‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 23 sur 191 · IV. — sous l'empire du sabotage · texte numérisé non relu

IV. — sous l'empire du sabotage

Depuis l'épanouissement de la propagande de laC.G. T., le sabotage sous les formes les plus diverses fait aujourd'hui partie intégrante de notre vie sociale.

-. . Le sabotage a existé de tout temps,

. , ^ sinon dans le mot, du moins dans

du sabotage.

le fait. Une section entière du Code

pénal est consacrée à la répression de toutes les sortes d'actes de destruction, de dégradation. Mais, fait remarquer M. Lauraine, rapporteur du projet de loi sur le sabotage, c'était alors l'œuvre d'individus et non comme aujourd'hui une véritable doctrine révolutionnaire.

C'est, semble-t-il, de 1881 que date la première manifestation collective de ce qu'on appelle maintenant le sabotage. En 1881, dit M. Lauraine, député, dans son rapport rédigé au nom de la commission de la réforme judiciaire, c'est au " mastic " qu'ont recours les télégraphistes du bureau central pour protester contre le tarif des heures supplémentaires de nuit, et, pendant quatre ou cinq jours, tous les fils demeuient brouillés et toutes les communications télégraphiques sont arrêtées. Puis vient, en 1889, la grève des dockers où apparaît la doctrine : uA mauvaise paye, mauvais travail. » C'est en 1897 que le mot « sabotage n reçoit au congrès de Toulouse sa consécration officielle. Les congressistes de Rennes en 1898, de Paris en 1900, proclamèrent le droit au sabotage.

11 y a deux sortes de sabotage : 1" celui qui consiste à restreindre le rendement ; 2° celui qui a pour but la destruction ou la détérioration des produits et des instruments de production.

, - , M. Renault, secrétaire adjoint du

Les méthodes . v* ♦ ^ c j- *

comité de reseau fctat, du Syndicat

national des travailleurs des chemins

de fer, peut revendiquer le très spécial honneur d'avoir,

l'un des premiers, dans sa brochure : Le Syndicalisme

dans les chemins de fer, préconisé ouvertement les moyens

techniques de réaliser le sabotage.

Cette publication était évidemment inspirée de l'esprit

de l'organisation de combat que la C. G. T. créa en

juin 1909 et qui adressa anonymement à " des hommes

sûrs " des « instructions secrètes « dont La France a cité

quelques intéressants extraits.

Pour paralyser un fil aérien, le plus simple est de le couper. On attache solidement à une corde solide un boulon ou une pierre ; on lance le poids lourd sur les fils autant que possible

66 LA CRISK FHA.VÇAISE

à (^yalc distance de deux poteaux : on tire ; les fils viennent et on les coupe au sécateur ou avec des cisailles. Aucun danger d'électrocution, le courant est imperceptible. Avoir soin d'enlever plusieurs mètres de fils que l'on dissimulera au plus vite ; ainsi la réparation est beaucoup plus longue.

Ces instructions, utiles à suivre dans les circonstances actuelles, dans les grèves [grèves des postes, grèves des chemins de fer, grève générale) seraient non moins utiles à appliquer un jour où il y aurait une menace de déclaration de guerre.

Ne pas attendre la déclaration. Pour intimider les gouvernements, opérer à la première menace sérieuse.

Si vous êtes mécanicien, il vous est très facile, avec deux sous d'une poudre quelconque (de l'émeri) ou même seulement avec du sable, d'enrayer votre machine, d'occasionner une perte de temps et une réparation fort coûteuse à votre exploiteur.

Si vous êtes menuisier ou ébéniste, quoi de plus facile que de détériorer un meuble sans que le patron s'en aperçoive et de lui faire perdre ainsi des clients?

Un tailleur peut aisément abîmer un habit on une pièce d'étoffe.

Un marchand de nouveautés, avec quelques taches adroitement posées sur uji tissu le fait vendre à vil prix.

Un garçon épicier avec un mauvais emballage fait casser la marchandise ; c'est la faute de n'importe qui, et le patron perd le client, etc., etc. (Cité par L'Opinion 22 juillet 1911.)

Quelques formes . ^'^""^ ^ ''^' instructions et à l'in-

de sahotacie géniosité malfaisante des saboteurs,

le sabotage revêt maintenant les formes les plus variées.

