I. LA DÉPOPULATION
La dépopulation constitue certainement l'un des plus redoutables problèmes qui se posent pour la France, car elle est due à des causes anciennes et durables.
j. . Chez nous, la population s'est
, . toujours augmentée avec une extrê-
ancienne de notre •', " . .
- ,,, ... me lenteur qui tient sans doute au
fait que la France, de tous les pays du
continent, le plus favorisé de la nature, est celui où la vie,
de tout temps, a été relativement la plus facile et la plus
douce. Or, on peut observer que partout dans le monde
la natalité se ralentit là où le bien-être augmente (1).
(1) Les toutes récentes statistiques allemandes établissent à noufean cette vérité.
Mais le bien-être est lui-même une conséquence de la civilisation matérielle qui détermine chez ceux qui en jouissent le raisonnement et le calcul.
Si le Français aime profondément ses enfants une fois qu'il les a, avant de les avoir, il suppute volontiers combien de descendants sont compatibles avec les ressources dont il dispose. On peut qualiGer ce raisonnement d'égoïste ; on peut aussi soutenir qu'il est sage et prévoyant. Il explique en tout cas depuis longtemps la faiblesse de notre natalité.
Le problème delà dépopulation n'a d'ailleurs pris d'importance capitale pour nous qu'après la guerre de 1870, depuis le formidable accroissement de la population et de l'armée allemandes qui a suivi l'unité de l'Empire.
i^ . Aujourd'hui, nous sommes en
,.„ . . présence de chiffres émouvants et
cnmres topiques. f ,. , , ,
indiscutables.]
Les familles nombreuses sont chez nous relativement
rares. D'après un rapport de M. Mirman, directeur de
l'assistance et de l'hygiène publiques, paru en avril 1911,
au Journal officiel, on trouve en France :
368 639 familles ayant au moins 4 enfants au-dessous de treize ans.
218 458 ont 4 enfants.
780 — 10 — et plus.
Or, cet état de choses ne peut guère que s'aggraver, car la décroissance de notre natalité est progressive.
D'après les statistiques du D' Jacques Bertillon (1), en 1859, les naissances étaient de 1018 000. En 1868. ce chiffre tomba à 984:000. Il est resté fixé à une moyenne d'environ 900 000 jusqu'en 1887. Alors, il baissa à 899 000. Depuis 1906, le nombre des naissances est tombé au-dessous de 800 000 et en 1910 il était de 703 774.
En 1910, le chiffre des naissances a excédé celui des morts seulement de 70 581.
Le mouvement de dépopulation chez nous s'aceentue encore. D'après Le Journal officiel du 19 novembre 1911, dans les six premiers mois de 1911, le nombre de décès a dépassé de 18 279 le nombre des naissances.
Or, la France qui a 528 000 kilo- Comparaison , , f .
,,.„ mètres carres na toujours qu un
avec 1 Allemagne. . , ,^ .„•'. ,?, , .
peu moins de 40 millions d habitants et l'Allemagne qui a 540 000 kilomètres carrés, soit une superficie à peu près égale à celle de la France, a 65 millions d'habitants, donc 25 millions de plus.
Ces chiffres ont une signification terrible qui ne permet point d épiloguer.
La population française non seulenieut est stationnaire, mais tend à diminuer pafdant que l'Allemagne s'accroif, encore d'environ un million par an. Tel est le fait brutal.