II. NOTRE INDUSTRIE EST ENTRAVÉE DANS SON EXPANSION
On s'étonne que l'industrie ne progresse pas chez nous avec la même rapidité qu'en Allemagne, en Angleterre, en Italie. Le retard relatif de la France, en matière de développement commercial et industriel, est maintenant si sensible qu'il frappe vivement les étrangers qui visitent notre pays en observateurs.
p . Mais quel essor industriel est
possible quand des entraves multinous sommes ^. . , , . , ,
, ,. pies viennent briser tout esprit
handicapes. ,,..,. . , .
d initiative et détourner les capitaux
des placements industriels? Comment l'expansion économique de la France pourrait-elle être poussée à son plus haut degré d'activité, quand le Parlement par des mesures soupçonneuses et tracassières met obstacle à toute expansion industrielle? Que d'exemples on pourrait citer! Un seul suffira.
Des députés de la majorité se sont avisés que la loi de 1810 sur les concessions de mines laissait, selon eux, trop de chances de bénéfices aux demandeurs de concession d'abord, aux exploitants ensuite. Le résultat de cette trouvaille a été que, depuis 1907, aucune concession nouvelle n'a été accordée. On attend qu'une nouvelle loi, en préparation, vienne remplacer celle de 1810. Il est à craindre qu'elle soit hérissée d'obligations excessives de nature à ralentir l'exploitation de notre sous-sol.
En attendant cette loi, le gouvernement a demandé d'insérer dans la loi des finances un article qui permette à l'Etat de participer aux bénéfices des concessions minières. C'est fort bien. Mais, ce qui est sûr, c'est que depuis cinq ans une source considérable d'activité financière et industrielle a été ralentie chez nous.
^ .. Quant aux industriels qui sont à
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maintenant , ^ r .
„ , . a tout prix continuer a faire mar-
en France la vie , • , r ■^^^^ -i
, , cher sous peine de laillite, ils sont de beaucoup . ^ , ,.pe u- •
... , , . , » aux prises avec des diincultes mcesdmdustnels? ^ . , . • .
santés, renaissantes et croissantes :
grèves, menaces, sabotages, etc. Dans maintes circons-
92 LA CRISK FRAMÇAISK
tances, la tyrannie syndicaliste crée un obstacle puissant à toute vie industrielle normale.
Ce qui s'est passé au Chambon-Feugerolles est un exemple topique. Après avoir épuisé tous les moyens en son pouvoir pour continuer à travailler, M. Mertnier, industriel en cette localité, fît placarder, en mai 1911, l'avis suivant :
Depuis deux mois notre usine est arrêtée, bien que nous soyons d'accord avec nos ouvriers. Tous comprendront que cette situation ne peut se prolonger indéfiniment. Xous n'avons pas voulu signer un accord avec la délégation syndicale ; nous n'avons donc aucun engagement à prendre au point de vue des tarifs qui doivent pouvoir être modifiés suivant l'outillage, les conditions du marché, les méthodes de travail.
Aussi, avons-nous pris la décision de fermer notre usine pour toujours si, d'ici le 15 mai, la rentrée n'est pas effectuée.
La fermeture de l'usine est une mesure que nous regretterons, mais nous on laisserons toute la responsabilité à la chambre syndicale, car ce sont ses attitudes et ses prétentions qui l'auront rendue nécessaire.
Mermier et C'^ (Voir L'Écho de Paris, 10 mai 1911.)
Deux mois d'arrêt de fabrication constituent pour un industriel une perte considérable. Dans ces conditions, comment peut-il lutter contre la concurrence croissante française et étrangère, faire des bénéfices suffisants pour renouveler son matériel et le tenir à la hauteur des perfectionnements incessants de l'industrie moderne?
Quelle liberté d'esprit le chef d'entreprise peut-il avoir pour mener à bien ses affaires alors que lui, sa famille et ses ouvriers sont contraints de vivre au milieu d'angoisses incessantes, comme c'est précisément le cas au Chambon- Feugerolles?