La veille de la grève des cheminots en 1910, le bureau central télégraphique de la gare Saint-Lazare a été incendié. Le 15 juillet 191 1, le poste télégraphique de la même gare fut encore brûlé. (Voir L'Echo de Paris, 16 juillet 1911.)

Lors de la grève des cheminots, un militant avait expliqué ;

LES FAITS 6t

Il nons est bien facile sans faire grève d'entraver le service public.

Les 20 000 mécaniciens et chaaffeurs, même sous l'œil de n'importe qnel officier, peuvent, au lieu de conduire leurs convois à une moyenne de 60 ou 80 kilomètres à l'heure, réduire la vitesse de 10 ou de 20 kilomètres. Retards considérables, correspondances constamment manquées. Ce ne serait pas la grève, mais le résultat serait le même. Enfin, les aiguilleurs pourraient faire u poser n devant les disques on blocks à l'arrêt. Et puis les syndicalistes, convaincus de la justesse de nos revendications pourraient peut-être arrêter les convois en abusant du signal d'alarme. (Voir Le Journal, 5 juillet 1911.)

Dtins les Compagnies de chemins de fer, le sabotage s'opère maintenant par mille moyens : les feuilles d'expéditions qui doivent accompagner un convoi sont en partie détruites, les wagons sont détournés de leur destination, le matériel est détérioré, etc. Cette combinaison ingénieuse du sabotage et de la grève perlée suffit à déterminer une perturbation administrative effroyable.

Le sabotage se propose parfois des buts nettement criminels.

Pour provoquer un déraillement, le procédé le plus simple consiste à mettre des traverses ou des pierres sur la voie. Ou bien les disques sont immobilisés, ou encore des pierres calent les aiguilles et empêchent leur fonctionnement.

Quant à la rupture des flls télégraphiques et téléphoniques, c'est le cas le plus fréquent. Quelques exemples.

Le 2 juillet 1911, entre Toulon et la Garde, tous les fils ont été coupés. Sur les lieux, on trouve des cartes postales portant ces mots : « Nous sommes des cheminots, nous voulons être réintégrés, nous mettrons en pratique la dynamite. " (Voir Le Matin, 3 juillet 1911.)

Entre Lille et Armentières,Ie 8 juin 1911, cinquante fils télégraphiques et téléphoniques sont rompus. Des exem-

plaires de La Guerre Sociale et de Za Bataille Syndicaliste sont trouvés près des fils coupés. En six mois, c'est la quatrième fois que ces actes de malveillance sont constatés au même endroit. (Voir Le Journal, 9 juin 1911.)

Les communications télégraphiques internationales sont également exposées. Le 27 juillet 1911, on s'aperçoit au Havre que les communications avec l'Angleterre sont interrompues et on arrive à constater, dans une chambre de raccordement des fils, qu'une dizaine de câbles avaient été coupés. (Voir Le Matin, 28 juillet 1911.)

Pendant Tété et l'automne de 1911, période durant laquelle la guerre faillit éclater avec l'Allemagne, les sabotages significatifs furent particulièrement abondants. On constata maintes fois que, pour les réaliser, les cheminots ou leurs amis emploient exactement les mêmes procédés dont on use en cas de guerre.

A l'aide d'un vilebrequin, on creuse dans la partie inférieure d'un poteau télégraphique un trou de mine dans lequel on place une cartouche de dynamite : l'explosion produite, le poteau coupé entraine en tombant tous les fils qu'il supportait, qui se rompent ou s'emmêlent. En quelques secondes, les communications sont interrompues.

Ce procédé rapide et scientifique a été appliqué sur les points les plus divers de notre territoire, près du tunnel de Puymorens, non loin de Perpignan, à la fin de juin 1911; puis le 30 juillet 1911, près du pont Colbert, non loin de Versailles ; puis dans la nuit du 7 au 8 juin 1911 à quelques kilomètres de la gare de Saint-Cyr. L'enquête révéla que les saboteurs étaient venus commettre leur forfait eu automobile comme le fait fut constaté sur d'autres points, (Voir L'Écho de Paris, 9 juin 191 1.)

On doit en conclure que, pour employer ce moyen d'action dispendieux, les saboteurs disposent de fonds importants dont il serait plus qu'intéressant de connaître l'origine.

Le sabotage revêt des formes si variées qu'on doit se borner à donner quelques exemples.

