‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 151 sur 191 · II. LKS HOMMFS KT I.KS FORMULES POLITIQUES · texte numérisé non relu

II. LKS HOMMFS KT I.KS FORMULES POLITIQUES

Mais avant d'examiner et de discuter ces diverses hypothèses, persuadons-nous que les formules gouvernementales: république, empire, monarchie iiepeuvent pas con.'^lituer par elles-mêmes des garanties absolues de bon gouvernement.

. . Suqs doiilc rulGcacité des hns

La vanité m ' •> i

constituUonnellei» contribue a la des formules i,. • ■ • • i i ..

(Miaiite de la vie sociale des nations, gouvernementales. ', , . , , ,. ., , ,

^' ^ ' "" Les lois sont des lisières dont

l'expérience a démontré la nécessité. Leurs obligations

constituent des sacrifices rendus obligatoires par l'împer-

fectiori de notre nature, car elles empêchent les hommes

^u pouvoir de trop facilement dérailler. Mais, en réalité,

Içif forw^yles politiques oflf moins d'importance nue le

carqct^re dps hon^mes qui les appliquent. De la valeur dp

ceux-ci, de leur esprit de décision, de leur loyauté surtout

dépendent la qualité du régime qu'ils représentent-

Pour se convaincre de celte vérité, il suffit de considérer

le monde contemporain. Nous venons de voir des monar

chies absolues comme la Turquie, ou presque absolues

comme la Russie, passer par des crises effroyables, l^a^

concentration plus théorique que pratique des pouvoirs qui avait lieu en la personne du tsar Nicolas II, sojiverain personnellement bon et très désireux de bien faire, n'a pas empêché la Russie d'être entraînée dans la désastreuse guerre russo-japonaise. L'Angleterre est une monarchie constitutionnelle et cependant elle passe par une crise sociale et démagogique d'une exceptionnelle gravité. La France est une République, mais on vient d'y pratiquer un régime contraire à tous les principes républicains.

Le seul exemple qui, au premier examen, paraît probant au point de vue de la valeur d'une formule gouvernementale est celui de l'Allemagne. Mais si l'on va au fond des choses, on constate que c'est moins la formule de son régime qui fait la force de 1 Empire allemand que les qualités gouvernementales des hommes chargés de l'appliquer.

L'Allemagne, en effet, a cette bonne fortune d'avoir à sa tête une dynastie, celle des Hohenzollern, qui depuis le Grand-Electeur a produit une série de souverains ayant, dans l'ensemble, le sentiment profond de leurs devoirs de chefs d'État.

Ce sont, en réalité, ces qualités personnelles des souverains prus.siens, servies par l'esprit de discipline de la population allemande, qui ont permis à l'Allemagne son unité, son extension et ses nombreux succès.

D'autre part, si, dans un pays républicain, les gouvernants mettent au service des intérêts généraux leur valeur, leur caractère et leur activité, on constate aussitôt un bon gouvernement. L'exemple si intéressant de la Suisse est là pour le prouver.

Ce que peut ^^ ?"'''° ''^'^'''^ présentement

- , en Grèce est encore une preuve

la valeur . , , ,

convaincante de ce que peut le d un homme. ^ ,, , t r

caractère d un homme.

Il y a deux ans seulement, le royaume hellénique était déchiré par d'effroyables rivalités de personnes et de partis. Le gâchis était à son comble. La révolution menaçait et on ne voyait pas d'issue. Or, ces circonstances presque désespérées ont porté au pouvoir un homme d'une haute valeur morale, d'une droiture absolue et d'une volonté ferme, M. Venizelos.

En quelques mois, la situation de la Grèce a été si profondément transformée que personne aujourd'hui ne conteste plus l'action bienfaisante de M. Venizelos. Le Parlement hellénique qui, avant lui, ne pouvait réaliser aucun effort sérieux, s'est montré, sous l'impulsion de ce véritable homme d'État, travailleur et discipliné.

En quelques mois, il a été voté l'an dernier plus de 150 articles de loi dont certains de la plus haute importance. L'administration a été modiGée d'une façon radicale. La charte constitutionnelle a été adaptée aux nécessités nouvelles. Les abus de l'administration qui existaient dans tous les services publics ont été combattus avec énergie. Des travaux d'utilité publique : chemins de fer, routes, outillage des ports, dessèchement de marais ont été entrepris.

