne avec la volonté réfléchie, inébranlable d'apporter au pays le concours de toute son énergie, de son esprit de sacrifice total, de sa détermination formidable et indéfectible de vaincre à tout prix. Le levée morale en masse de la nation : aucune riposte ne saurait être plus efficace à la pression de stupéfiante terreur qui accompagnera l'agression allemande.

„ . , , . ^ Tous les avantages de l'Allemagne

II faudra résister , ^ .... - ^

. , . sur la rrance sont destines a se ma-

a de premiers / , i i v

, , ., , niiester seulement dans la première

échecs possibles. .• i i i •♦ n i- « i

Page 1