Le 23 juin 1911, la grève des ouvriers des forges de la Basse-Indre a été marquée par des déprédations graves. Vers minuit, on s'aperçut que les pompes alimentant l'imprimerie et la force motrice ne fonctionnaient plus. La conduite en caoutchouc amenant l'eau venait d'être coupée. {Voir L'Éclair, 24 juin 1911.)

La forêt de Fontainebleau a été en partie incendiée le 23 juillet 1911.

11 semble, disait Le Matin (24 juillet 1911), que la malveillance ne soit pas étrangère à ces sinistres répétés... X'a-t-on point découvert denx brûlots aux deux points où le feu éclata avant-hier, et hier, dans la nnit, n'a-t-on pas surpris un cycliste, muni d'un falot vert, qui s'enfuyait précipitamment de l'endroit où quelques secondes plus tard rougeoyait l'incendie?

Dans un meeting tenu le 20 novembre 1911, les monteurs électriciens décident de pratiquer la " grève perlée t> et " court-circuitée « dans les maisons qui refusent d'accepter leurs revendications. (Voir Le Temps, 21 novembre 1911.)

A la fin de juillet 1911, le feu balise de Lavezzi, sur la côte de Corse, fut trouvé totalement détruit par un incendie qu'on attribua à une main criminelle, car la serrure qui fermait la porte du dôme avait été visiblement descellée à l'aide d'instruments puissants. (Voir Le Malin, 25 juillet 1911.)

A la gare de Saint-Michel, près d'Angoulême, le 24 juillet 1911, un saboteur détacha les quinze derniers wagons d'un convoi de charbon destiné à la poudrerie voisine. Il s'ensuivit dans la manœuvre un tamponnement qui jeta cinq wagons hors de la voie et les brisa en partie. (Voir Le Matin, 25 juillet 1911.)

Le 10 juin 1911, 16 000 traverses sont incendiées près d'Avranches. La malveillance n'est pas douteuse. Mme Pichart, femme du chef de gare, a vu un homme allumant du feu et deux individus qui semblaient faire le guet. Cinq minutes après, l'incendie se déclarait près de l'endroit où les hommes avaient été aperçus. {Voir Le Matin, 1 1 juin 1911.)

Les cas de sabotage sont devenus extrêmement nombreux. Le 18 juin 1911, Le Malin enregistrait :

Du 19 mars 1909 au 17 juin 1911, 2 268 fils ont été conpts sur les réseaux de nos voies ferrées.

Or, pour ces 2 268 fils coupés, six ou sept condamnations seulement ont pu être prononcées.

Cette impunité constitua un si précieux encouragement aux " travailleurs conscients " du sabotage que, le 2 août 1911, Le Matin pouvait enregistrer les 2987" et 2 988" cas de sabotage.

Ces attentats ont déjà fait des victimes, même parmi les ouvriers.

En gare de Neusargues, près Aurillac, un ouvrier de la Compagnie de Paris-Orléans était occupé, le 30 sep-' tcmbre 191 1 , àla réparation d'une aiguille, lorsqu'une cartouche de dynamite, placée par un saboteur, explosa et blessa grièvement le malheureux à la tète. 11 eut un œil arraché et un côté de la figure horriblement mutilé. (Voir Le Matin, 1" octobre 1911.)

Le déraillement ^" "'''' ^'^' ^"''''^ ^^ déraillement

de Pont-de-r Arche, ^j" 'Tt'' ^:' Havre près de Pont-

de-1 Arche. 11 se produisit dans des

circonstances particulièrement émouvantes.

Le 30 juin 1 9 1 1 , Z,a Bataille Syndicaliste publiait cette note :

Pour saluer le ministère :

Les lâches saboteurs n'aiment pas opérer pendant les crises

ministérielles; ils ont nn tel souci de trouver en face d'eux des responsabilités qu'ils préfèrent s'abstenir de tout cisaillement quand les maroquins sont dépourvus de propriétaires. Aussi, tous ces jours derniers, à part quelques exploits d'irréductibles, ce fut la trêve générale.

.Aujourd'hui le ministère est constitué. Ses membres paraissent opposés aux réintégrations des cheminots. Conséquence, les hostilités sont ouvertes.

La Bataille Syndiralisie se contente de marquer les coups : mais, lions ce genre fl'e.rercice, elle a la prétention de battre tous les records d'information. Sans plus..., on n'en saurait douter. (Cité par L'Écho de Paris, l" juillet 1911.)