L'armée, qui était minée par la politique, est en voie de renaissance sous la direction d'une mission militaire française dirigée par le général Eydoux. M. Venizelos a donné aux ofBciers étrangers le concours le plus loyal et tout marche pour le mieux. L'effectif réel de l'armée hellénique, qui ne s'élevait jusqu'à présent qu'à 80 000 recrues, comptera désormais un contingent de 130000 hommes bien armés et bien équipés. Des mesures efficaces sont prises pour soustraire les officiers à l'action néfaste de la politique. Au point de vue naval, on constate le même effort de relèvement. Une mission anglaise dirigée par l'amiral Tuffnell procède à d'excellentes réformes dans la paesure des crédits mis à sa disposition.

Or, malgré toutes ces réformes, par le seul fait que les abus de l'administration ont été en grande partie supprimés, les exercices de 1910 et de 1911 laissent un excédent budgétaire.

Au point de vue de la politique extérieure, M. Venizelos a fait preuve des mêmes qualités qu'à l'intérieur.

Quoique ayant pris lui-même jadis une part très active au mouvement crétois, il a eu la remarquable sagesse de comprendre que le moment n'était pas venu de réaliser l'union de la Crète à la Grèce; il a donc su se raidir contre les sollicitations des Crétois qui demandaient leur admission au Parlement hellénique.

Ainsi donc, dans tous les domaines, M. Venizelos a fait preuve des véritables qualités de l'homme d'Etat.

Les résultats qu'il a obtenus sont tellement évidents que des élections générales triomphales viennent dans toute la Grèce de sanctionner sa politique. M. Venizelos a été réellement le sauveur de la Grèce.

Or, ces résultats considérables, si profitables à son pays, M. Venizelos les a obtenus uniquement parce qu'il a rompu avec tous les procédés politiciens. Il a su céder dans les détails mais résister sur les questions de principe. Il s'est placé au-dessus des partis, au seul point de vue de l'intérêt général de son pays, et il a réussi parce que son caractère a été égal à son intelligence. Le caractère, voilà la force supérieure des chefs dépeuples. Les politiciens n'en ont pas parce que seules les combinaisons d'intérêts mesquins les préoccupent. Seul l'iiomme d'Etat véritable sait résister aux intérêts particuliers et agir dans l'intérêt général.

Mais évidemment, si la valeur des hommes joue un rôle considérable dans le gouvernement des Etats, elle n'est pas tout car le choix d'un bon régime peut singulièrement faciliter la tâche des hommes de caractère.

61* LA CRISE FRAMOAISE

m. — LES DIVERSES HYPOTHÈSES QUI SE POSENT POUR LA FRANCE

^. , , ^. Examinons d'abord l'hvpothèse

Une restauration , , ,, . , , . . ''^

, . , la plus éloiance du re.qinie actuel :

monarchique? ^ , " . " , .

une restauration monarchique.

Il y a peu d'années, il aurait été presque superflu d'eu parler.

Elle mérite maintenant considération en raison du talcut et de la vigueur avec lesquels Charles Maurras et ses amis préconisent le retour dti roi. Le groupe de L'Action française composé d'éléments jeunes, ardents, désintéressés, attire à lui une partie de la jeunesse désabusée et détachée de la République actuelle par ses scandales, ses fautes à l'extérieur et son absence d'idéal. Dn élément des progrès de L'Action française réside encore dans le fait qu'à l'heure actuelle elle est seule à avoir un plan bon ou mauvais. Aucun autre parti, en effet, ne propose à l'opinion un programme politique cohérent et adapté aux nécessités présentes.

