AU MAL POLITICIEN
Les vices de notre système électoral et surtout du scrutin d'arrondissement sont tellement éclatants que le projet de réforme électorale basé sur la représentation proportionnelle avec le scrutin de liste, préconisé avec tant d'énergie par M. Charles Benoist, a trouvé l'adhésion de la plus grande partie du pays. Le scrutin de liste permet de remédier au mal « arrondissementier » et la R. P. repose sur une idée de justice certaine : la représentation des minorités, idée qui a fait son succès.
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A la suite du mouvement d'opiuioQ, la Chambre a doue dû s'occuper de la réforme électorale. Mais daus quelles conditions! Les u arrondissementiers ^ défendent leurs fiefs avec une énergie farouche et, en tout cas, la majorité de ceux qui acceptent le principe de la réforme ne la veulent que si elle est de nature à servir leurs intérêts de parti. Ils ne se demandent pas si la réforme est juste ou non. Ils ne la considèrent pas au point do vue du pays ni même de l'intérêt de la République.
Ils veulent purement et simple-
,.^. . ment donner 'une satisfaction de
les politiciens . , „ . . j . i i
forme al opinion, en gardant le plus envisagent ui j .x i i j T -i
., possible du système actuel dont ils
la reforme. '^ , . / ,
ont éprouve les avantages personnels.
C'est cet état d'esprit qui explique les manœuvres astucieuses employées au Palais-Bourbon soit pour faire échouer la R. P., soit pour la " truffer " de garanties satisfaisantes au point de vue des u prébendistes " actuels. C'est pourquoi nous venons d'assister à tous les efforts des u arrondissementiers " pour jouer « un bon tour ^ à la R. P., pour lui envoyer du " plomb dans l'aile »>,pour tacher de mettre la réforme électorale en perdition ou la rendre d'une application difficile.
Le résultat de ces efforts, c'est que, si la R. P. est votée, elle présentera un amalgame de dispositions étranges.
Les résultats . ^ ^f^'r "" .'"""*', *^. ^'T"
, . .. ^ tionnelle était claire et simple en
de leurs efforts. , ,.,, ;
apparence, mais, en réalité, la proportionnelle ne peut fonctionner qu'en ayant pour base une région électorale très étendue.
Aussi, lorsqu'il s'est agi de la faire fonctionner dans nos départements représentant une surface électorale trop restreinte, on a été contraint de chercher des modalités de fonctionnement, l'apparentement régional et interdépartemental, qui ont déjà compliqué la réforme.
C'est alors que ses adversaires ont utilisé ces difûcultés d'application pratique pour compliquer encore la R. P. autant qu'il est possible. Sous l'influence de toutes ces causes, il est bien certain que, si la R. P. est votée, elle sera d'une complexité rare, un « jeune monstre » auquel les Français amoureux de clarté ne comprendront pas grand 'chose avec l'apparentement régional, l'apparentement interdépartemental, le groupement des listes, l'attribution des sièges à pourvoir dans la circonscription ou dans la région, l'attribution des restes, etc.
Les adversaires de la réforme se réjouissent naturellement de ces complications. M. Ponsot, parmi ceux-ci, a fait avec humour l'exposé de la charge en douze temps que nécessitera, selon lui, le mécanisme de la R. P.
M. Pelletan, qui s'entendait si bien à empêcher la construction de cuirassés, s'avoue vaincu. Il « a lu et relu les textes votés sans parvenir à en rien dégager d'un peu clair n. (Voir Le Matin, 23 mars 1912.) Les bons apôtres rient sous cape d'une obscurité à laquelle ils ont aidé de toutes leurs forces.
«^„ . Étant données ces circonstances.
Conséquences , , « »> n
1.1-1 j 1 T» « même votée, la R. P. exercera-t-clle probables de la R. P. n . - i
une influence bien sérieuse sur les
vices profonds de notre parlementarisme?
Il faudrait être singulièrement naïf pour se bercer de
cet espoir. En mettant Cn au scmtiu d'arrondissement,
elle remédiera à un système assurément néfaste, mais on
peut craindre que, si la R. P. est réalisé dans les condi-
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tions que nous voyons probables, elle ne fera que fortifier la puissance des comités électoraux, donc des minorités organisées, qui sont l'une des causes du mal actuel.
Or, comme rien, concuremment à la réforme appelée la R. P., ne vient garantir les électeurs contre la tyrannie des comités, on ne conçoit pas très bien les résultats \Taiment profonds et bons qui pourraient sortir de cette réforme étant données les conditions et Vesprit dans lesquels elle semble devoir être faite, u On ne résout pas par des tours d'escîimotage, constatait Le Temps (8 février 1912), des difficultés où l'avenir de la République est en cause. «
On peut donc admettre que l'adoption de la R. P., tout en constituant un incontestable progrès, ne résoudra pas le problème de la crise du régime qui se pose actuellement devant nous. .\ la vérité, la R. P. n'est qu'un élément de le réforme électorale beaucoup plus profonde qu'il serait nécessaire d'accomplir.
II y a beaucoup plus et beaucoup mieux à faire.
Voyons les choses comme elles sont. La Constitution de 1875 aux rouages rudimentaires, faussés et usés, a fait son temps. On peut justement la comparer à une de ces automobiles d il y a dix ans dont le mécanisme était encore imparfait et qui, au bout de quelques années de service, faisait un fâcheux bryit de ferraille. Le changement de vitesse grinçait, l'allumage défectueux avait de continuels ratés.
Toutes ces autos démodées ont été mises au rancart parce qu'elles ne peuvent plus suffire aux nécessités actuelles. Pourquoi n'en ferions-nous pas autant avec la Constitution de 1875 rudimentaire, faussée, usée, qui a déjà trop vécu? La ^'rance est assez travailleuse et riche pour s'otTrir une confortable limousine, une souple et silencieuse quatre cylindres, dernier modèle, qui lui permette
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de parcourir sans peine et à bonne allure la grande avenue mondiale du projjrès.
Cette limousine dont a besoin la France, c'est une Constitution nouvelle. Comme le constatait encore M. Louis Passy, à la tribune du Palais-Bourbon, au commencement de cette année :
« La République constitutionnelle après vingt ans d'efforts n'est pas encore réalisée. (Voir Le Temps, 10 janvier 1912.) Il s'agit de l'obtenir, cette Constitution, conforme enfin aux principes d'un gouvernement républicain et do la substituer sans violence au régime déraisonnable et dangereux à tous égards que nous subissons.
Réviser la Constitution, c'est le seul moyen de résoudre pacifiquement la crise du régime en rendant possible : la quatrième République.