‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 30 sur 191 · IV. \OTRK ÉPARGNE FUIT l'iNDUSTRIE NATIOXALK · texte numérisé non relu

IV. \OTRK ÉPARGNE FUIT l'iNDUSTRIE NATIOXALK

La conséquence de l'insécurité de l'industrie, c'est que notre épargne la fuit comme la peste.

- .. , ,. , Aujourd'hui notre industrie ne

Les établissements ** , ,

, ...^ trouve plus de concours sérieux

de crédit ^ /

. ,,. , . auprès de nos grands établissements

financiers. A aucun prix, ceux-ci ne veulent aventurer leurs capitaux dans des placements industriels en France et voilà pourquoi ils emploient les milliards de l'épargne française, qui se concentrent à leurs guichets, soit en fonds d'Etats étrangers, soit à subventionner l'industrie étrangère, même allemande.

Certes, on crée encore en France d'assez nombreuses affaires commerciales nouvelles. Quant aux entreprises industrielles qui se fondent et réussissent, leurs promoteurs se heurtent à des difficultés incroyables. Aussi, sont-elles relativement peu nombreuses.

.. ^ . . Notre développement industriel

Notre msuifisance , , ,

j j X- étant entrave, nos moyens de pro-

de production , , ' «>

duction sont insuinsants et nous en

sommes réduits à commander à l'étranger une partie notable du matériel de chemin de fer dont nous avons besoin.

En 1906 90 locomotives;

En 1907 225 —

En 1908 75 —

En 1909 126 —

En 1910 126 —

Du 11 janvier 1910 au 14 juin 1911. 254 ^ (Voir Le Matin, 24 décembre 1911.)

On peut imaginer quel capital énorme, perdu pour notre industrie nationale et notre main-d'œuvre, ces chiffres représentent.

Or, c'est là l'un des résultats les plus nets de notre politique fiscale, sociale et intérieure qui, faisant émigrer les capitaux, rend plus difficile l'extension de nos établissements industriels.

Les capitalistes alarmés préfèrent trouver à l'étranger du 4 pour 100, à peu près sûr, que de risquer les aléas d'une entreprise qui, pour être établie sur le sol français, est soumise aux atteintes mortelles de notre politique fiscale et sociale, d'où résultent les progrès de l'indiscipline chez les ouvriers, l'impossibilité de compter sur un accord avec eux, la menace incessante des grèves et des violences de la C. G. T.

Or, cette émigration de nos capi- L émigration ^ . , " ,. r •

taux a pris des proportions lormides capitaux. , , ,

dables.

D'après M. Edmond Théry, la France, entre le 1" janvier 1899 et le 31 décembre 1908, a prêté à l'étranger 17 milliards de francs, somme colossale qui provient presque en entier des coupons d'intérêt et de l'amortissement de notre portefeuille de valeurs étrangères. Il est certain que les valeurs acquises par nous constituent une puissante réserve et nous donnent une influence extérieure qui pourrait être considérable, si nous savions en tirer parti. Mais, d'autre part, il n'est pas conforme au bien du pays que tout l'argent de notre épargne passe à l'étranger. Il serait infiniment préférable qu'une notable partie de cette épargne servît à créer sur notre propre territoire des entreprises nouvelles, à accroître et à perfectionner les anciennes.

v. notre politique fiscale et sociale tend a tuer

l'esprit d'Épargne chez les français

Il y a pis : l'épargne française, cette force incomparable, dont nous tirons relativement un si faible parti, est ellemême menacée dans son principe.

L'impôt Qu'est donc le principe généra-

ne doit pas être *®"'' ^^ "^^""^ épargne sinon le désir

spoliation. ^" P^''^ ^^ famille français de laisser

à ses enfants une situation meilleure que la sienne? Or, l'abus du procédé fiscal commode, mais intellectuellement inférieur, qui consiste à boucler les déficits budgétaires en taxant sans limite raisonnable les successions finira par tuer l'épargne. Si pn continue dans cette voie, quel intérêt le père de fa-

mille français aura-t-il à se priver toute sa vie pour remplir les caisses d'un Etat famélique, gaspilleur et imprévoyant?

N'y a-t-il pas abus à imposer les héritages en ligne directe jusqu'à 10, 80 pour 100, et les héritages dévolus au delà du quatrième degré de parenté jusqu'à 34 pour 100? Me franchit-on pas ainsi les limites au delà desquelles l'impôt devient de la conflscation?

Les députés, qui votent par simple esprit de surenchère électorale ces taxes flscales énormes, ne se rendent généralement pas compte de ce qu'ils font. Quand il leur arrive de recueillir personnellement un héritage, ils sont alors stupéfaits qu'on leur réclame des droits dont l'énormité les épouvante. Un notaire parisien, voyant un de ses clients, député, s'étonner et lui demander des explications, répondit : « Mais vous-même, mon cher député, avez voté l'élévation de ce droit.

— \Ioi, ce n'est pas possible, jamais.

Quelques jours plus tard, le notaire montrait au député son nom dans Le Journal officiel parmi ceux ayant xoiépour. L'honorable n'en revenait pas.

