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VI. LES ÉMEUTES DE LA VIE CHÈRE

Les émeutes consécutives de la campagne contre la vie chère sont venues prouver, peu de mois après les troubles de Champagne, qu'un long répit ne saurait être accordé aux Français.

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delà C. G. T. ,, „ ^ ., \ . . ' ,

elle tut rapidement croissante, n a

pris un caractère révolutionnaire qu'en raison de l'intervention des émissaires de la C. G. T. qui, avec une grande habileté, savent utiliser tous les prétextes des troubles.

M. J. Clair-Guyot a très bien montré comment la C. G. T. a opéré dans le Nord.

Comme ailleurs, hélas ! écrivait-il de Manbeuge, on a laissé ici depuis plusieurs années les grands meneurs de la C. G. T. poursuivre leur œuvre néfaste ; an cours de réunions IVéquentes, on a prêché dans tonte la région la guerre contre les patrons, le sabotage, l' antimilitarisme ; et tout cela sans que ceux qui doivent assurer le respect des lois aient paru s'inqniéter.

Ici, tout le monde se souvient encore d'une réunion tenue il y a quelques mois à Jenmont, par M. Brunières, secrétaire adjoint du syndicat des électriciens. Cette réunion fut nn véritable cours de sabotage, et aux questions qu'on lui posait, Brunières, incontestablement très fort siir son sujet, répondait en donnant des recettes précises pour pratiquer un sabotage parfait des diverses industries du pays. Il y a quelques jours à peine, c'est M. Yvctot, délégué de la C. G. T., qui venait présider un grand meeting et donner à ses auditeurs des conseils sur l'attitude qu'ils devraient avoir en cas de mobilisation possible. C'est clair : passer la frontière toute proche, à quelques kilomètres de là? on bien accepter l'équipement mihtaire, mais se servir des armes et des munitions contre les chefs.

De tout cela, on n'a pas voulu s'inquiéter et, aujourd'hui, on s'affole de la situation. Coûte que coûte, on fait venir de partout des gendarmes et des milliers de soldats, et malgré tout, devant les excitations des révolutionnaires, on est en droit de se demander ce qu'il adviendra demain.

Il est exaspérant, ici comme ailleurs, de voir que cet élément révolutionnaire , qui paralyse la vie normale , représente une tonte petite minorité. Mais on sait si bien maintenant qne tout est permis aux seuls agitateurs et meneurs de la C. G. T. que les autres, bien plus nombreux, se plient aux exigences des perturbateurs. (Voir L'Écho de Paris, 4 septembre 1911.)

Les résultats du travail de propagande de lu C. G. T. ont été manifestes.

En août 1911, à Lille, des bandes de manifestants vont de boutique en boutique pour obliger les commerçants à signer un engagement de ne pas vendre leur marchandise au-dessus des prix qui leur sont flxés. Les commerçants signent parce qu'ils ont peur, mais, comme à ces prix, ils ne peuvent trouver aucun bénéfice, plutôt que de vendre à perte, ils préfèrent ne plus vendre du tout. (Voir Le Matin, 31 août 1911.)

« Il faut que les prix baissent ou ce sera la révolution, s'écrient les manifestants, n

A Somaiu, le 1" septembre 1911 à 8 heures, précédés d'une pancarte portant ces mots : « Guerre aux affameurs » , deux mille manifestants, pour la plupart des femmes aux cheveux parés de rubans rouges, se portent à la gare, afin d'arrêter les marchands venant au marché. Ils fouillent les paniers, les poches même des voyageurs descendant des trains, s'emparent des denrées qu'ils veulent acheter, séance tenante, à des prix imposés.

Les fermes isolées sont assaillies par des bandes. A Courcelles-lez-Lens, on brise tous les carreaux chex

M. Lefebvrc. A Henin-Liétard, ou lapide la maison de MM. Bonningues et Daubresse. Tous les carreaux sont brisés, les volets enfoncés. M. Bonningues et sa famille, affolés, fuient, abandonnant leur maison. (Voir Le Malin, \" septembre 1911.)

A Saint-Quentin, se produit une véritable émeute. Cuirassiers et fantassins chargent la foule. (Voir Le Malin, 1" septembre 1911.) Plus de trente arrestations sont opérées. Il convient de signaler celle d'un Allemand, qui excitait les émeutiers à jeter des pierres sur la troupe et qui traitait les officiers d'assassins. (Voir Le Matin, 2 septembre 1911.)

