‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 27 sur 191 · ÉCONOMIQUE NATIONAL · texte numérisé non relu

ÉCONOMIQUE NATIONAL

La France est-elle dotée d'un outillage économique en rapport avec les nécessités de la concurrence universelle? Certainement non. Notre outillage national n'est ni complet, ni bien réparti, car aucune vue générale, aucune eon-

ception d'ensemble n'a été réalisable en raison des influences politiciennes.

Prenons un exemple. Sur nos °^ ^°^ ^' côtes, une multitude de petits ports

ont été plus ou moins bien équipés, mais aucun n'est doté de l'outillage puissant, « dernier cri « qui convient à une grande nation moderne. Pourquoi a-t-on éparpillé ainsi le long de nos rivages des dépenses qu'il eût fallu concentrer sur deux ou trois points bien choisis? Uniquement pour satisfaire un plus grand nombre de groupements électoraux.

Dans le domaine économique donc, on observe également la pernicieuse influence de l'esprit » arrondissementier ') . A de médiocres intérêts de clocher, on a sacrifié l'équipement maritime puissant de la France.

^ , ., Et cependant il sufBt de jeter les

Ou aurait-on *^ , , .■' ,

. yeux sur la carte pour voir que la

France est loin de tirer tout le parti possible de son incomparable situation géographique. Placée, par la bénédiction de la nature, à l'extrémité de l'Europe, pas un des passagers du continent à destination de l'Amérique ne devrait s'embarquer autrement qu'en France et sur des navires français.

Brest, au premier abord, semble indiqué pour être notre grand port de voyageurs sur l'Atlantique, mais des officiers de marine de valeur affirment que ce point serait mal choisi comme tête de ligne. Le « crachin » , comme on dit dans le Finistère, forme trop souvent devant l'entrée du Goulet un écran opaque. Même par beau temps, la côte étant semée d'écueils dangereux, l'atterrissage à Brest serait, assure-t-on, une opération compliquée pour les énormes transatlantiques modernes. Mais, un peu plus au

sud, le port de la Pallice, près de la Rochelle, semblerait remplir toutes les conditions nécessaires.

La Pallice, située à peu près sous le même méridien que Cherbourg, ofiVe l'avantage d'une latitude plus basse, ce qui augmente les chances de beau temps. Près de la grande ligne de Bordeaux que parcourent les trains rapides, la Pallice n'est qu'à peu d'heures de Paris. En outre, si l'on considère l'hinterland européen, la Pallice représente un point bien choisi pour y faire converger les trains qui dans la même heure avant le départ du paquebot pourraient amener d'Espagne, d'Italie, de Suisse, d'Allemagne tous les voyageurs à destination de l'Amériquc.

Évidemment une telle concentration d'efforts et d'organisation n'irait pas sans léser quelques intérêts particuliers.

Mais cependant aucune objection contre ce projet ne paraît irréductible. On a dit : <; Mais on détruirait le trafic déjà établi entre le Havre et New- York! » Xon, car les bateaux à grande vitesse ne prennent guère que des passagers et peu de marchandises dont le transit pourrait continuer à se faire par le Havre.

Certes, pour obtenir le résultat souhaité, il faudrait créer un nouveau matériel, améliorer et approfondir le port de la Pallice, avoir des navires à grande vitesse, supérieurs ou au moins égaux à ceux des concurrents anglais ou allemands, établir des relations transversales rapides dans notre réseau de chemin de fer, qui, à l'heure actuelle, sont si défectueuses qu'il faut presque toujours passer par Paris, mais les résultats obtenus seraient énormes.

Rien que ce seul fait : la France porte unique du continent sur l'Amérique aurait pour conséquence d'accroître le prestige du pays.

.„ , Si les Allemands étaient à notre

Les Allemands , ., , . ,.,

place, il Y a longtemps qu ils audans nos ports. . ,. - .• j i ,•

raient tire parti du monopole offert à la France par la nature. Ils tentent d'ailleurs de le faire. Déjà les transatlantiques de la Hamlmrg- Amerika-Linie embarquent leurs voyageurs à Cherbourg. Quant à leurs navires marchands, ils encombrent les bassins de certains de nos ports, car ayant des tarifs de transport inflniment mieux compris que les nôtres, ils trouvent aisément à charger des marchandises françaises que n'abrite plus le pavillon national, bien souvent trop onéreux. C'est pourquoi dans nos bassins, on voit s'ancrer périodiquement de grands navires allemands qui, oh! ironie, s'appellent Prussen, Furst- Bismarck, etc.

„ Et ce que nous disons des ports

Canaux

^ , . , . est vrai de tout le reste de l'oulil-

et chemins de fer. , . , .t - i

lage national. Notre reseau de

canaux n'est pas complet. Nos chemins de fer sont loin d'être portés à l'état de développement et de perfectionnement que permettrait la richesse de la France. L'Allemagne a à peu près la même superficie que la France, elle possède Gl 148 kilomètres de chemins de fer, la France seulement 49 385.

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