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I. LKS CONDITIONS PRIMORDIALES DE i/KFFIC.ACITÉ

DK SON ACTION

Dans ces conditions, la tâche d'un gouvernement clairvoyant qui voudra immédiatement être le gouvernement réparateur attendu a un premier devoir urgent à accomplir.

LES SOLUTIOXS 515

C'est de parer avant tout au danyer extérieur d'où dépend le sort du pays tout entier. Or, ce devoir, il ne pourra le remplir qu'en faisant à l'intérieur un énergique retour aux principes qu'enseigne le bon sens. 11 n'est pas très difGcile de les discerner.

. . Désormais h qourernemeni doit

Agir / ,

, , ^ gouverner avec le pays et pour le

sur le Parlement -' ,, . . ^,^.^. . „ .,

pays. L appui de 1 opinion est d ailen 8 appuyant \ ^ . \} .. ^ . . . ,

leurs indispensable au ministère sur le pays. . i i v n a-

pour contre-balancer I iniluence désastreuse des politiciens qui ne vivent que de nos divisions, mais, d'autre part, un ministère ne recherchera l'appui du pays que si les hommes au gouvernement sont convaincus de cette vérité qu'un fossé s'est creusé entre le Parlement et la nation, que tous ces qualificatifs parlementaires de conservateurs, progressistes, radicaux, radicaux-socialistes, etc., ne présentent plus d'intérêt que pour des coteries électorales organisées, mais n'en ont à peu près plus pour la nation.

C'est, en somme, ce que semblait avoir compris le ministère Poincaré.

u Dans les circonstances présentes, — disait sa déclaration ministérielle, — nous avons pensé que notre devoir le plus impérieux était de grouper en un même sentiment national toutes les fractions du parti républicain, n Cette formule eut l'adhésion presque unanime du pays. Malheureusement, les débats sur la R. P. ont prouvé que le gouvernement actuel subit encore plus qu'il ne le voudrait, sans doute, la tyrannie des groupes parlementaires et au moment où j'écris ces lignes, le ministère Poincaré est déjà menacé par la coalition des « arrondissementiers n . Il n'est donc pas vain de rechercher plus complètement que ne l'a fait la dernière déclaration ministérielle, qu'elle

516 LA CRISE FRANÇAISK

devrait être la tâche positive d'un gouvernement réparateur immédiat.

Comprenons bien que la remise en ordre du pays n'implique pas du tout la nécessité d'une politique dite réactionnaire.

La France a assez de la terreur rouge, mais elle ne vent pas de la terreur blanche. La formule, malheureusement prostituée par beaucoup de politiciens : " \i réaction, ni révolution »> , correspond à une vérité. En réalité, si l'on met à part les réformes fondamentales d'ordre constitutionnel que nous examinerons plus loin, on peut distinguer un certain nombre de mesures pratiques à prendre qui s'imposent d'urgence. Les unes sont réali.sables par simple décret ministériel ; les autres exigent dos lois, par conséquent le concours de la Chambre et du Sénat, mais en raison de l'excellent état d'esprit de l'opinion, qui se fortiGc chaque jour, on peut estimer qu'un gouvernement réparateur s'appuyan/ sur le pays obtiendrait beaucoup du Parlement même tel qu'il est constitué actuellement. En efïet, les mesures et les réformes que j'indique ici, sans avoir aucunement la prétention d'en donner un exposé complet ou détaillé, correspondent h des besoins immédiats et semblent vivement souhaitées par l'immense majorité des Français.

En outre, elles n'ont pas le caractère de mesures de parti. Je n'ai envisagé que celles correspondant à l'intérêt général. On peut donc dire que ce sont au premier chef des réformes républicaines, non pas sans doute au sens étroit et sectaire que de nombreux politiciens donnent au mot républicain, mais au sens supérieur et initial du mot, en entendant par République : la chose publique.

Elle est encore républicaine l'orientation générale préconisée ici, en ce sens que, si le gouvernement du pays avait la clairvoyance et l'énergie de l'adopter, elle resti-

tuerait en quelques mois à la République une notable partie du prestige perdu. Ce sont là des arguments dont un cabinet qui s'appuierait sur l'opinion pourrait se servir avec efficacité devant le Parlement.

Il faut refaire ^" première lâche qui s'impose à

y . un gouvernement réparateur, c'est

. P . rfe travailler par tous Us moyem

possibles à l'union entre Français.