Cette note était à peine parue qu'on apprit qu'un rapide venait de dérailler près de Pont-de-l' Arche, non loin de Rouen, par suite d'un rail déboulonné dans des conditions telles qu'on ne pouvait douter que « ce travail » n'ait été Tœuvre d'un cheminot.

La note de l'administration de l'Ouest-État disait textuellement :

L'accident est dû à un acte criminel. In rail de la file gauche de la voie a été déboulonné. Sur les lieux, les agents ont trouvé certains des instruments qui ont servi aux malfaiteurs. Bien en évidence étaient placés des nnuahos du Libertaire, de La Guerre Sociale et de La Bataille Syndicaliste. (\'oir Le Petit Journal, 1" juillet 1911.)

En raison des conséquences effroyables qu'il faillit avoir, l'attentat de Pont-de-l'Arche souleva une émotion particulière, car ce fut par « un véritable miracle que les voyageurs de ce rapide échappèrent à la mort » . La direction de la Siireté promit une prime de 5 000 francs aux personnes qui fourniraient des renseignements permettant l'arrestation de l'auteur du déraillement. {Voir Le Journal, 2 juillet 1911.) On annonce que la justice suivait une

piste sérieuse, que l'enquête très sévère allait aboutir. En fait, on ne trouva rien.

Les arrestations de saboteurs ont Les arrestations .,> , . . i

ete extrêmement rares. Les premiers de saboteurs. , , ,, • x- -

saboteurs d une voie terrée qui

aient été arrêtés, l'ont été seulement en juillet 1911. C'étaient Maurice Amelot, âgé de vingt et un ans et André Agniès de Lisieux, un jeune homme de dix-huit ans. Ce dernier flt d'ailleurs des aveux complets. (Voir Le Malin, 10 juillet 1911.)

Le 22 juillet 1911, on s'aperçut que le verre rouge mobile d'un signal situé près de Barentin avait été enlevé, ce qui pouvait entraîner, si on ne s'en était pas aperçu en temps utile, le télescopage par un rapide d'un train qui était resté en gare et qui se croyait en sûreté.

Ou découvrit que le verre rouge avait été enlevé par Legoas, gardien du poste vigie, farouche cheminot, ayant pris une part active à la grève. Il dut avouer son acte criminel et fut condamné à six mois de prison, en octobre 1911, par le tribunal correctionnel de Rouen. Sur appel du ministère public, sa peine a été élevée à un an de prison. (Voir Le Matin, 7 octobre 1911.)

Le 29 juillet 1911, on s'aperçut que, dans la nuit, vingt-quatre fils télégraphiques et deux fils de signaux avaient été coupes sur la ligne d'Orléans, près de Lorient. On trouva à côté un numéro de La Guerre Sociale portant ces mots : pour les cheminols révoqués et pour les militants emprisonnés.

L'enquête aboutit à l'arrestation de neuf syndicalistes, finalement, deux seulement furent inculpés. C'étaient des ouvriers de l'arsenal.

Le 1" août 1911, les communications furent interrompues entre Brest et Paris. Il fut impossible de téléphoner

et de télégraphier toute une après-midi sur la ligne entre Lorient et Brest. Le soir même, où les réparations furent opérées, de nouveau le sabotage était renouvelé.

Trois ouvriers de l'arsenal de Brest, fortement soupçonnés, furent arrêtés comme saboteurs.

Il est k remarquer que des ouvriers, payés par le pays pour contribuer à la défense nationale, interrompirent les communications entre deux de nos ports militaires, au moment même où la tension de nos rapports avec l'Allemagne faisait craindre une guerre imminente.

Enfin, un flagrant délit de sabotage particulièrement significatif fut constaté, le 20 septembre 1911, sur la ligne du chemin de fer, près du pont de Vieux-Saint-Marc, non loin de Brest. Paul Gourmelon, vingt-huit ans, commis écrivain à l'arsenal, trésorier de la Bourse du tratail et trésorier de l'Union régionale des syndicats du Finistère, fut pris sur le fait, sectionnant des fils télégraphiques.

Le 28 octobre 1911, Gourmelon, devant le premier conseil de guerre maritime, déclara :

Mon «jcste a été un acte de protestation contre l'arbitraire gouvernemental pendant la dernière grève des cheminots, contre les révocations prononcées dont 2 000 cheminots souffrent encore, contre le sabotage de la liberté de penser et d'écrire. Anarchiste, j'ai agi seul et sans mot d'ordre.

