III. ou BN EST LA LIBERTÉ DU TRAVAIL
- ^ La propagande révolutionnaire
Jaunes et rouges. ^ , J^ J^ 2, , . ,.,
de la G. G. T. a rendu singulièrement âpres les rapports des Jaunes et des rouges. Les rouges, ce sont ceux qui, sous prétexte de faire triompher les revendications syndicalistes, ne sont jamais contents de leur sort et veulent, même par la pire violence, empêcher de travailler les autres, les jaunes, que, par une aberration étrange, ils traitent de « feignants » . Les rouges exercent parfois une incroyable tyrannie.
Au vu et au su de tout Paris, lors de la grève des taxiautos (janvier-février-mars 1912), les conducteurs qui voulaient travailler n'ont pu le faire qu'en recevant chaque jour une carte d'autorisation du comité de grève, après lui avoir versé cinq francs par jour.
Au cours d'un procès devant le tribunal de commerce, un conducteur nommé G... a déclaré que, pour avoir été un jour démuni de la carte syndicaliste constatant son versement au comité de grève, il a vu saboter sa voiture et et a du payer 800 francs pour réparations diverses. Ainsi, notait Le Temps (26 janvier 1912) : « Du côté révolutionnaire, exigence impitoyable, répression rigoureuse et immédiate ! Du côté des autorités légales, laisser faire et mollesse incroyable » !
Ce scandale des taxis circulant pendant des semaines dans Paris, grâce à la carte de grève visible dans les lanternes, a établi nettement que la liberté du travail n'est plus un bénéflce de la loi française.
Dans des cas innombrables, les malheureux jaunes ont dû apprendre à leurs dépens ce qu'est la u machine à bosseler " ,
6a LA CRISE FRANÇAISE
la u chaussette à clous » et autres inventions des milieux syndicalistes.
Et combien d'incidents douloureux ne connaît-on pas?
M. Clair-Guyot, collaborateur de L'Echo de Paris, a fait, à la fin de mai 1911, une enquête sur les attentats dont les jaunes sont victimes. A Grenelle, étant entré dans un petit débit de la rue Mademoiselle, il s'y trouva entouré de malheureux dont les membres ou la tête étaient enveloppés de bandage. C'étaient plusieurs « jaunes » qui, ayant été frappés et blessés par des « rouges » , avaient porté plainte chez les commissaires de police en désignant leurs agresseurs.
Or, officiellement, on ne faisait rien pour retrouver ces derniers et les punir. On s'ingéniait seulement à cacher à l'opinion ces incidents violents. (Voir L'Echo de Paris, 30 mai 1911.)
^ , La chasse aux renards, aux « jau-
, nés « , s'opère maintenant en tout
aux renards. i • •
temps, sans la moindre retenue, puisque la répression n'est presque jamais efficace. Dans un procès qui fut jugé à la dixième chambre correctionnelle, en septembre 1 9 1 1 , les débats de l'affaire Lesueur ont établi les traitements parfois réservés aux malheureux « renards » . Emile Lesueur est un ouvrier serrurier de 24 ans, employé à la maison d'ascenseurs Ménard. C'est lui qui désignait les ouvriers qu'il fallait, selon lui, arrêter quand ils ne voulaient pas cesser de travailler. On conduisait à la maison des syndiqués, rue Pouchet, ces ouvriers et ils devaient donner leur nom qu'on inscrivait sur un registre. Certains étaient attachés avec de grosses cordes à un poteau servant de pilori ; on leur crachait au visage et on les menaçait d'un supplice plus grave. On leur mettait aussi parfois devant la poitrine une fourchette
que l'on menaçait d'enfoncer. Puis un linge sale était passé sur leur figure. {Voir Le Matin, 18 septembre 1910.)
Parfois les chasseurs de renards Jusqu a la mort.
vont jusqu au meurtre.
Le 10 septembre 1910, une scène tragique se déroula au Havre, sur le quai d'Orléans, près de la caserne d'artillerie Eblé. Une dizaine de charbonniers grévistes virent passer un nommé Louis Danger, âgé de 42 ans, charbonnier, marié et père de trois enfants. Cet homme venait de terminer sa journée, ils lui cherchèrent querelle, se jetèrent sur lui, le rouèrent de coups avec une véritable sauvagerie. Le malheureux Danger allait être jeté à l'eau quand les gardiens de la paix arrivèrent. Trois des agresseurs furent arrêtés. Quant à Danger, couvert de sang, conduit à l'hôpital, il expira au bout de quelques heures. (Voir Le Matin, 11 septembre 1910.)
Le 14 novembre 1911, fut encore tué un jeune terrassier, Louis Merck, brave garçon de 18 ans, qui travaillait à Maisons-Laffitte.
^ , . La conséquence naturelle de ces
Comment les jaunes , , , , .
crimes, c est que les launes, ne se peuvent , , ,,
j., , sentant pas protèges par I autorité
se défendre. , , , < . i- i^ j j t j
légale, sont obligés de se détendre
eux-mêmes.
Mais alors leur situation devient très difficile, car, quoique se trouvant en cas de légitime défense, ils sont poursuivis pour s'être servis d'armes prohibées.
Le 2 août 1911, à l'audience de la dixième chambre correctionnelle, deux ouvriers italiens qui font partie de l'association : La Liberté du travail étaient dans ce cas. Le tribunal les a condamnés à 16 francs d'amende avec application de la loi Bérenger, mais M. le substitut Lafon
qui était obligé de requérir contre eux s'est vu en conscience amené à dire :
Vous avez eu tort, je le répète, de vous servir d'un revolver. C'est et ce doit être mon opinion de ministère public, mais dans mon for intérieur je puis avoir une autre opinion. (Voir Le Matin, 3 août 1911.)
, . La tyrannie ouvrière va si loin
Patrons maigre eux. , •" , . , . , .
que dans certaines régions, tout au
moins, le patron n'est pas toujours libre de ne pas faire travailler. Aux environs de Montpellier, lorsque le chômage gêne les ouvriers agricoles, ils vont s'employer de force chez les propriétaires des environs, prétendant être payés le prix qu'ils fixent eux-mêmes. Ainsi à Aimargues (Gard), le syndicat ouvrier du village a décidé que les ouvriers d'Aimargues iraient travailler d'office. Une répartition des chômeurs a été faite entre toutes les propriétés et avis de cette décision a été donné aux propriétaires. (Voir Le Malin, 1 1 mai 1911). Doux pays! dirait Forain.