Ce pays-ci a été abominablement divisé, il fautrefaire l'entente nationale. La situation extérieure l'exige et la poli" tique intérieure en deviendra plus facile.

11 faut en finir avec ce système d'ostracisme et de contradictions qui consiste pour un ministère à déclarer, comme .M. Caillaux l'a fait à Saint-Calais, vouloir à l'extérieur une politique u liautemcut et résolument nationale n, alors qu'à l'intérieur la politique ne doit pas être une politique d'apaisement et d'union. C'est à n'y rieo comprendre. Aux beures de crise, contre les périls de toute nature extérieurs ou intérieurs, c'est l'union sans phrases de la grande masse des citoyens qui seule peut faire la force d'un gouvernement. En outre, la politique sectaire d'ostracisme n'est-elle pas le plus sûr moyen d'écarter de la République ceux qui voudraient la voir menée confor* mément à ses principes?

- , ,, La politique sociale constitue évi-

Les bases d une ,

,.^. . , demment l'une des principales diffi-

pohtique sociale. , . i im ,

cultes de i heure présente. C est

dans ce domaine surtout qu'il convient d'éviter de revenir

à des mesures réactionnaires au sens fâcheux du mot.

Rien ne serait plus contraire à l'intérêt général du pays.

Il y a du vrai dans le socialisme et ce vrai d'ailleurs n'est

pas nouveau. Le socialisme compris d'une façon élevée

n'est, en somme, que la paraphrase rationaliste de la parole chrétienne : " Aimez-vous les uns les autres. '^

Il faut donc favoriser sincèrement et loyalement les réformes propres à améliorer ou à adoucir la condition des travailleurs, mais dans la mesure des forces financières du pays, sans que ce soit aux dépens des nécessités primordiales de la défense nationale et sans faire de ces réformes un bas instrument de surenchère et de flagornerie électorale, car c'est précisément l'esprit de surenchère qui introduit dans les réformes ces éléments mauvais qui les rendent inapplicables.

Il y a là pour un gouvernement une attitude à prendre nécessaire mais délicate, car // s'ar/it en même temps de ne pas être dupe en acceptant le principe de réformes sociales dont l'aboutissement logique est la ruine de l'industrie.

Les meneurs du socialisme ne s'en soucient guère, ils ne voient dans les surenchères que des moyens de garder leur influence sur les ouvriers si faciles à duper. Exiger des salaires toujours relevés en même temps qu'une production de travail sans cesse diminuée, c'est vouloir la catastrophe économique. 11 n'y a pas de gouvernement digne de ce nom qui puisse, dans l'intérêt général aussi bien que dans l'intérêt des ouvriers, se prêter à cette manœuvre facile, en somme, à discerner.

Il n'y a pas à se dissimuler que l'aboutissement logique des efforts anarchiqucs des ouvriers est une ère de désordres inouïs et de ruines.

M. Vaillant est Ir saint Jean Boncho d'or du suciaiisinc, constate Le Temps (9 mars 1912). Cet intrt'pidft révolutionnaire ignore les snhtilités do la diplomatie ; il va droit an but. Ses discours sont parfois un peu longs, mais ils sont souvent bien expressifs. Celui qu'il a prononcé hier à la Chambre, au cours du début sur la journée de dix heures, dont la durée lui semble, naturellement excessive, contient un aveu bon à retenir.

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u La grève dos mineurs anglais est une des résnltantes de la journée de hnit heures, a-t-il dit. L'ouvrier vent, en effet, la journée plus courte, mais il no voul pas qu'un travail plus int«>nsir ou uno réduction do salaire vienne contrarier l'effet de la réduction du travail. Il réclame, comme complément de la journée de huit heures, la suppression du travail à la tâche et le minimum du salaire, n

Il ne nous déplaît pas de voir nos conclusions corroborées par un .socialiste de la valeur et de l'importance de M. Vaillant. En ses paroles se trouve dévoilée avec une brutale franchise toute la tactique socialiste.

Que peut faire un gouvernement en faveur d'hommes qui pensent comme Tom Mann laj^itateur anglais : « Rien nciKjage à respecter les accords (fiiand il y en a de conclus. Il n'est pas besoin de garder la foi jurée au patron n ? (Cité par Le Temps, 19 mars 1912.)