Dans ce centre, de juillet 1910 à juillet 1911, vingt et un attentats ont été commis contre les patrons et contre les
ouvriers qui persistent à travailler. En voici la liste suggestive :
1 " sac à Firminy du café Faure ; 2" sac en plein cœur du Chanibon, un dimanche, d'un tramway, assailli par une bande sortie du syndicat. L'ouvrier Jacquet, blessé à un œil, perdit la vue dans cette bagarre ; 3° tentative d'incendie de l'habitation de Mme Besson ; 4" sac de l'habitation de Mme Besson ; 5" tentative d'incendie de l'usine Rolland et Peyron ; 6» tentative d'incendie de l'usine Claudinon et Gnérin; 7" bombe à l'habitation de M. A. Besson ; 8» incendie de l'habitation de Mme Paulet, suivie de la séquestration de son jardinier à la chambre syndicale pendant plusieurs heures; 9" siège du château de M. Claudinon, maire du Chanibon ; 10" assaut à coups de revolver de l'immeuble Reyniondier, cafetier; 11" assaut à coups de revolver de l'immeuble Laurent, épicier; 12" assaut à coups de revolver de l'immeuble Che\alier-Bouchet; 13° sac de la devanture de l'habitation de Meley, boulanger; 14" incendie criminel de la mairie; 15» agression à main armée un dimanche, rue d'.Annonay, sur WM. Besson et Touchard par une bande venue du Chambon manifester à Saint-Etienne; 16" bombe au domicile de M. Mermier, à Saint-Etienne; 17" bombe au domicile de M. Demans, à Saint-Etienne; 18" bombe à l'usine Barbier frères, à la Vernicherie; 19» coups de revolver, tirés par des bandits masqués et embusqués sur l'ouvrier Meallien de l'usine Besson ; 20» coups de revolver sur l'habitation du jaune .^Uary; 21» coups de feu sur une sentinelle. (Voir L'Écho de Paris, 31 juillet 1911.)
Et depuis la série continue, sans aucune répression.
Ne vaut-il pas mieux, en vérité, vivre en Afrique centrale qu'au Chambon-FeugeroUes? Quel peut être dans ces conditions le développement de ce centre industriel?
Parfois, après avoir travaillé et Ceux qm sont , ^, , , A^, ' ^ ^ j^
, , lutte pendant des années, tout a un
a bout de forces. i.. . ^ • i -x i ' u
coup 1 industriel voit la révolte
éclater. Son établissement est pillé et incendié. Devant des
difficultés quasi insurmontables pour obtenir réparation, l'un des commerçants d'Ay dont la maison a été brûlée a fini par dire : « Je liquide et je pars pour l'étranger. »
L'exode au delà des frontières, telle est l'ultime et navrante décision que peut prendre un homme qui, après d'incessants efforts, finit par céder au découragement devant la défaillance gouvernementale.
Il faudrait qu'on comprenne enfin qu'il y a en France des centaines et des milliers d'industriels qui, ne pouvant plus réellement faire face aux exigences de leurs ouvriers, fermeront peut-être demain leurs usines. Rien de plus naturel d'ailleurs, les prétentions des travailleurs sont devenues telles que, dans certaines industries, si on les acceptait, il serait impossible de réaliser le moindre bénéfice. Or, si le patron qui a la responsabilité d'une grosse affaire, les soucis incessants de rechercher des débouchés, de réaliser une bonne fabrication, de faire face à ses échéances, se voit, par surcroît, obligé de travailler pour rien, il est évident qu'il préférera fermer ses ateliers plutôt que de continuer à mener la vie des affaires qu'il a déjà « empoisonnée '; par les difficultés incessantes, les menaces continuelles et l'atmosphère d'hostilité dans laquelle il doit subsister.
m. — l'imfluknck du sabotage du temps de travail