‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 38 sur 191 · I. ORIGINE ET ORGANISATION DU MOUVEMENT ANTIMILITARISTE · texte numérisé non relu

I. ORIGINE ET ORGANISATION DU MOUVEMENT ANTIMILITARISTE

L'antimilitarisme date chez nous d'une douzaine d'années. Dans la France, si passionnée pour son armée, cette doctrine, fondée sur la négation de l'idée de patrie, n'a pu se développer que par l'effet d'un concours de circonstances exceptionnelles créé par l'Affaire Drej"fus. (l'oir page 207.)

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des rancœurs que de jeunes bourgeois, ayant souffert dans leur amour-propre au régiment,

avaient rapportées de la caserne. Il se développa ensuite, favorisé par les événements. Dans le monde ouvrier, l'antimilitarisme a progressé sous Teffet de l'organisation socialiste et syndicaliste qui rapidement est devenue l'orgîtnisation même de l'antimilitarisme. Cette propagande inlassable a eu d'autant plus de résultats que longtemps le gouvernement ne lui a fait aucune opposition. Par les journaux, les afflches, les brochures, les conférences de la C. G. T., par les universités populaires d'il y a quelques années, l'idée antimilitariste a atteint même les femmes et les enfants. Ceux-ci ont été d'autant plus aisément touchés que, parfois, ils avaient pour maîtres des instituteurs gagnés déjà à l'antimilitarisme.

La propagande antimilitariste s'est faite avec méthode. Les journaux socialistes s'ingénient à déformer systématiquement les moindres incidents de la vie militaire aCn de les utiliser sans vergogne dans un sens tendancieux. Cet incident permet de se rendre compte du procédé.

En septembre 1911, les antimilitaristes essayèrent d'exploiter, contre le colonel Deleuze du 38" d'infanterie, la mise en prévention de conseil de guerre d'un caporal réserviste. La campagne de presse qui fut faite à cette occasion fut tellement injustifiée que le père du réserviste puni écrivit, au journal socialiste unifié qui avait organisé la campagne, cette très noble lettre :

La Bourboule, 23 septembre 1911.

A monsieur le gérant du journal « l'Action ouvrière et paysanne « à Saint-Etienne.

Monsieur le Gérant,

Mon fils, le caporal Taillandier, aurait, pendant sa période de vingt-trois jours, comntiis une faute contre la discipline ponr laquelle il est en prévention de conseil de guerre.

LES FAITS m

J'aipie à croire qu'il y a des excuses à l'acte qui lui est reproché. Mais il appartiendra à ses chefs de dégager les responsabilités, et je proteste avec énergie contre la campagne que vous avez menée dans votre journal sous le nom de mon fils.

Mon fils a toujours été un bon soldat ; comme son père, comme ses frères, il est un bon patriote, et, s'il était libre, il joindrait ses protestations aux miennes. Notre famille a toujours bien servi sa patrie, et c'est une honte pour moi de voir le nom de mon fils mêlé, malgré moi et malgré lui, à une campagne d'injures contre son colonel, qui est son chef et qu'il doit respecter comme il doit lui obéir.

C'est dans ces sentiments que j'ai élevé mes enfants, comme j'ai été élevé moi-même.

Je vous prie, monsieur le gérant, d'insérer ma lettre dans votre journal et de recevoir mps civilités.

Taillandier, fermier à Fohet,

commune de la Bourboule (Puy-de-Dôme.)

(Voir L'Echo de Paris, 25 septembre 1911.)

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