Or, c'est la même tendance que nous retrouvons dans les prétentions de la C . G . T. 5i la notion de droit et de contrat doit cire écartée des réformes sociales, il n'y a rien à faire. Toute réforme réalisée par un gourcrncment en dehors de ces bases mènera le pays à une catastrophe.

Certes, en raison de l'influence excessive prise par les meneurs anarchistes sur les syndicats, la tâche d'un gouvernement n'est pas aisée à l'heure présente. // ne peut s'en tirer qu'à force de loyauté et de bon sens. Il faudrait qu'il ne manquât pas une occasion de dire aux ouvriers que, s'ils ont des droits, ils ont aussi des devoirs et des devoirs sociaux très étendus envers la collectivité à laquelle ils appartiennent. Un syndicat ouvrier, si puissant soit-il, n'a pas le droit de servir les intérêts particuliers de ses membres aux dépens du grand syndicat plus intéressant encore qui s'appelle la nation. L'n gouvernement réparateur devrait s'efforcer de faire comprendre aux ouvriers que quand, par exemple, les cheminots se mettent

en grève, ils portent injustement et sans aucune excuse un préjudice considérable à des millions de Français qui ne leur ont fait aucun mal. L'emploi de la grève pour les grands services publics n'est compatible ni avec le droit, ni avec la justice. Il faudrait encore convaincre les ouvriers, — et c'est là une condition de tout progrès démocratique réel, — que quand des concessions excessives leur sont faites, en vertu des lois inéluctables de l'incidence économique, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui finissent par en supporter le choc en retour le plus pénible.

La crise de la vie chère, conséquence dans une large mesure des concessions faites aux travailleurs et surtout du moindre rendement de la main-d'œuvre, constitue un exemple topique.

Enfin, idée capitale que tous ceux qui ont la charge du gouvernement devraient développer devant les travailleurs, c'est que les intérêts des employés et des employeurs ne sont pas, en réalité contradictoires, qu ils se pénètrent, au contraire, dans une large mesure, puisque de toute évidence, — et c'est ce que comprennent fort bien les ouvriers allemands, — les intérêts des travailleurs d'un même pays sont solidaires de la prospérité de l'indu-strie nationale et que seule la prospérité de l'industrie rend possibles les réformes réalisables.

Sans doute, un gouvernement doit encore faire respecter le droit de grève dans les cas où il ne lè.se pas la collectivité sociale, mais à la condition d'assurer également la liberté du travail. Il est inadmissible que chez nous la tyrannie syndicale mette d'honnêtes travailleurs dans l'impossibilité de gagner leur pain et celui de leurs familles.

Evidemment, étant données nos mœurs politiques, une pareille attitude n'est pas facile à prendre pour un gouver-

LES SOLUTIONS 5Si

nement, mais il n'y en a pas d'autre qui corresponde aux réalités saines et durables. D'ailleurs, en se plaçant sur cette base, on obtiendrait peut-être des résultats plus aisément qu'on ne serait tenté de le croire. A côté des meneurs des syndicats, il y a la grande foule des ouvriers qui, au fond, est raisonnable, soufTre de la tyrannie des chefs révolutionnaires et ne demande qu'à s'y soustraire. Le pays tout entier lui-même commence à en avoir assez des prétentions syndicalistes. 11 y a donc de solides raisons de penser qu'il appuierait un gouvernement déclarant nettement que, s'il soutient le droit syndical dans les limites légales, il entend ne pas permettre que les syndicats deviennent dans le pays l'équivalent des maîtrises et des jurandes de l'ancien régime dont la tyrannie insupportable a été l'une des causes principales, mais trop oubliée, de la Révolution de 1789.

, , ^ ,, Pour rendre possible l'union des

Il faut mettre „ . , . ...

, ^, Français, plusieurs conditions s im-

un terme aux luttes ' , • • - 1 i

,. . posent. La plus évidente de toutes,

religieuses. , i . • .

c est de mettre un terme aux luttes

religieuses ou tout au moins d'en atténuer l'importance dans la plus large mesure possible. .Maintenant que la crise aiguë de la séparation des Eglises et de l'Etat est passée, l'apaisement en matière religieuse peut faire d'autant plus de progrès qu'une bonne partie du pays le souhaite vivement. Une quantité croissante de Français, même de non-croyants, en comprennent la nécessité. Certaines mesures sectaires, comme celles qui consistent à poursuivre les religieuses qui soignent les malades infortunés, uniquement parce qu'elles sont catholiques, révoltent la conscience d'hommes appartenant à tous les partis.

