I. DES CONDITIONS ESSENTIELLES D*UN RÉGIME RÉPUBLICAIN
-, , Comprenons d'abord nettement
Du principe , '^, . , , ,. . , . ,
. ,, ,. ^. qu lin régime républicain, precise-
a 1 application. ^ " ,.V . ,
ment parce qu il est rationnel et
basé sur des principes abstraits tendant à la réalisation de
l'absolu dans les domaines de la liberté, de l'égalité et de
la fraternité, est de toutes les formules gouvernementales
à la fois la plus attrayante pour l'esprit mais aussi la plus
difficile à appliquer. Pour son bon fonctionnement, le
gouvernement répubiicam exige des lois plus précises et des hommes ayant plus de talents et même, on peut dire, plus de vertus qu'un régime monarchique. En effet, dès que les principes sont violés par les gouvernants d'une République, la différence entre la théorie et l'application apparaît aussitôt; la déception et le détachement des masses populaires se produisent fatalement. Le peuple incrimine le régime et songe à en changer. C'est le mouvement d'opinion qui se manifeste actuellement chez nous.
,. ,. Mais les principes théoriques du
gouvernement républicain contiennent en eux-mêmes tant de puissance; ces mots de liberté, d'égalité, de fraternité, exercent tant de séduction sur les peuples qu'en dépit de ses applications incomplètes dues aux défaillances des hommes et à l'imperfection des lois, l'idée républicaine est en train de conquérir le monde. Klle le conquiert encore parce que, quoi qu'on en puisse dire, de toutes les formules gouvernementales, elle favorise le mieux l'essor de la démocratie. Démocratie! San§ doute, il est bien facile de prendre ce mot dans un sens péjoratif, et de rendre la démocratie responsable de tant d'excès démagogiques. Mais c'est là un procédé de polémique et non une façon impartiale de juger.
En réalité, la démocratie, c'est-à-dire le peuple organisant sa souveraineté, est peut-être l'idée la plus juste, la plus féconde qui ait jamais fait agir les hommes dans le domaine politique. La démocratie, c'est la protestation légitime contre ces organisations de castes des régimes anciens, qui ont bien eu leur raison d'être et leur utilité jadis, mais qui vraiment ne pouvaient pas subsister indéfiniment.
Peut-on nier qu'en dépit de tous ses excès, la démo-
cratie a permis à un plus grand nombre d'êtres humains qu'autrefois de goûter au fruit savoureux de la justice et de la liberté?
Certes, la démocratie ne s'est pas réalisée complètement, à bien des égards elle est encore dans l'enfance, mais comment peut-on honnêtement en combattre le principe alors que, comprise dans son sens initial et véritable, elle n'est que la forme politique de l'idée chrétienne fondée sur l'impérissable : « Aimez-vous les uns les autres « ?
^, ^. Mais si démocratie existe dans
Démocratie, v i- u a i i- r
., ^. ...^ 1 intérêt de la masse, son application
sélection, élite. ,. < ,, , , ,. ,
implique-t-elle la négation des valeurs intellectuelles et le nivellement par en bas comme on le prétend si souvent? C'est le contraire qui est vrai.
Pour peu qu'on y réfléchisse, en raison même de ses fondements rationnels et abstraits, un gouvernement républicain démocratique ne peut durer et se perfectionner qu'avec le concours des hommes de valeur, c'est-à-dire grâce à l'effet de la sélection intellectuelle portant au pouvoir législatif et exécutif les élites du pays.
,, ^. Or, la notion de sélection, de
La démocratie
^ , *. j 1. * valeur, implique finalement celle et la notion de chef. , , « i j- . •• i
de cbet et de discipline envers le
chef inséparable du progrès des groupements humains.
Cette notion de chef, de discipline est si puissante que les
socialistes eux-mêmes la subissent. Ils ont des chefs sous
la forme de leurs leaders, comme Guesde ou Jaurès, et ces
chefs font les plus grands efforts pour assurer la discipline
de leur parti.
Reconnaissons donc, enfin, que démocratie ne signifie
nullement nivellement par en bas mais comporte, au
contraire, les notions de sélection et d'élite.
LES SOLUTIONS 6t5
Cette conception de la démocratie est-elle contraire à celle d'égalité? Point du tout.
,..,., ^ La déclaration de droits de l'homme
L égalité dans , . , .. i ,
, ^ . et du cttoyen dans son article 1" qui
la démocratie. , ,,.,.,.. . .,
proclame 1 égalité des droits reconnaît en même temps la nécessité des u distinctions sociales ■» « fondées sur l'utilité publique » , donc de la sélection, de la valeur et, par voie de conséquences, la notion de chef dont la raison et l'expérience, à la fois, démontrent l'inéluctable nécessité.
L'égalité dans une démocratie, qui veut réellement vivre et prospérer, consiste non pas à combattre les élites mais à s'en servir en permettant aux plus modestes par la naissance ou la fortune d'en faire partie et d'arriver au rang suprême de l'Etat, précisément par l'effet de la sélection intellectuelle.
. . Quels sont, en somme, les prin-
Les prmcipes . , ,. .... ,, ^
. .^ .., cipes irréductibles d un aouverne-
irreductibles * • ui- • j ' *• 9 n
ment républicain démocratique? Il
d un gouvernement • 1 ,.1 , , . 7 . .
semble qu ils se réduisent a trois!
démocratique. , ^ , - , . ,,.
Le gouvernement doit être établi
dans l'intérêt des plus nombreux et des moins armés pour la
vie.
Le contrôle du peuple sur le gouvernement doit être assuré et ej^cace.
Ce contrôle doit s'exercer par l'effet du droit de suffrage aussi étendu et indépendant que possible.
Quant aux moyens d'assurer l'observance de ces principes, ils sont susceptibles d'être modiGés et perfectionnés sans cesse selon les leçons de l'expérience. Or, celle que nous sommes en train de faire nous prouve que nous avons énormément à changer dans le système actuel. Un
(iSfi LA CRISE FRANÇAISE
examen de notre constitution et de notre parlementarisme qui en est la résultante va nous convaincre, qu'au point de vue de l'organisation de la démocratie, nous sommes encore dans l'enfance.