Paul Gourmelon fut condamné à deux ans de prison, maximum de la peine, et 900 francs d'amende. (Voir Le Temps, (29 octobre 1911.)

En somme, la répression du sabo- L impunité ^

, ^ tajre en I^rauce a ete rare et par

du sabotage. -, . on

suite inetticace.

Cette impunité prodigieuse est d'autant plus inexplicable

que, dès le 8 mars 1911, le directeur du contrôle commer-

cial adressait, au ministère des Travaux publics, sur la crise des transports sur le réseau du Nord, un rapport fort explicite. D'après ce rapport, dès les premiers jours du mois de novembre 1910, aucun doute n'était permis.

« Le sabotage eut manifestement une part prépondérante dans les fautes d'exploitation, puisque le nombre des colis et de wagons dévoyés augmentait sans cesse. »

En effet, sous prétexte d'étiqnettes mal collées ou d'erreurs tenant à l'inexpérience, brusquement un grand nombre de wagons ont été l'objet de fausses destinations. Avant que l'esprit de laC. G. T. ne pénétrât \c» cheminots, la colle était bonne dans les Compagnies, les étiquettes tenaient et les erreurs de direction étaient extrêmement rares. Depuis que les cheminots ont adopté le système de la grève perlée, on peut juger des résultats obtenus. Ainsi, du 29 novembre au 13 décembre 1910, on a constaté sur le réseau du Nord 1 189 irrégularités dans les transports des wagons. Le 20 décembre 1910, il y avait à la gare de la Chapelle 142 wagons dont on ignorait le destinataire et l'expéditeur! Du 15 novembre 1910 au 30 janvier 1911, il y eut 5 565 wagons dont les transports étaient irréguliers. Plus loin, le rapport du directeur du contrôle constate que le syndicalisme a fait son œuvre dans les milieux des cheminots, « c'est le principe du moindre effort qui chez eux domine, l'indifférence professionnelle a gagné un grand nombre d'agents » . Depuis que le syndicaUsme a fait des progrès, beaucoup de travailleurs ne savent plus à quels chefs ils doivent obéir, si ce sont à ceux nommés par la Compagnie ou à ceux désignés par le syndicat. (Voir Le Temps, 30 mai 1911.)

- , ^ Dans la séance de la Chambre du

Le Parlement

et le sabotage. ^ ^J"!""* 1^^*' ^^ ^^ ^^"'^ ^ ^'^

très justement :

Les vrais coupables ne sont pas les fous égarés par ces lectures (Guerre sociale, etc.). Ce sont les meneurs qui conduisent et qui jouissent d'une impunité scandaleuse.

LKS FAITS 75

M. Augagneur, ministre des Travaux publics, dans sa réponse a dû reconnaître :

Nous assistons, depnis trois mois, à une série de lâches attentats. Il n'y a pas d'expression assez forte pour flétrir de pareils actes. [\o\v Le Petit Journal, 4 juillet 1911.)

Au Sénat, M. Ancel constatait en juillet 191 1 :

La responsabilité (de pareilles catastrophes) en remonte, non an chemin de fer de l'Etat, mais au Gouvernement qui, depuis des mois, laisse des actes de sabotage se poursuivre indéGniment sur tous les réseaux de France.

Il n'a fait arrêter aucun saboteur, il n'en a fait condamner aucun. (Voir Le Journal, 6 juillet 1911.)

Et cependant, quelques jours plus tard, à la tribune de la Chambre, M. Caillaux, président du Conseil, devait reconnaître que, depuis le mois d'octobre 191 0,2 936 actes de sabotage avaient été commis. (Voir L'Echo de Paris, 12 juillet 1911.)

T , . . L'énormité des attentats commis

L opmion • , . - - n -i

^, , , parles cheminots a ete telle qu ils ont

et le sabotage. % . , ,. . , , .

hni par s aliéner le concours même de

ceux qui leur témoignaient jadis le plus de sympathie.

AinsiZaLan/emg demandait le 1 "juillet 191 1 : l'a- f-on agir?

Il faut appeler les choses par leur nom. Déboulonner un rail avant le passage d'un express, cela ne s'appelle pas un acte de sabotage, cela s'appelle un attentat le plus lâche, le plus stupide et le plus féroce des attentats. (Cité par Le Matin, l" juillet 1911.)

Or, malgré cette unanimité de l'opinion, en dépit de ses propres déclarations, pratiquement le Gouvernement n'a encore rien fait de sérieux contre le sabotage.

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