Les déclarations ci-dessous montrent combien nouvelle et profonde est l'évolution des esprits à cet égard.

Je snis protestant par le baptême, écrit un médecin de Lyon, et je ne pratique aucune religion. Dans ma maison de santé, si j'ai demandé des religieuses catholiques, ce n'est pas pour fonder une congrégation ; je les ai demandées pour que les malades qui se confient à moi soient aussi bien soignés que dans les cliniques suisses qui, avec leur personnel religieux, font la plus grande concurrence aux cliniques de chez nous... J'ai vu passer dans ma clinique des francs-maçons, des juifs, des protestants, et même un musulman, et tons ont conservé le meilleur souvenir de mes religieuses.

Ces religieuses de Sainte-Marthe, qui ont accepté, avec l'autorisation de leur évéque, de venir ainsi sous le toit d'un huguenot et d'un athée comme moi, qu'elles ne pouvaient se flatter de convertir, ces religieuses ont témoigné d'une largeur d'esprit qui, en regard de l'intolérance dont le gouvernement les menace et nous menace, est une véritable humiliation pour la morale laïque tout entière. — (Voir L'Echo de Paris, 22 décembre 1911.)

Le Temps (24 novembre 1911) sijjriale que, dans la séance du 22 novembre, le conseil municipal de Nimes, après une longue discussion et par 18 voix contre 8, a voté la motion suivante à propos des religieuses « pernettes » menacées d'expulsion par application des lois sur les congrégations :

Considérant que les petites sœurs de l'Assomption, dites sœurs pernetles, soignent gratuitement à domicile, sans distinction d'aucun culte ou d'opinion, la population pauvre de la ville de \inies; considérant que les bienfaits rendus par elles chaque jour, depuis vingt-cinq ans qu'elles sont él,>iblies dans la cité, sont unanimement reconnus et appréciés; considérant que toutes mesures rendant difficiles sinon impo-ssible leurs services frapperaient douloureusement la population nîmoise et auraient pour conséquence de grever plus lourdement le budget de l'assistance, sans que ceux-ci qui devraient y avoir recours puissent recevoir les mêmes soulagements, le conseil, après

en avoir délibéré, émet le vœu que les pouvoirs publics ne prennent contre les petites sœurs de l'Assomption aucun mesure pouvant piirler atteinte directement ou indirectement à l'acconiplisscment de leur œuvre et qu'ils les laissent à Ximes dans rimmcubie qu'elles occupent depuis si longtemps, rue Briconnet, i; charge le maire de transmettre [an plus tôt au président du Conseil copie particulière de la présente délibération du conseil municipal de Ximes.

Un peu partout, la masse de la Dation est dans les mêmes sentiments. Le 28 février 1912, une délégation de médecins, d'industriels et d'ouvriers de Puteîiux sont venus apporter à M. Paul Morel, sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur, une pétition signée de 10 400 électeurs, sans distinction de parti, demandant le maintien des Petites Sœurs de l'Assomption, gardes-malades des pauvres à domicile, qui sont établies à Puteoux depuis plus de trente ans et qui, se trouvant visées par l'article 18 de la loi du 17 juillet 1901, étaient sur le point d'être expulsées.

Le sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur a assuré les membres de la délégation que leur pétition serait de la part du gouvernement l'objet de l'examen le plus attentif. {Voir Le Temps, 29 février 1912.)

Cette attitude compréhensive et plus bienveillante que celle de jadis du gouvernement peut être conflrmée et étendue. Si les hommes au pouvoir veulent réellement panser les blessures faites, il leur suffit d'être scrupuleusement respectueux de la liberté de conscience, ce qui implique l'abstention de toute hostilité systématique contre les catholiques. La pratique du catholicisme ne doit vraiment pas être considérée comme une tare pour des fonctionnaires. Mais, pour que le gouvernement puisse avoir cette attitude, il faut que les croyants lui facilitent cette évolution. Il est nécessaire qu'ils comprennent qu'il est de leur intérêt, comme de l'intérêt général du pays.

5î» LA CRISK FRANÇAISE

d'éviter de mêler la foi à la politique. Que les catholiques luttent contre toute tendance gouvernementale à opprimer ou à blesser leurs convictions religieuses, rien de plus légitime. Sur ce terrain, ils trouveront pour les aider tous les non-croyants de bonne foi et ils sont beaucoup plus nombreux qu'on ne pense. Certes, la frontière entre la religion et la politique est souvent difficile à trouver, mais les catholiques qui sont d'excellents Français sauront la discerner s'ils comprennent l'immense intérêt qui existe, devant la situation extérieure si grave, à refaire l'union nationale.