En outre, le talent personnel de Maurras est si certain, ses convictions sont tellement énergiques qu'il est arrivé à fanatiser littéralement ses disciples et à leur inspirer une sorte de croyance mystique dans la vertu toute-puissante du pouvoir royal. Ce mysticisme qui consiste à affirmer et à croire que le roi par le seul fait de ses qualités intégrales et indubitables arrangera tout pour le mieux des intérêts français est singulièrement avantageux pour un parti d'opposition. Il dispense d'entrer dans certaines eicplications qui sont cependant nécessaires pour juger de la valeur pratique des théories de L'Action française. En résumé, Charles Maurras et setl amis nous disent que tout ce qui s'est fait en France depuis 1789 est vicié à la base,

que la démocratie et le régime électoral qui en est la conséquence ne sauraient produire que des résultats néfastes, qu'il faut en revenir à la glorieuse lignée des rois de France et s'en remettre à eux avec confiance du soin de débrouiller la situation et de tout remettre en place. Croyons au Roi, au Roi, au Roi.

Cette doctrine, qui est pour une bonne part un acte de foi, sans doute peut s'étayer par des arguments historiques, empruntés à la période antérieure à 1 789 ou grâce à la dialectique dont Maurras se sert remarquablement, l'ne doctrine ainsi établie est tout à fait de nature à créer un parti d'opposition qui attire les éléments excellents que ne sollicite aucune autre organisation, éléments qui se renforcent encore du nombre croissant des mécontents et des dégoûtés. Mais ceci admis, il n'empêche que la doctrine de Maurras ne saurait satisfaire ceux qui, toiit en reconnaissant les vices profonds du système actuel, n'oublient pas ce qui s'est passé dans lé monde depuis 1789 et qui, surtout, ont les yeiix ouverts sur le moutement universel contemporain. Ld formule monarchique de Maurras, qui réprouve toute conception démocratique et tout système électoral qui en procède, va directement contré la tendance mondiale des peuples d'adopter, puis d'organiser, sans doute au prix de mille vicissitudes, la démocratie et par suite le suffrage qui en est la conséquence. Or, bn ne va pas contre le courant universel des idées. Autaiil vouloir faire remonter un fleuve à sa source.

Pour d'autres inotifs d'ailleurs, la monarchie de Maurras ne séduit pas la raison. Charles Maurras et ses amis veulent la monarchie surtout pour assurer à la France les bénéfices d'une bonne politique extérieure. Mais là monarchie n'offre à cet égard aucune garantie particulière. C'est sous le pouvoir absolu de Micolas II, souverain personnellement excellent et sincèrement désireux de

maintenir la paix, que la Russie a été engagée dans la désastreuse guerre contre le Japon, dans des conditions d'imprévoyance qui peuvent être atteintes sans doute, mais n'ont jamais été dépassées par un gouvernement républicain.

Maintenant Maurras et ses amis veulent-ils une monarchie absolue, ce qui serait l'aboutissement logique de leur mysticisme politique? Or, cette forme de régime est en train de disparaître de la surface de la terre, puisque les monarchies qui semblent encore plus ou moins absolues tendent à devenir constitutionnelles.

En dehors des questions de principes, une raison toute pratique suffit à expliquer le caractère inéluctable de cette évolution.

Un monarque réellement absolu à l'époque actuelle serait le plus malheureux des hommes. Bientôt physiquement et moralement, il ne pourrait suffire à sa tâche. Comment, en effet, en présence de la complexité extraordinaire de la vie sociale contemporaine, un souverain absolu pourrait-il arbitrer, même par l'intermédiaire de délégués qu'il lui faudrait bien contrôler, les difficultés qui seraient soumises à sa seule autorité?

Le pouvoir réellement absolu avait sa raison d'être dans les temps où la vie des nations était relativement simple ; aujourd'hui, non seulement les peuples n'en veulent pas, mais il devient de plus en plus impraticable.

Quant à la monarchie constitutionnelle, en réalité, transition entre la monarchie absolue et la République, elle ne saurait convenir à Charles Maurras et à ses amis en raison de leur aversion pour le principe électif. Il n'existe pas, eu effet, à l'heure actuelle une seule monarchie constitutionnelle qui fonctionne sans un système électoral appliqué sous une forme ou sous une autre et celles qui ont encore des suffrages restreints voient se

LES SOLLTIOVS 617

développer chez elles un courant d'opinion qui les oriente rapidement vers le suffrage universel.

