SUR LA VIE CHÈRE
Tout augmente et surtout les objets essentiels à la vie : viande, légumes, lait, beurre, loyers, etc. Les familles de fortune moyenne sont déjà très sensiblement atteintes, mais cette situation détermine une véritable angoisse chez ceux dont la bourse est modeste. Les souffrances qui résultent de cet état de choses sont devenues si intolérables
LKS FAITS 95
que nous avons entendu, en août et septembre 1911, à propos de la vie chère, les récriminations les plus violentes.
Le \ord a commencé, l'Ouest et le Centre ont suivi le mouvement. I.cs acheteurs, en grève, ont vite passé aux voies de fait, frappant marchands et marchandes et sabotant les n\archandises. Le prix maximum de certaines denrées a été décrété d'office par les acheteurs.
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causes générales. Sans doute, en
1911, des causes spéciales : la sécheresse, les épizooties, les achats de bestiaux faits en masse chez nous par les étrangers, ont contribué à expliquer le renchérissement du prix de la vie, mais il y a encore des raisons spéciales à la France qui sont, an moins en partie, la conséquence de notre crise sociale. Parmi ces raisons, on peut citer l'élévation incessante des impôts, les grèves répétées, l'action onéreuse des lois sociales (comme celle sur le repos hebdomadaire) et surtout le sabotage du fewps de travail par les ouvriers de toutes catégories.
Cette dernière cause exerce sur le relèvement des prix une influence profonde; il importe de la mettre en lumière, non pas qu'on puisse avoir le naïf espoir de voir porter un remède immédiat au mal, mais parce que cette cause de la cherté de la vie n'est pas assez connue. Eu outre, c'est déjà quelque chose de montrer aux travailleurs l'une des plus douloureuses répercussions économiques pour eux de la confiance qu'ils font, si souvent à tort, aux politiciens extrêmes qui les abusent, tout en déclarant ne vouloir que le bonheur du peuple.
96 LA r.HISK FRANÇAIS!-:
Le sabotage du temps de travail Encore un des ., „ r-i- a- j
agit en France sur 1 élévation des
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culture, d'une façon rapidement croissante, surtout depuis quatre ou cinq ans, depuis, en réalité, que la propagande de la C. G. T. s'est généralisée sur tout le territoire.
C'est cette propagande qui a décidé les travailleurs k réclamer presque partout et dans tous les domaines un relèvement des salaires. Comme moyen de pression sur les patrons, la G. G. T. a conseillé la grève et surtout le sabotage du temps qui est une forme insidieuse de grève permanente et dissimulée.
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reçoit de sa main-d œuvre un renpaye en argent * , . , ...
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quel que soit d ailleurs le prix plus
élevé payé par lui.
Or, le relèvement des salaires, en augmentant le prix de revient de l'objet fabriqué, est déjà par lui-même une cause d'élévation du prix de vente de cet objet. Mais, dans beaucoup de cas, ce relèvement des salaires est justifié. En outre, étant déterminé avec précision, ce relèvement n'empêche pas l'employeur de chiffrer d'une façon exacte son prix de revient plus élevé que jadis.
Au contraire, le sabotage du temps de travail est inadmissible et désastreux. Il est tout à fait illégal et déloyal, puisque, quand il se produit, l'ouvrier ne donne pas en travail exactement la contre-partie de ce qu'il reçoit eu argent. De plus, comme le sabotage du temps, c'est-à-dire la lenteur volontaire mise dans l'exécution du travail ne
peut pas être évaluée exactement, il en résulte que l'employeur ne peut pas connaître avec précision son prix de revient .
Un fabricant de machines me disait :
Le rendement en travail de mes ouvriers a diminué dans des proportions telles et d'une façon si variable que j'ai déjà subi les plus onéreux mécomptes. Je ne puis plus établir un devis. Autrefois, mes bases étant fixes et connues, j'arrivais, même pour une importante commande, à établir mon projet sans grande erreur. Maintenant, quand je crois avoir, mettons 1 500 francs de main-d'œuvre, je constate une fois la commande exécutée que j'en ai eu pour 2 000 francs on davantage. J'y ai été pris déjà plusieurs fois et j'ai fait ainsi des pertes importantes. Aussi, pour me prémunir contre ce nouveau risque, je suis désormais obligé de demander à mesclients des prix beaucoup plus élevés, afin d'être couvert contre les imprévus de la main-d'œuvre.
Cet exemple donne une idée de ce qui se passe dans la plupart des industries. Dans l'agriculture, le même sentiment d'hostilité pour le patron, qui détermine /e sabotage du temps de travail, entraîne souvent un mauvais vouloir des travailleurs qui produit les plus désastreuses conséquences. Il n'y a pas beaucoup d'années, quand il s'agissait de rentrer la récolte et que le temps menaçait, tout le personnel de la ferme donnait volontiers un u coup de collier » jusqu'à la nuit tombée. Maintenant, dans beaucoup d'endroits, on ne se contente plus de travailler mollement dans la journée; quand l'heure stricte de la cessation de travail arrive, on laisse les gerbes sur le champ et il en résulte souvent pour l'agriculteur, en raison des intempéries, des pertes extrêmement sensibles.
Donc, si certains commerçants peu scrupuleux relèvent exagérément leurs prix, dans la plupart des cas les producteurs y sont contraints surtout par Veffet du sahnfaqe du
temps de travail qui est l'un des plus certains résultats de la propagande de la C. G. T.
... , , Certes, reinploveur supporte le
Louvner est frappe . , ^ r j- i
premier les conséquences déplorables de cette attitude déloyale de conséquences . . , .^^ • • • -^
certains travailleurs, mais, bien vite,
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consommateurs, donc tous les ouvriers eux-mêmes, sans exception.
Alors que les intérêts des employeurs et des employés sont absolument solidaires, on les présente faussement comme opposés. On fait des ennemis du patron et de l'ouvrier. On est libre, sans doute, de répandre ces idées fausses, mais non pas d'en éviter les conséquences.
La vie chère vérifie donc, une fois déplus, les lois de l'incidence économique qui veulent que les ouvriers finissent par supporter eux-mêmes une partie, tout au moins, de ce que leurs prétentions et leurs actes ont d'injuste et de déraisonnable.