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La paix dans l'école ,. ^ , ". , ,,. , .

. . . implique la paix dans 1 école pri-

est nécessaire '. . , , ,

. , .. maire qui doit être respectable et a la nation. 7 '

respectée. 11 est inadmissible et

intolérable que l'école chargée de former les jeunes enfants de la nation soit un champ de propagande utilisé par des instituteurs cégétistes pour répandre des idées qui ne sont pas de l'âge des enfants et qui sont aussi contraires aux volontés des parents qu'à l'intérêt du pays.

Il est grand temps qu'on revienne sur de pareils errements. Tous les hommes qui s'intéressent sincèrement à l'école primaiie le proclament sous des formes plus ou moins explicites.

M. Ferdinand Buisson :

... ne veut pas qiu* l'école primaire, fréquentée par des élèves de moins de douze ans, soit une lice ouverte au conflit des idées religieuses et des systèmes métaphysiques. . . A ses yeux toute foi est respectable. (Voir Le Temps, 14 janvier 1912.)

En réalité, bien des difficultés et des méfiances seraient écartées si les instituteurs appliquaient purement et simplement les programmes tels qu ils existent, car alors

LES SOLUTIOXS 525

les tendances de l'école ne seraient pas antireligieuses. Comme le fait très exactement remarquer Le Temps, du 19 novembre 191 I :

La lui est la lui et les prugramiiies sont les protjrarames... Quant aux prugrammcs de 1882, ils ne sunt pas, que nous sachions, abroyés, et ils comportent, au cours moyen qui reçoit les enfants do neuf à onze ans, un paragraphe sur les Devoirs envers Dieti. En voici le texte pri^cis : « L'instituteur n'est pas chargé de faire un cours ex professa sur la nature et les attributs de Dieu : renseignement qu'il doit donner à tous indistinctement se borne à deux points : d'abord il leur apprend à ne pas prononcer légèrement le nom de Dieu ; il associe étroitement dans leur esprit à l'idée de la Cause première et de i'Ktre parfait un sentiment de respect et de vénération , et il habitue ehacun d'eux à environner du mémo respect cette notion de Dieu, alors même qu'elle se présenterait à lui sons des formes différentes de celle de sa propre religion. Ensuite, et .sans s'occuper des prescriptions spéciales aux diverses communions, l'instituteur s'attache à faire comprendre et sentir à l'enfant que le premier hommage (ju'il doit à la divinité, c'est l'obéissance aux lois de Dieu, telles que les lui révèlent sa conscience et sa raison. '■ .\ul homme de bonne foi ne niera que le texte soit formel. Et l'on voit que Jules Ferry avait prévu toutes les difficultés qu'on pouvait lui opposer. Car enfin, au nom de Dieu, à la notion de Dieu, l'école doit attacher la vénération : c'est un fait.

.\u congrès des jeunesses laïques, M. Poincaré, tout en tâchant de ne pas heurter les instituteurs qui veulent considérer l'école laïque comme menacée, leur a, en réalité, indiqué le seul moyen d'obtenir que son enseignement ne soit plus contesté.

L'école, doit être en mesure d'abriter toutes les confessions et toutes les croyances sans en gêner aucnne.

Libre au dehors de ses opinions, en classe l'instituteur doit s'abstenir de prononcer un seul mot qui puisse trahir sa foi reli-

gieusc ; il faut qne les parents croyants ou incroyants ne soient point blessés dans leur amour Hlial. Il faut que réducation que reçoivent les élèves dans leur famille ne soit ni contrariée ni contredite.

Cette neutralité rigoureuse qui peut être assez mal observée dans les cours secondaires est une nécessité à l'école primaire qui est obligatoire. (Voir Le Matin, 7 août 1911.)

Mais le respect dont l'école primaire doit bénéficier dans le pays implique, en fait, que les instituteurs cessent de se mêler de politique.

Il faut, reconnaît La Petite République, qne l'école s'impose même aux esprits les plus prévenus, sinon par sa perfection, du moins par sa supériorité. Le moyen d'y parvenir n'est évidemment point celui qu'emploie certains instituteurs u syndicalistes n, qui ravalent leur haute et noble mission jusqu'à descendre sur la place publique prendre part es qualités à la mêlée des partis. (Cité par Le Matin, 8 août 191 1.)