,. „ , Il est intéressant de remarquer

Ânomaues fiscales. . , , ,.,.,

que, parmi les valeurs mobilières

françaises, si lourdement taxées, ce sont les valeurs

d'épargne, les obligations de chemins de fer, de la Ville de

Paris et du Crédit foncier qui sont les plus frappées et, par

une bizarrerie étrange, l'impôt qui atteint ces obligations

est d'autant plus lourd que le revenu brut est plus faible.

Si l'on cumule les divers droits payés pour un de ces

titres, on trouve qu'une obligation :

4 pour lOOpaye 11,75 d'impôts pour 100 fr. de revenu.

(Voir Alfred Neymarck, Le Matin, 19 novembre 1911.)

iQ% LA CRISE FRANÇAISE

Les surcharges écrasantes résul-

tant des lois sociales sont un obsdes lois sociales , . u - c • j * • i i

tacle aux benences industriels les

plus légitimes, donc à l'épargne qui

en résulte. Le dégoût de certains chefs d'entreprise, devant

le surcroît de difficultés qui leur est brusquement imposé

est devenu si grand, qu'ils ne peuvent plus parfois en

retenir l'expression publique.

Le 3 juillet 1911, un industriel de Roanne, M. Giraud,

tisseur, a adressé la lettre suivante au sous-préfet.

Monsieur le Sous-Préfet,

J'ai l'honneur de vous informer que, par suite de l'application de la loi sur les retraites ouvrières, j'ai décidé, jusqu'à nouvel ordre, de fermer mon usine à dater de ce jour. Je proteste de toutes mes forces contre cette loi inique à l'égard de notre industrie et de duperie à l'égard des ouvriers. Ni le pouvoir législatif, ni le pouvoir exécutif n'ont le droit de me forcer à faire une retraite à autrui prise sur mon travail et qui n'est, en réalité, qu'un impôt déguisé qui vient doubler les impôts de toutes sortes qui nous écrasent.

Cette loi, qui attente à la liberté naturelle et imprescriptible des seuls citoyens qu'elle concerne, autorise toutes les révoltes.

Si ma protestation n'est pas faite dans la rue, elle n'en est pas moins énergique, et je vous l'adresse très respectueusement, monsieur le sous-préfet, comme étant, par vos fonctions, la plus haute représentation du gouvernement dans Roanne.

Recevez, monsieur le sous-préfet, l'assurance de ma haute considération.

J.-M. Giraud. (Voir Le Matin, 7 juillet 1911.)

Une des conséquences très nette de notre politique de concessions indéfinies aux meneurs anarchistes a été encore la perte considérable qu'ont subie les titres de chemins de fer, sous l'influence des grèves de cheminots et

des menaces de l'État concessionnaire de ne pas respecter ses engagements envers les Compagnies.

On estime que la dépréciation des actions et obligations de chemins de fer, pendant 1910, a atteint près de 900 millions, soit 5 pour 100, de leur valeur nominale. (Voir Le Temps, 6 janvier 1902.)

Ainsi les deux millions de petits cpargnisles qui détiennent ces titres ont perdu près d'un milliard par le seul effet de la faiblesse et de l'esprit de surenchère du Parlement.

Sous l'effort continu de toutes ces causes, on comprend que, si l'épargne française est encore très considérable, elle tend à se ralentir.

Il n'est pas inutile de remarquer que, pour les dépôts dans les caisses d'épargne, la France ne vient qu'au huitième rang avec un chiffre moyen de dépôt de 95 francs par tète, tandis qu'au Danemark, le pays le plus favorisé, ce chiffre est presque quadruple.

Le résultat «énéral de nos erreurs Conséquence ,... " ,n- • •

politiques peut se dennir ainsi : une économique . . , , .

, , impuissance économique relative.

générale de nos . . . , ,,

, ,. . . Les incomparables moyens d ac-

fautes politiciennes. ,.,,,, «• ,

tion de la rrance, en etlet, ne sont

utilisés qu'en partie ou servent trop aux étrangers.

Les résultais du commerce de la France, en 1911, permettent d illustrer par des chiffres précis cette constatation.

La balance commerciale qui jusqu'ici nous avait toujours été favorable en ce qui concerne les articles manufacturés, nous est, cette fois, nettement défavorable ; nos achats l'ont emporté de 38 mUUons sur nos ventes... L'importation des objets fabriqués a exactement doublé en dix ans... En cinq ans, l'étranger a vu ses ventes en France d'articles manufacturés augmenter de 361 millions, alors que le chiffre des nôtres à l'étranger s'élevait péniblement à 104 millions, de moins du tiers.

Et Le Temps, du 19 janvier I91I, concluait :

Les fabricants français, industriels et commerçants, accablés d'impôts, et sur qui pèse le fardeau toujours plus lourd de ce qu'on appelle les « réformes sociales « sont menacés à la fois de ne plus pouvoir lutter à l'extérieur et de ne pouvoir que difficilement résister à l'intérieur.

Page 1