La monarchie constitutiounelle ne met d'ailleurs aucun obstacle à ces tendances démocratiques que réprouvent avec horreur L'Action française. L'heure présente nous fournit une démonstration péremptoire. En Grande-Bretagne, le roi George V a été tout à fait impuissant à empêcher la capitulation de la Chambre des lords devant la Chambre des communes et, pas davantage, il n'a pu faire obstacle aux tendances démagogiques de ses ministres, VLM. Lloyd George et Asquith qui, en acceptant l'idée du salaire minimum sans minimum de production, viennent de dépasser en surenchère les politiciens du continent sans considérer un instant que la réalisation, même momentanée, d'un tel principe est susceptible de porter un coup fatal à la prospérité du royaume britannique tout entier.

Par conséquent, si on sait ce que Charles Maurras et ses amis veulent détruire, on ne comprend pas très bien comment leur système fonctionnerait pratiquement alors que leurs tendances sont diamétralement opposées au courant d'idées universel.

Quant à la séduction du principe d'hérédité, elle devient de plus en plus faible. Cet intérêt est presque nul, s'il s'agit d'une monarchie constitutionnelle oîi le roi n'est qu'un décor. S'il est question d'une monarchie absolue, 1 hérédité peut avoir des conséquences terribles quand le souverain est incapable ou méchant. Les exemples de ce cas ne sont-ils pas nombreux?

La seule hypothèse où on puisse admettre que le roi de ALaurras régnera un jour sur la France serait celle où, à la suite des fautes sans nombre du régime actuel, un coup d'État royaliste réussirait. Dans ce domaine, tout est possible. Alors, si le roi de Maurras est vraiment un homme

618 LA CRISK FHA.VÇAISE

de haute valeur, de grande intelligence, de caractère, comprenant bien les nécessités modernes, il pourra réussir, pendant quelque temps, à gouverner la France et à lui rendre des services, mais dans ce cas ce ne serait pas en tant que roi, mais en tant (|u'homme de vîileur. Par conséquent, en dépit du titre de roi que se donnerait le chef de la France, il s'agirait dans cette hypothèse d'une solution non pas réellement monarchique, mais d'un coup de force dictatorial de forme en réalité bonapartiste.

- ., ,1- X l'G rétablissement de l'Kmpire

Le rétablissement , i ., '

, ,, . - dans un pavs comme la rrance pre-

de lEmpire ? . • j •

sente beaucoup plus de vraisemblance qu'une restauration monarchique. Les raisons en sont simples. Le bonapartisme est imc solution inGnimcnt plus rapprochée des conceptions modernes que la monarchie de L'Action française. Le bonapartisme, drapé dans le manteau de la Révolution, et appuyé sur le plébiscite, fait une large part à la consultation populaire et au régime électif. En outre, il comporte l'existence d'un souverain tangible. Il y a donc un chef visible, ce qui est conforme aux aspirations des Français qui, quoiqu'on en dise, aiment l'autorité. Enfin, il y a le souvenir de l'épopée impériale et de la légende de l'Aigle qui, comme une nuée de gloire, plane encore sur le monde et a laissé une séduction latente dans bien des cœurs français.

EnOn, le prétendant bonapartiste actuel, le prince Victor, a l'habileté de ne pas alarmer de puissants groupes d'intérêts politiques ou flnanciers comme le îsM L' Action française. Au contraire, il donne à entendre qu'il fera appel à toutes les bonnes volontés. On prétend même que certains républicains, sentant que le régime actuel est fortement compromis, ont déjà été à Bruxelles établir des contacts utiles avec l'héritier de Napoléon.

Pour toutes ces raisons, réventualité d'une restauration bonapartiste avec le prince Victor comme empereur peut être envisagée comme la plus probable, au cas où la République s'effondrerait.

, Il existe encore l'hypothèse de la

La dictature? i. . . j v n < • -i

dictature de X. Il ne s agirait pas

alors d'un régime ancien à rétablir, mais simplement d'une période transitoire. Il faut bien la ranger au nombre des possibilités pour le cas où des événements intérieurs et surtout extérieurs graves l'eraicut s'évanouir en quelques heures le gouvernement actuel et où un homme, encotrè inconnu mais hardi, profiterait de cet instant dé tumulte national pour s'emparer du pouvoir.