A Roubaix, le 9 septembre, dans le quartier du Pile, une troupe d'une centaine d'émeutiers assiège la succuisale de l'épicerie centrale Dehon et la pillent. (Voir Le Matin, 11 septembre 1911.) Des bandes de manifestants parcourent le quartier Sainte-Elisabeth, chantant l'Internationale, Vive le 17% le Drapeau rouge et une chanson nouvelle dont le refrain est : " Quand le pain manquera, il faudra taper dans le tas. »

La gendarmerie est impuissante à empêcher les déprédations commises par les perturbateurs. (Voir Le Matin, 9 septembre 1911.)

A Charleville, le 12 septembre 1911, les événements prennent une tournure tragique. Un enfant de treize ans, apprenti d'usine est tué par la ruade d'un cheval. (Voir Le Malin, 13 septembre 1911.)

Le citoyen Broutchoux, l'anarchiste bien connu, vint envenimer la situation. Le 10 septembre 1911, il donna une conférence à Aniche. Parlant du conflit franco-allemand, selon son habitude, il émit l'espoir que tous les travailleurs, tous les « bons Français » mettraient la crosse en l'air en cas de guerre et n'iraient pas au combat. (Voir Le Malin, 13 septembre 1911.)

LKS FAITS 85

Mais c'est à Crcil que la propagande de la C. G. T. obtint son plus sanglant succès.

La campagne contre u la vie chère ^ avait été très habilement et très activement préparée à Creil par le délégué de la C. G. T., le citoyen Leroux, retraité du chemin de fer et meneur syndicaliste. L'enchaînement des événements fut le même que celui observé dans la région du Xord : attaque des marchés, promenades dans les rues derrière le drapeau rouge, fermeture des ateliers sous la^ menace d'une poignée de manifestants résolus. Puis, l'autorité se voyant contrainte de répondre à ces désordres par l'envoi de troupes, les barricades sortirent du sol et l'émeute éclata.

Le 13 septembre 1911, les manifestants réclamèrent le renvoi des troupes arrivées à Creil. Le lendemain, la journée fut tragique. A 6 h. 30 du matin, au chant de l'Internationale, une colonne de manifestants se heurta à une compagnie du 54* de ligne, arrivée de Saint-Quentin. Après les sommations, les fantassins se précipitèrent le fusil haut, la baïonnette au fourreau. La charge passa laissant derrière elle des visages ensanglantés. Ou croyait lèchauffourée terminée. Ce n'en était que le prélude. Toute la journée, des pierres furent lancées sur les soldats, des coups de revolver furent tirés sur eux.

Ce n'est qu'à 5 heures, le 14 septembre 1911, au prix de charges répétées et après des collisions terribles entre la troupe et les manifestants, que l'émeute fut définitivement vaincue à Creil.

1 P r T ^^ ^"' ^"^ stupéfiant au cours de cette

journée, constata La Liberté (15 septembre 1911), c'est l'hésitation, le tâtonnement, l'indécision dont firent preuve les autorités. On assista même à des scènes odieuses, nous ne citerons qne celles-ci. Trois émentiers

venaient d'être arrêtés par des fantassins ; l'un avait d'un coup de couteau éventré le cheval d'un gendarme; les deux autres avaient été appréhendés criblant les soldats de projectiles. Les lignards qui les avaient surpris les conduisirent aussitôt devant les magistrats qui se tenaient en permanence à la mairie ; quelle ne fut pas leur stupeur et aussi leur indignation, quand sur un ordre venu — d'où? — on leur enjoignit de relâcher leurs prisonniers.

Un autre fait prouve combien les agitateurs qui se réclament de la C. G. T. jouissent de l'impunité. Les manifestations qui devaient dégénérer en bagarres ont été suscitées à Creil, (comme on l'a vu plus haut), par un individu du nom de Leroux. Ce personnage, délégué de la C. G. T., a acquis dans les milieux syndicalistes de l'Oise une influence appréciable. On le vit à la tête de tous les mouvements révolutionnaires de ces dernières années ; il fut l'un des meneurs des grèves des boutonniers de Méru ; il fut l'inspirateur des troubles agricoles de Liancourt. Hier encore, il mena les colonnes d'émeutiers à la barricade et, bien entendu, disparut au premier horion. Peut-être pourrait-on croire que cet individu a été inquiété à la suite de ces événements? Bien au contraire, hier soir, il plastronnait au milieu d'un groupe, dans lequel on pouvait remarquer des autorités locales, et il déclarait bien haut, écouté d'une oreille sympathique, que l'émeute de la journée n'était qu'un « avertissement )i .

Enfln, nous signalerons — sans commentaires — que, parmi les émeutiers qui étaient hier au premier rang, nous en avons reconnu plus de dix qui étaient la semaine dernière à la tête des pillards et des incendiaires de Saint-Quentin.

Après ces témoignages comment douter de la responsabilité du Gouvernement dans les émeutes faites, grâce au prétexte de la vie chère, aussi bien que dans les pillages de Champagne?

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