En réalité, il serait souhaitable que l'instituteur ne se mêlât pas plus de politique que l'officier. Un gouvernement ayant une perception vraie de l'intérêt du pays et de celui du corps enseignant devrait s'efforcer de faire comprendre ce point de vue aux instituteurs.

La tâche n'est peut-être pas aussi difficile qu'on pourrait le croire, car un mouvement inattendu très intéressant se produit dans ce sens chez les maîtres de l'école primaire.

Les instituteurs commencent à être las de faire de la politique et d'être les instruments des politiciens. Ils commencent à tenir un langage nouveau qui est la résultante de l'excès du mal causé par le favoritisme dans le personnel enseignant.

L'.Amicale des instituteurs et institutrices de la Borne a adressé, en décembre 1911, au ministre de Tins-

truction publique cette lettre très révélatrice de ces nouvelles tendances.

Mo.VSIKUR LB MlNISTRK,

An nom de rAniicalr, j'ai l'honneur de vous transmettre l'ordre du jour suivant :

u Le bureau de l' Amicale, la commission centrale chargée de rechercher les faits du favoritisme, le conseil d'administration et l'assemblée générale, dans leurs séances des 15 octobre, 5 novembre et 3 décembre 1911 :

u Considérant que le dernier mouvement du personnel, préparé par l'inspecteur d'académie, a été siihotè par la plupart de» hommex politiques du département ; que depuis fort longtemps d'ailleurs les nominations, permutations, les changements et les dé])larements d'ofjice se font sous la dictée des députés et des sénateurs; que les maires eux-mêmes des petites et grandes communes sont appelés à indiquer des nominations : tu l'énumération de divers faits de favoritisme ;

u Considérant que le personnel de la Dordogne, dans son ensemble, est las de cet état de choses qui semble inhérent à ce département; que rester muets et impassibles plus longtemps devant tant de passe-droits, de faveurs, d'injustices, serait indigne d'un corps d'hommes appelés à enseigner la dignité aux autres et à eux-mêmes; qu'un régime républicain, sous peine de déchéance prochaine, ne peut tolérer davantage de tels errements ;

u Protestent contre l'omnipotence scandaleuse des hommes politiques dans un domaine où ils ne peuvent apporter ni compétence ni impartialité ; demandent la nomination par les chefs avec la collaboration du personnel, suivant les conclusions du congrès de Nantes ; déclarent qu'ils sont déterminés à faire appel à l'opinion publique par tons les moyens légaux, presse, affiches, réunions, jusqu'à ce que les garanties auxquelles ils ont droit leurs soient accordées; décident, enfin, qu'en attendant la réalisation de leurs vœux, l'Amicale va demander à ses membres un engagement écrit de ne reconnaître à l'avenir qu'un seul facteur pour l'attribution des postes ordinaires (postes d'adjoint

et de chef d'école à une classe) : l'ancienneté générale des services devant laquelle chacun devra s'incliner, tout cas d'espèces étant réservé et solutionné par les représentants de l'Amicale.

Veuillez agréer, monsieur le ministre, etc.

MiCHKL,

Président de l'Amicale.

(Voir Le Matin, 27 décembre 1911.)

Voilà n'est-il pas vrai un état d'esprit nouveau et excellent, qui, bien compris par un f]|Ouvernement impartial, soucieux à la fois des intérêts du personnel enseignant et de l'avenir du pays, lui permettrait de pacifier la question scolaire? Nox instituteurs soûl nu fond en çjraude majorité de fort braves gem. La plupart d'entre eux ne demandent qu'à rester dans les limites de leur véritable rôle et ils le disent. Quant aux instituteurs dévoyés par le contact des politiciens, aux irréductibles, aux meneurs qui font une propagande anarchiste et antinationale, ils doivent être écartés du corps enseignant, car d'une façon manifeste ils trahissent la conûance de la nation. Le temps où l'instituteur anarchiste était plus intangible qu'un préfet et surtout qu'un ofûcier ne peut plus durer. Chargé de la haute mission de confiance de discipliner la jeunesse de la France, l'instituteur doit donner lui-même l'exemple de la discipline à ses chefs et de son dévouement aux intérêts nationaux.

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