Il est bien évident qu'alors cet homme pourrait conduire la France à l'abimc ou peut-être la sauver s'il était un génie, mais l'aboutissement serait fatalement douloureux, d'abord parce que la dictature n'est pas un système viable, et qu'ensuite, l'histoire nous le prouve, tous les dictateurs font subir fatalement aux peuples les conséquences désastreuses de l'orgueil qui se développe dans le cerveau d'un homme dont le pouvoir est sans contrôle et sans limites.

Arrivons, à la dernière hydothèse.

Une quatrième ,, i, <, . . , •

?^ ^ Cellè-la, — je île m en cache pas, —

à tneÈ préférences, c'est la solution républicaine; c'est-à-dire un retour aux véritables principes républicains. Car enfin, pour peu qu'on y réfléchisse de bonhe foi, cette solution n'est pas rendue impossible par les constatations douloureuses que nous avons dû faire sur le régime actiifel.

Comme nous l'avons remarqué (voir page 200), les tnaux qu'il vaut à la France proviennent non pas des principes du gouvernement républicain, mais, du contraire, delà né-

620 LA CRISE FRAMÇAISE

gatioQ de ces principes par les politiciens et les « profiteurs 1 qui pèsent sur le pouvoir depuis trop d'années.

Beaucoup de raisons très fortes militent en faveur d'un retour aux principes républicains.

D'abord, si le Parlementarisme, tel que nous l'avons, est intolérable, on ne peut pas concevoir un gouvernement moderne qui puisse se passer d'un Parlement, c'est-à-dire de la représentation de la nation. Le vrai et unique problème consiste à ce que le Parlement soit fondé sur des bases solides. Or, le nôtre ne l'est pas.

Nous constaterons au chapitre suivant que nos rouages constitutionnels et législatifs sont encore à l'état rudimentaire, qu'ils peuvent être perfectionnés dans des proportions considérables et donner un rendement infiniment meilleur qu'actuellement.

Enfin, autre argument qui, à la suite de ce que j'ai observé à l'étranger, possède à mes yeux une puissance de conviction considérable :

L'abandon de h formule républicaine par la France serait une faute énorme, car une telle décision serait absolument contraire au courant universel des idées.

Sans doute, les démocraties comportent des inconvénients et des excès. Tous les régimes ont les leurs, mais ces excès n'ont rien de surprenant, car, en somme, les démocraties sont encore dans l'enfance, elles ne sont pas organisées. En tout cas, qu'on le veuille ou non, c'est la démocratie s'organisant qui de plus en plus tend à gouverner le monde.

Les vieilles formules : empire, monarchie, sont frappées à mort. Les deux Amériques, sauf le Canada, sont républicaines. L'immuable Chine, elle-même, avec les hauts et les bas inséparables d'une aussi extraordinaire évolution, vient de passer à la république. En Europe, dans les États qui conservent encore le décor monarchique ou impé

rial, nous voyons ou nous sentons que se préparent des courants d'opinion qui étendront demain le domaine des idées républicaines.

Le Portugal vient de faire sa révolution. L'Espagne et peut-être 1 Italie sont à la veille de la subir.

Eh bien, ne serait-ce pas une faute immense, colossale, impardonnable devant l'histoire des nations, si la France, l'initiatrice, ne comprenant plus le sens profond de l'évolution universelle, cherchait à la crise actuelle une solution autre que dans l'établissement d'un système qui permettrait uue application véritable des principes républicains dont personne ne peut contester tout au moins la valeur théorique? Ce qui nous manque, c'est leur application pratique.

Reconnaissons donc et proclamons toutes les fautes, toutes les tares du régime actuel qui n'a de républicain que le nom, mais comprenons que l'évolution générale des idées universelles nous fait un devoir et un intérêt de chercher la solution à la crise du régime actuel dans une application réelle de la forme républicaine.

Si nom voulons faire l'économie d'une révolution, c'est cers la quatrième République qu'il faut marcher. Des solutions raisonnables permettant de la réaliser sont parfaitement possibles. C'est ce qui me reste à exposer.

Page 1