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I. UN CHANGÉMKNT EST NÉCESSAIRE ET FATAL

Nous venons de rechercher quel pourrait être pour un gouvernement réparateur, fonctionnant avec le système politique actuel, Tensemble des mesures les plus urgentes à prendre pour assurer la paix sociale à l'intérieur et sauvegarder nos intérêts vitaux devant l'étranger; il nous faut maintenant examiner un problème qui, sans doute, ne peut pas recevoir une solution immédiate, mais qui est d'un intérêt capital pour l'avenir de ce pays. Ce problème est celui posé par la crixc du régime.

Certes, suivant la gravité des événements intérieurs ou extérieurs, le présent régime peut encore traîner quelques années, mais les rouages constitutionnels sont tellement faussés, les difBcultés qui s'accumulent en raison des fautes commises tendent à devenir si difâcilement solubles, que notre parlementarisme politicien finira bien par s'écrouler sous l'action d'un choc décisif.

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Dans les milieux les plus divers et les plus dévoués à la République, on reconnaît qu'elle est en danger, mais on ne saurait trop insister sur ce fait que ce danger vient uniquement des républicains eux-mêmes, ou du moins de ces politiciens républicains qui ne songent qu'à leurs intérêts mesquins, et ne veulent pas comprendre que leurs fautes répétées sont la seule raison de la désaffection du pays à leur égard. Assurément, quand la menace extérieure devient trop pressante, ces politiciens semblent avoir un retour d'esprit vraiment natioual, mais à peine le péril immédiat a-t-il cessé que, selon le mot de l'Ecriture, ils « reviennent à leur vomissement 1 .

,. , . La discussion de la réforme élec-

II n y a nen . , . , .„

torale ne permet plus aucune illua espérer . /,. . . . .

sion. C est vainement que, dans une des parlementau-es ^. , .^ .

question de cette importance,

M. Poincaré a fait appel à la «clairvoyance et au désintéressement de la Chambre -^ . (Séance du 14 février 1012.) Rien n'a pu ébranler le bloc énorme des politiciens qui, vivant de la politique, ne veulent d'aucune autre réforme électorale que celle qui les consolidera avec certitude sur leur siège. Ceux-là trouvent dans " la mare stagnante " le palladium de la République. (Voir Le Temps, 7 mars 1912.) Ils ne veulent pas savoir autre chose. L'impuissanceparlementaire,lemote.stencoredeM. Poincaré, est évidente. (Voir L'Echo de Paris, 15 février 1912.) « C'est parce que la Chambre ressemble chaque jour à une mer désemparée que tous les yeux se tournent vers la barre du navire guettant le geste du pilote, n (Voir Le Temps, 7 mars 1912.)

L'état d'esprit ^"^"* """ P""^'' '^ ^^* \>Ar{sx^è

entre l'indifférence et le dégoût,

du pays. . , . i j. »4 • j

mais c est le degout qui gagne du

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terrain. L'élection de Limoux {mars 1912) a été symptomatique. Qu^nd l'aviatenr Védrines s'est présenté, dans une de ces circonscriptions du Midi où le système actuel a joui longtemps d'un si puissant crédit, <i on voyait en lui, constatait Le Temps (19 mars 1912), un candidat antiparlementaire et, de ce fait, l'élection avait un carao tère très intéressant, presque symbolique " .

A l'heure présente, c'est un fait : le peuple français se soucie de moins en moins des étiquettes politiques : progressiste, radical, radical-socialiste, etc. auxquelles il s'est intéressé pendant les dernières années. On sent parfaitement que, dans la phase actuelle, il suivra et acclamera tous ceux, quelle que soit leur origine, qui feront une politique de relèvement national conforme aux instincts du pays.

La popularité légitime et très nette que vient de conquérir M. Millerand, en quelques semaines, est une preuve éclataute de cet état d'esprit. Simplement parce que, comme ministre de la guerre, il s'est libéré de toute préoccupation politicienne et s'est inspiré des seuls intérêts généraux français, M. Millerand vient de conquérir à la fois les suffrages enthousiastes et sincères des ouvriers revenus de l'aberration antimilitariste et des bourgeois qui jusqu'ici lui avait tenu rigueur du discours de Saint-Mandé.

L'effondrement des partis politiciens est si net que M. Camille Pelletan écrivait dans un article du Matin, entre deux croix funèbres, en parlant du parti radical : Priez pour lui. (Voir Ze Matin, 10 janvier 1912.)

. , , Cette faillite des aroupes politi-

L absence . o t i

ciens devant la nation était d'ailleurs

fatale car, ayant abandonné tous les « répubUcains ., Principes pour ne se préoccuper

. que de leurs intérêts, ils n'ont plus

ni programme ni doctrine à pro-

de programme chez les

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poser au pays. Et ceci est siugulièrement dangereux au point de vue républicain.

M. Edouard Herriot, le jeune et distingué maire de Lyon, reconnaît dans Le Rappel :

Nous manquons de doctrine. Cette insuffisance d'idées générales est même, à mon sentiment, la canse principale de notre recrutement difficile parmi les nouveaux venus.

La jeunesse aime qu'on lui tienne la tête haute. Ne fut-ce que pour elle, nous devrions restaurer notre progranmie dans son ampleur et dignité, surtout à l'époque où le gouvernement tente de donner au Parti radical une action sociale vigoureuse. (Cité par L'Action française, 11 décembre 1911 )

Avec sa netteté incisive coutumière, M. Marcel Sembat précise plus énergiquement encore dans /,« Revue de Venseignement primaire du 26 novembre 1911 :

Les monarchistes ont un plan. Les républicains n'en ont pas. Charles Maurras et L'Action française proposent de reconstruire sur le plan de la vieille maison d'avant la Révolution. Ils ne refusent pas d'employer les matériaux modernes, mais ils s'en tiennent aux vieux plans. Ils proposent donc une solution. Les Républicains n'en proposent aucune. Tout homme averti de la puissance des idées comprend aussitôt que, si nous restons dans cette situation réciproque, l'idée royaliste finira infailliblement par l'emporter sur l'absence d'idée républicaine. Le problème constitutionnel est posé devant l'opinion par les derniers scandales avec cruauté. Il faut réveiller de son sommeil l'opinion républicaine et préciser nos idées sur l'organisation du pouvoir exécutif dans une démocratie. (Cité par L'Action française, 1" décembre 191 1 .)

Le fait qui domine tout, c'est que la France veut sortir des scandales politiciens et, comme le système actuel a ses rouages faussés, que le personnel politique est usé, l'éventualité d'un changement de régime se po.^e avec une précision grandissante.

Les diverses hypothèses qui peuvent se présenter pour la France sont en nomhre limité. On peut entrevoir seulement :

Un retour aux véritahles principes du réfjime républicain qui sera seulement rendu possihle par une révision constitutionnelle fondamontale,

Une restauration monarchique,

Un rétablisspmept de l'Enipire,

Ou fii^ppre une transitiop à V^n quelconque de cp^ régimes représentée par une dictature.

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